Témoignages
pour la Journée mondiale en 2003
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Témoignage du 17 octobre 2003. Maison des Savoirs, Bruxelles
Je témoigne de la longue marche d'Anita, mère de 5 enfants, roumaine d'origine tsigane.
1er septembre: rentrée des classes, moment important pour des
milliers de familles. Anita et ses 5 enfants sont expulsés de leur logement et
vivent pendant plus d'une semaine dans une voiture. Les enfants iront malgré
tout à l'école.
Comment peut-on en arriver là?
Dans leur village en Roumanie, Anita et les siens étaient
victimes de comportements violents et discriminatoires. Agressions gratuites,
pas de scolarité pour les enfants, pas d'accès au marché du travail,
aucune possibilité d'intégration.
"Je n'oserais pas dire qu'on était traités comme des animaux, nous
dit-elle, car ici, les animaux sont mieux traités que les tsiganes en Roumanie.
En 1991, j'ai perdu mon premier enfant malade parce que l'hôpital a refusé de
le soigner à cause de ses origines."
Il y a 10 ans, Anita et les siens décident alors
d'entreprendre un long voyage difficile, éprouvant. Partir. Loin.
Ils arrivent en Belgique et demandent le statut de réfugiés. Depuis, chaque
mois, il leur est délivré une autorisation de séjourner en Belgique pour UN
mois… ce qui leur donnait droit à UN mois d’aide sociale.
Après tant d’années vécues dans l’insécurité et le provisoire, la
famille apprend que leur demande est refusée et qu’ils doivent quitter le
pays… même si plusieurs de leurs enfants y sont nés. Plus d’autorisation
de séjour, donc plus d’aide sociale, plus de possibilité de payer le loyer.
C'est l'expulsion. La vie dans une voiture; un hébergement
provisoire chez une autre famille, elle-même en difficultés ; pour atterrir
dans une petite pièce de 10 m2, louée par un de ces marchands de sommeil à
300 euros par mois !
Pourtant, pendant toutes ces années, Anita s'est battue. "Mon fils
Joseph a vécu tant de chocs dans notre pays, alors qu'il était petit. C'est
pour cela qu'aujourd'hui, il est en enseignement spécial, qu'il a du mal à
apprendre. Je suis des cours de français pour mieux suivre Joseph et les autres
à l'école. Si je me bats, c'est pour l'avenir de mes enfants. Et maintenant,
alors que mes enfants vont à l'école, je me retrouve comme le premier jour,
jetée à nouveau dans la rue .
Nous sommes là, mais c'est comme si nous n'existions pas.
Pourtant, ma chance c'est de connaître des gens. Comme
l'institutrice de ma fille qui depuis plusieurs mois, vient nous voir, récolte
des vêtements et de la nourriture auprès des parents d'élèves de son école.
Elle a même fait signer une pétition pour dire que mes enfants étaient bien
intégrés.
Je ne vais pas pleurer sur ma situation parce que j'ai des amis à côté de
moi, des belges, des marocains, des turcs, des gitans, des polonais…Mai
je me mets toujours à la place de l'autre parce que je sais ce que c'est que
d’être rejeté, j'ai vécu ça quand je suis arrivée en Belgique en 1994.
Je pense à ceux qui ne parlent pas le français, qui sont analphabètes, qui ne
connaissent pas les droits de l'homme en Belgique. Et qui ont peur parce
qu'ils ne savent pas où aller.
C'est pour eux qu'aujourd'hui, je continue à me battre."
Par ce témoignage, Anita nous le rappelle avec force:
" Il faut des gens comme cette institutrice, qui nous poussent, pour nous donner le courage de vivre, être là. C'est pour ça qu'il y a besoin de gens qui travaillent avec le cœur. On a tant besoin de fraternité. "
Et moi, je ne peux que rester humble face au courage de cette
maman et des siens, de son combat pour que tous les enfants puissent aller à
l’école.
Sa volonté que chacun soit respecté, quelle que soit son origine ou sa
situation, nous interpelle profondément.
