Sur le plan national en France
Loi d'orientation de
lutte contre les exclusions
La loi d'orientation
relative à la lutte contre les exclusions a été promulguée le
29 juillet 1998.
Cette loi marque l'aboutissement de plusieurs dizaines d'années
de lutte pour faire reconnaître la misère comme une violation
des droits de lhomme, pour redécouvrir à partir des plus
pauvres qu'une personne et sa famille forment un tout, que les
droits sont indivisibles et qu'en conséquence les politiques
doivent être cohérentes et globales.
Vers une application de cette loi
2000 : une année d'engagement civique.
A la veille de l'an 2000, prendre un engagement civique pour le respect de légale dignité de tous.
La Journée mondiale du refus de la misère est l'occasion d'inviter tous les citoyens à s'engager résolument dans une mobilisation civique pour rendre effectif l'accès de tous aux droits fondamentaux.
La loi d'orientation relative à la lutte contre les exclusions a ouvert une nouvelle étape du combat contre la misère, en affirmant avec force que l'égale dignité de tous est le fondement de notre vie ensemble.
Faire respecter cette égale dignité partout et pour tous nécessite un nouvel engagement de chacun dans tous les domaines de notre vie sociale (travail, écoles de nos enfants, vie de quartier, organisations syndicales, politiques, culturelles, religieuses...). Il s'agit d'inventer concrètement ensemble les moyens d'avancer vers une société respectueuse de la dignité de chacun, en reconnaissant comme acteurs indispensables de cette transformation sociale les personnes et familles qui en sont aujourd'hui le plus exclues.
Cet engagement civique permettra à chacun de contribuer, à sa mesure, au respect de l'égale dignité de tous les êtres humains et de préparer, avec la participation de tous les enfants, un avenir sans misère.
"Ta dignité, cest ma dignité !"
APPEL AUX CITOYENS
pour le respect de légale dignité de tous
Lorsquune personne vit dans la misère, cest sa dignité qui nest pas respectée, cest notre dignité à tous qui est atteinte.
La misère est inacceptable. Refusons-la comme nous avons refusé l'esclavage et lapartheid.
Inventons ensemble un nouvel engagement citoyen pour légale dignité de tous.
Agissons personnellement, soutenons ceux qui s'engagent, et interpellons les responsables publics pour que soit appliquée la loi dorientation du 29 juillet 1998 relative à la lutte contre les exclusions.
Appel aux citoyens - Mouvement ATD Quart Monde - 95480 Pierrelaye
Un constat :
La misère est le plus grave des fléaux : dans le monde, elle tue chaque jour davantage que les guerres et les épidémies les plus meurtières.
En France, 4ème puissance économique mondiale, elle continue de progresser et prive de nombreux adultes et enfants des conditions de vie conformes à la dignité et aux droits de lhomme :
Une conviction :
La misère nest pas fatale. Elle existe dans notre société parce que nous la tolérons, parce que nous sommes plus soucieux de la soulager que de la détruire, parce que nous croyons, à tort, que ce combat est hors de notre portée, hors de nos compétences et de nos moyens.
Un engagement :
Chacun peut agir contre la misère et pour faire respecter autour de lui légale dignité de tous (comme électeur, comme parent, enfant ou jeune, dans son travail, dans son environnement, dans les associations...). On nest pas citoyen seulement le jour des élections !
Nous disposons maintenant en France dune loi dorientation contre les exclusions. Celle-ci ne sera appliquée et ne pourra être améliorée quà deux conditions :
- si les citoyens veillent à ce que les responsables publics, à tous les niveaux, mettent effectivement en place toutes les mesures quelle préconise,
- si, dans la vie quotidienne et dans tous les domaines, les plus pauvres sont considérés par tous comme des partenaires et des acteurs indispensables.
Des idées et des exemples
pour faire respecter les droits fondamentaux
que veut garantir la loi contre les exclusions :
Le droit à des moyens convenables dexistence (en priorité grâce à un travail rémunéré)
Le droit à une vie familiale
Le droit au logement
Le droit à la protection de la santé
Le droit à léducation, à la formation et à la culture
Le droit à une égale justice
Et plus généralement :
Réagir quand quelqu'un se fait humilier
dans un lieu public ou en milieu professionnel.
Chercher à mieux comprendre ceux dont la vie est plus
difficile.
Réagir aux informations diffusées dans la presse,
demander aux médias de mieux nous informer.
S'intéresser aux budgets : comité d'entreprise, commune,
département, région, Etat, relations internationales (où va l'argent
? où sont les priorités ?).
