DISCOURS DE MADAME DOMINIQUE VERSINI, secrétaire d’état à la lutte contre la précarité et l’exclusion

COMMEMORATION DU 17 OCTOBRE 2002 AU TROCADERO

Mesdames et Messieurs, je dois vous dire que je suis particulièrement émue de me trouver parmi vous ce soir à l’occasion de la journée mondiale du refus de la misère.

J’ai tenu à répondre à l’invitation d’ATD Quart Monde pour témoigner de ma détermination, de mon engagement dans la lutte contre la précarité et l’exclusion.

Vous le savez, Paul Bouchet l’a dit, cet engagement ne date pas de mon arrivée au gouvernement le 8 mai dernier. Il s’est forgé sur le terrain, au contact des plus exclus, au contact de ceux dont le mode de vie et la souffrance ne permettent pas l’exercice de tous leurs droits, ceux qui sont dans la survie, qui ont perdu confiance en eux, dans la société et qui se heurtent chaque jour à la complexité de nos procédures administratives. Et il faut bien le dire à l’indifférence, quand même, d'une bonne partie de nos concitoyens.

La création, pour la première fois, d’un secrétariat d’état spécifiquement chargé de cette mission de lutte contre la précarité et l’exclusion est le gage de la détermination du Président de la République et du Premier Ministre. Le 3 juillet dernier, lors de sa déclaration de politique générale, le Premier Ministre m’a confié la préparation pour la fin de l’année, d’un programme national de renforcement de la lutte contre l’exclusion.

Ce programme devra palier les principales carences de nos dispositifs autour des priorités que sont : l’accès au droit, l’accès au logement, la lutte contre l’illettrisme, la prise en charge des plus vulnérables des nos concitoyens, la mobilisation et la coordination de tous les acteurs.

Je l’élaborerai à partir de l’évaluation de la loi d’orientation de 98 relative à la lutte contre les exclusions.

Cette évaluation est en cours de réalisation par l’inspection générale des affaires sociales, comme c’est prévu dans la loi. Je m’appuierai également sur les analyses et les propositions des associations de terrain, les propositions d’ATD Quart Monde et le rapport du groupe Alerte qui me sera remis le 15 novembre prochain.

Enfin, pour alimenter ma propre réflexion et me faire mon propre diagnostic, j’ai souhaité garder le contact direct avec le terrain et j’ai entrepris une tournée de l’ensemble des régions pour dialoguer avec les associations, les services de l’état, les élus locaux.

A leur contact, et en voyant de mes propres yeux ce qui se fait et en parlant avec les gens, cela me permet de mieux évaluer les difficultés des acteurs de terrain, de prendre connaissance aussi des actions innovantes dans la lutte contre l’exclusion.

Ce programme passera par un travail interministériel qui s’appuiera sur les recommandations du conseil national des politiques de lutte contre l’exclusion, qui est en cours d’installation, de ré-installation. Il sera présidé par le Sénateur, Monsieur Sellier qui est d’ailleurs présent et que je tiens à saluer et qui a été le rapporteur de la loi de 98 au Sénat, donc qui connaît bien la loi d’orientation de 98.

A l’issu de tout ces travaux, un comité interministériel de lutte contre l’exclusion sera réuni pour la première fois autour du Premier Ministre, comme la loi le prévoit, ce qui n’a jamais été fait.

Il s’agit aussi de participer au programme européen de lutte contre l’exclusion, qu’on appelle " Programme d’inclusion sociale ", donc que nous présenterons à l’Union Européenne en juillet 2003.

On voit que le problème de l’exclusion se pose à l’échelle mondiale et l’ensemble des pays de l’Union Européenne doivent mettre en place et ont une responsabilité importante pour mettre en place des politiques de lutte contre l’exclusion.

Il est vrai que l’ensemble de nos pays traverse une grave crise de société qui se traduit par l’affaiblissement des liens familiaux, des liens sociaux, des liens culturels.

Les liens de solidarité naturelle, familiale, de simple voisinage ont parfois disparus.