F. Barbier
"Ce que je trouve inacceptable ce sont les expulsions
surtout quand il y a des enfants.
En 1995, nous avons failli être expulsés, mes 3 enfants, mon mari et moi. Nous
n'arrivions plus à payer les loyers. Mon mari était licencié. Nous avions des
dettes à la banque qui prenait tout et nous n'avions plus rien pour le loyer.
J'osais en parler à personne, même pas à mes parents. J’avais la honte.
J'avais trop peur pour mes enfants, peur qu'on me les prenne. Je cachais même
les factures.
Les gens ne comprennent pas, ils disent : "Ils ne veulent pas payer, ils
n'ont qu'à travailler, c'est de leur faute."
L'huissier est venu et m'a dit : "il faut sortir." J'ai cru qu'il
fallait le faire tout de suite.
A la sortie de l'école j'ai entendu quelqu'un parler du DAL
(Droit au Logement).
Je l'ai suivie. Je n'osais pas lui poser de questions. Elle s'est arrêtée et
m'a demandé ce que je voulais. J’ai pu lui expliquer. Alors le DAL nous a aidés.
Il a écrit au préfet. Nous avons pu rester chez nous et nous avons payé petit
à petit notre retard de loyer.
Maintenant j'ose le dire, je n'ai plus peur et je soutiens
d'autres familles.
Depuis, je suis avec le DAL. Je peux soutenir des personnes, des familles quand
il y a des expulsions.
Par exemple, l'an passé, à Mulhouse, le 26 décembre, on a
manifesté pour une jeune femme avec 3 petits enfants. On lui avait coupé le
chauffage électrique, le gaz. Nous sommes restés à la mairie jusqu'au moment
où le courant lui a été remis. Et elle a pu payer son retard petit à petit.
Au DAL j'ai senti que je n'étais plus seule, que je pouvais en parler. D'autres
avaient vécu cette situation.
Il existe encore des personnes qui peuvent vous aider.
Une femme de Colmar
La journée du 17 octobre a beaucoup d’importance pour moi.
Je suis avec 4 enfants dans mes mains, sans leur père. Parfois, je me dis que je prendrais les enfants et que je les confierais à quelqu’un ou bien que je partirais et les laisserais seuls dans la maison… Avant que je ne sois dans le Mouvement Quart Monde, j’ai eu envie de laisser les enfants, une fois à leur grand-mère et puis une fois dans une institution. Des gens sont venus me parler, ils m’ont dit : « là où tu as laissé tes enfants, c’est le cœur des enfants que l’on prend, ce n’est pas bon pour eux et tu les perdras pour de bon ».
Lorsque le père Joseph est arrivé parmi les familles qui étaient pauvres, qu’il a rejoint ces gens qui vivaient dans la boue, qui avaient perdu l’espoir, il leur a parlé. Il est venu les aider, et même lorsque qu’il n’avait rien à leur donner, avec une seule parole, il leur a donné de la force. Et les gens l’ont aidé aussi.
C’est l’exemple de sa vie, comment il avait l’habitude de parler avec les gens plus pauvres, c’est ça qui me donne de la force. Chaque fois, quand je pense à lui, je pense plus à mes enfants aussi.
C’est pour cela que, dans cette journée contre la misère, ce que je voudrais dire, ce que j’aimerais demander aux gens qui ne sont pas encore dans le Mouvement, à ceux qui nous suivent aussi, c’est qu’ils prennent conscience d’eux-mêmes, qu’ils ne se découragent pas, qu’ils ne pensent pas du mal d’eux-mêmes, qu’ils pensent qu’il y en a d’autres qui sont capables de se battre pour eux.
Je voudrais partager avec eux, j’aimerais leur dire « mettons-nous davantage ensemble, pour voir si nous arrivons à aider ceux qui sont derrière. Même si nous n’avons pas pour leur donner, nous pourrions les aider à prendre conscience d’eus-mêmes, leur donner de la force, pour qu’ils ne se découragent pas ».