Chercher à mieux connaître la loi contre les exclusions.
Interroger les élus sur leurs programmes et sur l'application
de la loi d'orientation contre les exclusions...
Dans de très nombreux domaines professionnels, chacun peut agir pour que toute personne soit traitée à égalité. On peut, avec d'autres, aider à changer les priorités et les façons de faire pour prendre en compte les enfants, jeunes ou adultes victimes de la grande pauvreté et de l'exclusion et agir en partenariat avec eux.
Cherchons autour de nous quelles sont les personnes qui partagent ces mêmes préoccupations.
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17 octobre 1999
"Ta dignité, cest ma dignité !"
Nom ............................................................... Prénom ...................................
Adresse ...........................................................................................................
...................................................................... Tél. ...........................................
Profession (facultatif) ......................................................................................
Pour contribuer à développer un grand courant contre la misère, je mengage pour le respect de l'égale dignité de tous, et je veux chercher à :
* agir personnellement dans mes lieux de vie et de travail pour refuser toute forme dexclusion denfants, de jeunes, dadultes ou de familles.
* soutenir les personnes et les projets qui assurent aux plus défavorisés comme à tous la pleine reconnaissance de leur égale dignité et de leurs droits fondamentaux.
* veiller à ce que les responsables publics, à tous les niveaux, mettent en place et appliquent les politiques, les mesures et les orientations préconisées par la loi dorientation du 29 juillet 1998 relative à la lutte contre les exclusions.
Fait à.................................... le..................... Signature :
Je souhaite être tenu au courant des avancées de cet Appel aux citoyens Oui O Non O
Dans la mesure du possible, je souhaite être mis(e) en contact avec des personnes qui prennent le même engagement. Oui O Non O
Je souhaite recevoir une présentation de la loi contre les exclusions. Oui O Non O
Je souhaite recevoir ....... exemplaires de cet Appel aux citoyens.
Je communique ici mon expérience et mes tentatives concrètes pour refuser lexclusion :
A renvoyer à :
Appel aux citoyens
Mouvement ATD Quart Monde
95480 Pierrelaye
Vers une application de cette loi
Le fait de pouvoir désormais se référer à une loi d'orientation représente une incontestable avancée. Mais le combat continue : il faut maintenant obtenir que la loi soit pleinement appliquée dans ses dispositions et surtout dans son esprit exprimé par l'article premier qui rappelle le respect de l'égale dignité de tous les êtres humains par l'accès aux droits fondamentaux de tous.
1 - Le suivi des textes d'application
De nombreux décrets et circulaires ont fait suite au vote de cette loi. Il est important d'être attentif à leur contenu, la loi renvoyant à plusieurs reprises sur des décrets pour trancher des questions importantes pour les personnes les plus démunies : il en est ainsi par exemple du public visé par le contrat de qualification adulte (mis en place par l'article 25), ou du dispositif de cumul d'un minimum social avec un revenu d'activité (mentionné à larticle 9).
Le gouvernement a, à différentes occasions, consulté les associations (du collectif Alerte et d'autres) pour recueillir leur avis sur des projets de textes d'application. Cette coopération doit se poursuivre, en particulier sur la base des divers organes consultatifs prévus dans la loi.
2 - Le recueil d'une connaissance dans la perspective de l'évaluation
C'est avant tout en partant de la vie des personnes les plus démunies et de leurs attentes qu'il paraît important d'évaluer la loi. Cela doit permettre de ne pas perdre de vue la globalité de leur existence, leurs attentes réelles, leurs priorités, mais aussi de mettre en évidence les manques de la loi, les questions auxquelles elle n'apporte aucune réponse. Il faut bien sûr être en mesure d'apprécier l'impact des dispositions de la loi sur la situation des personnes, en étant particulièrement attentif à celles qui paraissent les plus porteuses de changement. Mais cette appréciation doit être faite en se demandant :
- si les personnes ont progressé vers la réalisation de leurs droits fondamentaux,
- si elles ont "gagné en citoyenneté", cest-à-dire en maîtrise de leur vie, en participation à la société, en liberté.
Vers d'autres perspectives
La loi énumère dans son article premier l'ensemble des droits fondamentaux qui doivent être garantis, mais renvoie pour la réalisation de certains d'entre eux à d'autres lois (c'est le cas du droit à une égale justice ou du droit à la protection de la santé) ou ne les aborde que peu ou très peu (c'est le cas du droit à l'éducation et du droit à la protection de la famille).