L’isolement est grand, l’isolement est souvent le lot de ceux qui vivent dans l’anonymat des grandes villes et dans les zones rurales, on en a eu un témoignage tout à l’heure.

Je peux m’en rendre compte à chaque fois que je vais dans les zones rurales, j’étais dans le Cantal, par exemple, la semaine dernière.

Lorsque le chômage, lorsqu’à la solitude se rajoutent le chômage, la maladie, ou la perte du logement, alors la spirale de l’associalisation risque de commencer et c’est ce que j’ai vu pendant des années sur le terrain, dans les rues de Paris, au SAMU social, et là il y a urgence à intervenir.

Geneviève Anthonioz de Gaulle soulignait inlassablement que la confiance de beaucoup de personnes en difficultés est altérée. Et c’est vrai je le comprends, la confiance est altérée lorsqu’on a l’impression qu’on n’est pas compris, lorsqu’on a l’impression qu’on n’est pas entendu.

Mais je voulais vous dire que en ce qui me concerne, je comprends tous les témoignages qui ont été dit, je les ai ressentis dans mon cœur et dans mon esprit. Je sais pour l’avoir vu, pour avoir accompagné les gens, ce qu’est la souffrance face à l’indifférence des institutions et ça c’est un combat, et c’est un combat que je mènerai avec détermination.

C’est vrai, il faut aussi affirmer, et c’est important, que la lutte contre l’exclusion, qui est un devoir et une priorité de l’état, et je m’engage à ce que, dans la mission qui m’est confiée, nous allions le plus loin possible dans l’accès aux Droits fondamentaux, dans l’écoute, dans le dialogue, dans l’échange avec les personnes parce que c’est important aussi, que les gens soient acteurs de leurs vies, c’est important de s’approprier son destin.

Par contre, je sais aussi que cette action ne sera vraiment efficace que si elle fait l’objet d’une mobilisation générale des associations, et qui sont déjà sur le terrain et qui sont créateurs de lien, qui accompagnent les gens et qui essayent de faire le lien avec les institutions qui souvent sont un peu derrière leur guichet, et puis dont les procédures administratives sont trop complexes.

C’est aussi l’affaire des collectivités territoriales, les départements, les communes, qui sont plus près des gens, les élus locaux qui rencontrent dans leurs permanences les plus démunis de nos concitoyens et qui aussi ont parfois des administrés dont l’intolérance leur demande de refuser, par exemple l’installation d’un centre d’hébergement, l’installation d’un centre d’accueil pour demandeurs d’asile … il faut lutter contre cela.

Et c’est important aussi que nous sachions tous expliquer à chaque citoyen que l’autre, l’autre est comme lui, ça c’est important.

Et il faut aussi, et Paul Bouchet l’a dit mieux que moi, que chaque citoyen se sente concerné par la société dans laquelle nous vivons. Car les citoyens, ce sont eux qui déterminent les politiques. Il faut que chaque citoyen comprenne que aucune loi, aucun décret ne pourra imposer ces gestes naturels de fraternité qui font qu’on existe dans le regard de l’autre et qui font que la vie a du sens.

Moi je sais pas répondre à la situation d’une personne âgée qui est toute seule, qui s’est cassé le col du fémur et à qui personne ne pense qu’il faut peut-être l’aider à acheter ses médicaments ou acheter à manger.

D’instinct, naturellement, il faut que les citoyens comprennent, il faut qu’il y ait une écoute à tous les niveaux :le citoyen, le voisin, la famille dont on a parlé qui est si importante, et bien sur, l’état, qui a son rôle, dont c’est le devoir, dont ça doit être une priorité….mais tous ensemble, tous ensemble !

C’est pour ça qu’il faut rappeler ..appeler les citoyens à une mobilisation civique.

Il faut que toutes les bonnes volontés se mettent ensemble pour que tous ensemble nous redonnions du sens à cette valeur fondamentale qui orne le fronton de toutes nos institutions : " la Fraternité ".