Ce que je fais avec le Mouvement, ce qu’on me donne, je le partage avec les autres. Quand nous avons fini nos réunions, je rassemble quelques personnes dans mon voisinage, pour faire notre propre réunion. Ce qu’on vient de me donner, je le partage avec les autres aussi pour nous soyons capables d’avoir plus de forces, parce que le Bon Dieu dit toujours, lorsque deux, trois personnes sont réunies, si ce n’est pas pour faire de mauvaises actions, alors, il est au milieu d’eux.
Guerline
Ile Maurice
Témoignage de Roseline et d’Eric,
17 octobre 2003
L’année dernière, quand je suis venu vous voir, vous étiez fiers de me montrer votre maison. La maison que vous avez eue avec l’aide d’autres personnes, qui ont lutté avec vous pour cette maison en tôles que les jeunes ont construite avec vous. Aujourd’hui, vous êtes fiers, et vous me dites : « Petit à petit, nous y arrivons. » Vous ajoutez deux chambres, pour que quand vos enfants qui sont dans des foyers viennent vous rendre visite, ils puissent avoir un endroit pour dormir. « Les enfants grandissent, maintenant, il leur faut un petit coin pour eux. Nous ne pouvons pas les laisser dormir dans la rue. Nous voulons qu’ils aillent à l’école et qu’ils soient intelligents. Nous voulons qu’ils aient un avenir meilleur. La maison est trop petite pour nous. Nous ramassons sou par sou pour la construire. Après, nous pourrons accueillir d’autres enfants qui sont dans des foyers. »
Eric, vous me dites que vous avez écrit au ministre pour qu’il laisse les enfants venir passer les vacances chez la maman. « Parce que ma femme pleure trop, et ça me fait de la peine. »
Nous avons eu une petite victoire : Roseline, vous m’avez dit : « Je suis très contente que mon fils fasse du sport. Il a eu beaucoup de médailles. Je suis pauvre, mais il m’a donné la victoire. Ce sont mes enfants qui m’ont donné la force pour vivre. »
Vous nous dites encore que votre vie a bien changé. Mais ce qui me tracasse encore, c’est que vous n’avez toujours pas d’eau. « Je dois aller chercher de l’eau tous les jours pour donner un bain aux enfants, pour les envoyer un peu propres à l’école. Même si nous sommes pauvres, il faut qu’il y ait l’hygiène. C’est important. Mon mari et moi, nous devons aller tous les deux chercher de l’eau. L’autre jour, je suis tombée avec mon baquet de linge. Je me suis foulé le pied. Les gens me donnent des habits pour mes enfants. Mais je n’ai pas d’eau. Parfois, les habits restent plusieurs jours dans la cour et ça pourrit. Je dois les jeter. J’ai demandé au gouvernement si je peux acheter les tuyaux pour que je puisse avoir l’eau. Ils disent que ce n’est pas possible. Mais je vais continuer à lutter. Tout cela me fatigue la tête.
Eric est malade, il tombe tout le temps. Le docteur a dit qu’il faut prendre du lait avec son médicament. Mais vous savez, parfois, il n’y a pas de lait pour prendre les médicaments, alors il ne les prend pas. Tout cela me fatigue la tête et je ne peux pas dormir le soir.
Est-ce que nos enfants vont revenir vivre à la maison, pour qu’ensemble, nous puissions leur donner une vie meilleure et qu’ils deviennent un homme et une femme bien dans la vie ? Mon fils, la dernière fois, m’a dit : « Papa, tu es un bon père. Maman a un bon père. Aujourd’hui, vous souffrez, mais ne vous tracassez pas. Demain, je vais grandir et je prendrai soin de vous. »
Philippines
Témoignage de Maryline O. G., lu au Trocadéro à Paris
(aussi en tagalog)
Je témoigne de familles très pauvres, que j’ai rencontrées aux Philippines.