1 - La loi relative à l'accès au droit et à la résolution amiable des conflits
Son ambition est d'améliorer l'accès des plus démunis à la justice, en réduisant notamment les délais d'obtention de l'aide juridictionnelle et en rapprochant le droit et la justice des citoyens. Elle a été promulguée le 18 décembre 1998.
Il aurait été souhaitable que le texte mentionne la nécessaire formation des magistrats et des avocats à la connaissance du vécu et des attentes des plus démunis, et que le point de vue de ces derniers soit mieux pris en compte dans le travail des Conseils départementaux de l'accès aux droits. Mais ces préoccupations n'ont pas été reprises dans le texte final.
2 - Le projet de loi relatif aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations (actuellement en cours dexamen au Parlement)
Les administrations jouent un rôle essentiel dans le quotidien des personnes et familles démunies. Aussi, ce projet de loi peut-il avoir une grande incidence sur leur vie, d'autant que sa portée est large : les administrations qui entrent dans le champ d'application de ce texte comprennent les Caisses d'allocations familiales, les Caisses de sécurité sociale, les Services de l'aide sociale à l'enfance impliqués dans le placement des enfants ...
3 - Le projet de loi sur la Couverture Maladie Universelle
La loi sur la Couverture Maladie Universelle sinscrit dans le prolongement de la loi dorientation contre les exclusions dont larticle premier mentionne le droit à la protection de la santé.
Linégalité devant la prévention et les soins étant une des injustices les plus criantes, il faut saluer la création de la Couverture Maladie Universelle (CMU) comme une grande avancée ; elle permettra à six millions de personnes - dont les ressources sont inférieures à un plafond fixé nationalement - de bénéficier dune prise en charge à 100% de lensemble de leurs dépenses couvertes par lassurance maladie, y compris celles concernant les prothèses dentaires ou auditives et les lunettes.
Autre avancée importante, les personnes qui bénéficieront de cette CMU seront dans le droit commun, puisquelles pourront sadresser à une mutuelle de leur choix pour la prise en charge de leur couverture complémentaire.
Cependant, la loi comporte encore des imperfections dont on peut espérer quune partie dentre elles seront atténuées par les décrets dapplication. Ainsi, le seuil de ressources qui ouvre le droit à une couverture complémentaire gratuite devrait être, selon les propos de Madame Martine AUBRY, à 3500 francs par mois pour une personne seule, soit 40 francs en dessous de lallocation vieillesse ou de lallocation adulte handicapé. Ce qui exclut donc de la CMU les personnes âgées et les handicapés qui nont que ces allocations pour vivre.
En outre, rien nest fait à lheure actuelle pour lutter contre leffet de seuil consécutif à la fixation dun plafond, sauf la création - facultative - dun fonds spécial par les organismes de la couverture complémentaire. Cependant, cette mesure laisse espérer une évolution.
La mise en uvre de cette loi implique plusieurs acteurs : les CPAM qui géreront la couverture de base et les dossiers de demande dadmission à la couverture complémentaire, les organismes qui prendront en charge cette couverture complémentaire (mutuelles, assurances, prévoyance), les services sociaux et les associations qui aideront à la transmission des documents. De lengagement de tous ces acteurs dépend la réussite de la loi. Il est indispensable que tous ceux qui seront impliqués dans lapplication de la loi bénéficient dune formation complémentaire, pour apprendre à mieux connaître ces nouveaux bénéficiaires et à travailler en partenariat avec eux.
4 - Le projet de loi sur la réforme du service public de lélectricité
En cours de discussion, il devra nécessairement aller dans le sens de larticle 136 de la loi dorientation relative à la lutte contre les exclusions qui garantit à toute personne démunie, en difficulté de paiement, une aide pour accéder ou préserver son accès à lénergie.
5 - Le projet de loi relatif à laccueil des gens du voyage
En débat au Parlement, il ne peut pas se réfléchir sans référence à larticle 1er de la loi dorientation relative à la lutte contre les exclusions : le respect de légale dignité de chacun doit être garanti, quels que soient sa culture et son mode de vie. Les parlementaires devront être particulièrement vigilants sur cet aspect de la loi afin quaucune discrimination directe ou indirecte ne sinstaure à travers les dispositifs qui seront mis en place.
Ainsi, la loi relative à la lutte contre les exclusions joue bien son rôle dorientation quand elle garantit que toutes les politiques de notre pays contribuent, chacune dans son champ, à la lutte contre les exclusions, en cohérence les unes avec les autres pour permettre laccès de tous aux droits fondamentaux.