Certaines vivent le long d’une grande avenue, d’autres le long d’un canal, sous un pont ou encore dans un cimetière. Elles m’ont accueillie, avec les livres et les nattes que j’amenais toutes les semaines, pour animer la bibliothèque de rue dans leurs quartiers.
Je témoigne de tous ces enfants qui sont obligés d’arrêter l’école, parce qu’ils ne supportent plus de voir leurs parents en difficulté.
D’un petit garçon qui vit au bord d’un canal et qui tous les après-midi, échange son sac d’école contre un sac plein de chiffons, pour les vendre aux chauffeurs de taxis et de jeeps.
Il fait cela pour aider sa mère à gagner l’argent qu’il faut tous les jours afin que lui et ses frères et sœurs puissent aller à l’école.
Je témoigne de parents, pour lesquels chaque journée est remplie de soucis pour la survie de leur famille.
D’une mère qui accepte de faire la lessive pour d’autres, afin que tous les matins, ses quatre enfants puissent petit-déjeuner avant de partir en classe et payer les participations qui sont demandées par l’école.
Elle dit que pour un enfant, c’est vraiment difficile d’apprendre quand on a le ventre vide.
D’un père qui a dû vendre son vélo pour payer l’inscription, les cahiers et les crayons de ses 5 enfants, lors de la rentrée scolaire.
Ce vélo, c’est tout ce qu’il avait pour aller travailler sans avoir de frais de déplacement.
Ce père dit : « Je tiens à mon vélo, mais j’aime mes enfants. »
Certains de ces parents ont arrêté l’école très jeunes.
D’autres n’ont même jamais pu faire cette expérience.
Face à ses enfants qui ne réussissent pas tellement à l’école et qui ne peuvent plus continuer, une mère demande :
« Si tu ne sais ni lire ni écrire, comment peux-tu aider tes enfants à faire leurs devoirs et à réussir ? Si tu n’as jamais eu aucune formation, comment trouver un travail reconnu et dont tu puisses être fier ? »
A ces questions, je vois bien que ce que cette mère demande, ce n’est pas de la commisération, mais de la compréhension.
Je témoigne de toutes les familles les plus pauvres, qui résistent continuellement pour arriver à marcher la tête haute. Personne ne se sent bien à vivre dans la misère. Pas même les plus pauvres.
En voyant ces familles et leurs situations, j’ai compris que nous avons tous quelque chose à voir avec la misère : soit nous l’augmentons, soit nous la brisons.
Je n’ai pas tellement de moyens à offrir à ces familles, si ce n’est moi-même et ma volonté de les rejoindre, pour que main dans la main, même dans les situations les plus sombres de la vie, nous puissions faire face.
Sénégal
Message d'un groupe d'amis d'ATD Quart Monde parti à Sam Sam,
quartier de Dakar
transmis par Ferran Sans
Pour plusieurs d’entre nous, c’est la première fois que
nous sommes venus dans cette zone. Nous ne savions même
pas qu’un tel quartier existait à Dakar. Les
difficultés sont de tout ordre : il y a de l’eau stagnante dans toutes
les maisons, des moustiques, des maladies… Et pourtant, les familles qui
vivent ici se battent pour survivre, et il y a de la gaieté.
Aujourd’hui, nous avons vu ce qu’est la misère.
Les enfants nous ont très bien accueillis. On voit qu’ils
aiment quand on vient avec les livres, et que ça leur
apporte quelque chose. Les adultes aussi apprécient ces
visites et nous ont très bien accueillis.
Ce qui nous révolte, c’est que des familles payent un loyer pour vivre dans ces
conditions.
Nous pensons qu’il faut continuer à faire l’amitié avec
ces familles, à venir les visiter.
***
"Si tu te lèves chaque matin pour chercher de quoi nourrir tes enfants, Dieu va te le donner.
Si tu es pauvre, on ne te considère pas. Je vends de l’eau que je cherche au puits qui est ici, à côté, pour la revendre à 25F la bassine aux gens qui font le poisson fumé et aux porchers. Je vis avec mes 4 enfants dans cette cabane.
Durant la saison pluvieuse je n’arrive pas à dormir car l’eau est partout dans la cabane. Je suis obligée de me mettre dans un coin de la cabane avec mes enfants.
Si mes enfants arrivent à mettre quelque chose dans leur bouche je suis heureuse. "
Mais je garde toujours une dignité.
Mame D., de Xhelcom (Dakar)
***
"Avant de
connaître le mouvement, j’ai traversé une période très difficile. Une période
où tout allait de travers avec des problèmes physiques, moraux et financiers.
Les amis auxquels je croyais et en qui j’avais la plus grande confiance
m’avaient tous tourné le dos.
Un jour, une sœur
m’a parlée du mouvement ATD Quart Monde. Quant j’ai approché ce dernier,
j’ai découvert que malgré les problèmes que peut rencontrer une personne,
il faut toujours croire en Dieu et aux personnes. Avec le Mouvement j’ai trouvé
des amis sincères et j’ai eu un souffle nouveau dans la vie.
Cette
belle expérience que je venais de découvrir, j’ai voulu la partager avec
d’autres personnes encore plus pauvres que moi. C’est ainsi que je suis allée
à la rencontre de familles qui avaient besoin de soutiens car étant dans une
situation de grande pauvreté. Leur rencontre me permet aujourd’hui de faire
le témoignage suivant :
Je parle
d’une dame qui s’est mariée très jeune et qui a eu des enfants. Après 25
ans de mariage, son mari vendit la seule maison qu’ils avaient. La dame se
retrouva dehors avec ses enfants. Elle trouva une chambre à louer et là
commence la vraie vie de misère : un mari parti, des enfants à élever,
le loyer à payer, les maladies, etc.
La dame se
retrouve maintenant avec une maladie du cœur et vit la misère dans toutes ses
formes. "
Maïmouna S. de Thiès
***
"Je donne un exemple que nous
vivons ici. Tu vois cet enfant ?
Il est le plus fatigué parmi
nous. Il ne peut rien faire, même pas marcher pour chercher de la nourriture,
ni de l’eau pour boire. Mais on ne l’a pas rejeté. On le met dans la mer
lorsqu’il a pris trop de drogue, on va lui chercher à manger…Même s’il
est très sale, bavant, il reste avec nous."
Ibrahima B., de Maro El Hadj (Dakar)
Je ressens ce besoin de témoigner parce que, pour la première fois de ma vie, j’ai confiance ! Ayant été une enfant de la DASS, j’ai appris très tôt à me méfier de tout ce qui pouvait toucher à la vie privée de ma famille. J’ai appris à cacher, à mentir, à transformer, à être sur mes gardes toute ma vie. Quand, à mon tour, j’ai été confrontée aux services sociaux parce que je ne voyais pas le bout du tunnel avec ma fille de 17 ans, j’ai osé demander de l’aide à une juge pour enfants. Mon cœur de mère me dictait cette marche à suivre malgré l’appréhension, la peur de me faire enlever mon autre petite fille de 8 ans. J’ai même demandé une assistance éducative pour ma petite. Dans ma tête, c’était pour mes 2 filles, pour qu’elles aillent mieux.
Les services sociaux l’entendraient-ils de cette oreille ? Demander de l’aide, n’est-ce pas être de bons parents ? Verront-ils juste que l’on est Rmiste ? L’enquête sociale fera le reste ! Après un début tumultueux entre l’éducateur-enquêteur et moi, nous avons eu affaire à un autre éducateur qui, lui, restera pendant 3 ans pour nous suivre.
Je ne sais pas pourquoi, mais celui-là apprivoisera Marjorie. Oh ! pas toute de suite. Mais au fur et à mesure des visites, par des jeux de magie, des blagues et des dessins, j’ai vu notre fille s’asseoir sur ses genoux. Ce n’était pas possible que cet homme-là vienne chez nous si ce n’était pour que la petite ait un avenir égal aux autres. Il s’est démené auprès de l’école, il a fait changer le regard de l’institutrice et même du directeur. A partir de ce moment-là, nous avons repris confiance ! Il a parlé à la psychologue scolaire, au pédiatre de Marjorie (la petite a une affection de longue durée). On peut dire qu’il y a mis tout son cœur d’homme pour que notre petite ne soit pas laissée au bord du chemin. Jamais il n’a mis en compte nos problèmes financiers, ni la jeunesse que j’avais eue. Il était seulement soucieux du bien-être de Marjorie, de Marina et de leurs parents. Ça a duré 3 ans.
Une fois seulement je n’ai pas été en accord avec la juge qui me disait de mettre ma grande à la porte pour préserver notre petite ! C’est la mort dans l’âme que je l’ai fait. Notre grande se droguait à l’époque et je trouvais que je ne pouvais pas abandonner un enfant (dans l’enfer) pour en sauver un autre. C’est encore l’éducateur qui, en dialoguant avec nous, m’a fait prendre conscience que Marina avait besoin d’être soignée, de s’éloigner pour un temps de la maison. Il a pris le temps d’expliquer à la petite que, comme sa sœur allait mal, toute la famille allait mal, mais que plus tard tout rentrerait dans l’ordre.
Pour nous, familles du Quart Monde, des fois c’est très éprouvant d’aller dans le sens des juges, mais en travaillant ensemble, en mettant tout à plat, des fois on peut. Mais que de travail sur soi-même. Il faut ravaler la méfiance, on peut même dire la haine des services sociaux. Combien de familles ont eu la chance d’avoir un éducateur comme le nôtre ? Pourquoi on n’est pas égal devant eux ? Notre grande a eu un bébé depuis, elle va mieux. Marjorie passe en CE2 cette année. J’ai omis de dire que l’éducateur part en retraite en fin d’année, c’est bien dommage ! L’assistance éducative a pris fin ce 26 juin. Ça a été un bien beau combat et je dois dire que j’ai changé moi aussi mon regard sur le travail de ces assistants sociaux ! Qui l’eût cru ?
Mme V.On ne demande pas à naître,
à la naissance nous sommes tous égaux.
Mais nous avons tous des parcours différents.
Quand on naît dans la misère, on grandit déjà avec un handicap. On vit dans un milieu que l’on n’a pas voulu, mais que la société a donné à nos parents. On grandit avec tout ce qui nous entoure : l’habitat, le froid, la faim, l’alcool et surtout le regard des autres, par le rejet qu’ils nous montrent. Cette misère on ne l’a pas voulue, on nous l’a donnée comme une potion et bien souvent on n’arrive pas à trouver l’antidote, ou on ne veut pas nous le donner, ou alors il est des fois trop tard.
Aujourd’hui, même s’il y a des avancées, il existe des situations où des familles vivent dans des logements lamentables par faute de moyens, de chômage et où l’enfant arrive au monde pour connaître la misère. Regardez bien autour de vous, cela existe encore et c’est à la base que l’on doit combattre cette pauvreté .
Cette journée est là
pour nous le rappeler. Mais c’est aussi un combat de tous les jours. Le Père
Joseph Wresinski nous a montré le chemin, on doit être unis pour combattre ce
fléau qu’est l’exclusion. Car tout seul, on ne peut pas s’en sortir,
alors on doit aider les gens qui n’ont pas les moyens, à avoir un logement
approprié pour leur famille, pour que leurs enfants n’aient pas honte à l’école
par le regard des autres.
Apprenons à nos enfants à respecter ceux qui sont dans la misère, et à ne
pas mettre une étiquette « exclus » ou « rejet de la société ».
Le pauvre a le droit lui aussi d’avoir du bonheur, de l’affection, ne serait-ce que par un sourire ou une main tendue. C’est le début de la guérison de cette maladie que l’on appelle exclusion.
Mr L. H.
© Éditions Quart Monde 2003