retour à l'historique


Messages de soutien, appels et déclarations officielles pour la Journée mondiale en 2000


Témoignages
Messages de soutien
Messages, Appels et Déclarations officiels

Envoyez votre témoignage ou message de soutien au comité pour la Journée mondiale par un e-mail

 

 

 


Les témoignages



Témoignages d'enfants et de jeunes :

Atd Quart Monde Dakar (Sénégal) 17 octobre 2000
Pour préparer le 17 octobre 2000, des enfants et des jeunes de Dakar vivant à la rue se sont exprimés
sur ce qu'ils voudraient pour faire reculer la misère, pour faire avancer la paix...

"Que tous ceux qui sont riches aident les plus pauvres, même si c'est une petite part de leur richesse. Aimons-nous les uns et les autres pour bâtir la paix dans nos pays et, ensemble, essayons de faire changer les choses." Omar Ndiaye - 15 ans

"Tous les enfants du monde doivent communiquer entre eux, faire des échanges. Nous allons grandir ensemble et demain nous ne ferons pas la guerre. On va s'entraider pour faire reculer la misère." Moustapha Nging - 13 ans

"Si nous nous tenons la main dans la main, nous nous connaîtrons mieux et ensemble nous allons bâtir la paix dans le monde." Babacar Fall - 15 ans

"Il faut avoir le courage de travailler même si on est pauvre. Les objets que l'on récupère dans les décharges pour les revendre, cela nous aide à survivre, même si l'argent n'est pas bien utilisé quelquefois." Daouda Diallo - 14 ans

"Pour faire reculer la misère et faire avancer la paix, il faut que nous soyons solidaires entre nous d'abord, même si parfois, nous nous disputons, nous nous bagarrons entre amis. Après, on se donne la main pour la paix. C'est un geste important." Pathé Diop - 15 ans

"En faisant des activités communes, comme celles que nous avons faites : dessins, coloriage, consultation de livres…, on se dit des petits mots, des blagues, on rit ensemble. Les plus grands corrigent parfois les plus petits. Pour moi, c'est comme cela que nous allons faire avancer la paix." Fidèle Cissé - 14 ans

"Certaines personnes qui passent devant les dépotoirs d'ordures où nous faisons la récupération nous traitent de n'importe quoi. Nous refusons d'être humiliés et souvent cela se termine mal. Que ces gens discutent avec nous pour essayer de comprendre pourquoi nous vivons dans la rue et il y aura la paix, entre nous d'abord, puis dans le monde." Abdou Ndiaye - 16 ans

"Nous vivons dans la misère, c'est vrai. Mais pour moi, la misère ce n'est pas seulement le manque du minimum pour vivre. Le fait que vous veniez parmi nous, causer, discuter, nous fait oublier la misère dans laquelle nous vivons. Nous sentons votre présence, c'est un soutien important pour lutter contre la misère." Mademba Fall - 17 ans

"Le gouvernement doit prendre au sérieux le problème de la misère. Chaque fois, ce sont des discours et des promesses non tenues. Cela montre qu'il manque de respect à l'égard des gens qui vivent dans la misère. Faire reculer la misère, c'est aussi avoir un peu plus de respect pour les personnes qui vivent dans les situations difficiles." Aly Dieye - 18 ans

"Je suis le plus âgé du groupe. Pour moi, c'est le travail qui est le plus important. La récupération d'objets nous aide à nous en sortir, bien que cela ne signifie rien pour vivre, normalement ça améliore un peu nos conditions de vie. Nous, les plus grands, nous essayons d'avoir un esprit de tolérance, de compréhension envers les plus petits pour que nous vivions dans la paix." Khadim Guèye dit Mbacké - 30 ans

"Dans ce groupe, il y a des enfants issus de familles aisées parce qu'ils ont été violentés chez eux, ou bien leurs parents ont des difficultés dans leur ménage. Essayons de ne pas être violents avec les enfants, cultivons la paix avec eux." Amadou Ndiaye - 18 ans

"Si on utilisait l'argent des armes pour combattre la misère, elle reculerait et de même ça pourrait faire avancer la paix dans les pays en guerre." Babacar Cissokho - 17 ans

"Que l'on crée des liens entre les pays, le dialogue entre les peuples, surtout avec nos pays voisins comme la Mauritanie et les autres pays. Nous voulons aussi la paix en Casamance, je crois si on instaure le dialogue entre ceux qui se battent." Babacar Boye - 14 ans


Ce message a été écrit par des jeunes de Dar es Salaam en Tanzanie aux jeunes du Pérou qui vivent dans la rue comme eux.

Texte en swahili :
Kwanza kabisa kunawashukuru watoto wote na vijana wote wa peru kwa kuwakumbuka watu wote ambao wanaishi maisha ambayo ni sawa sawa na yekwetu. Hatutachoka kusikiliza habari zenu na tunatumaini hamtachoka kusikiliza maisha yetu.

Wakati tulipopata barua yenu tulifikiri ni lazima tunaandikieni vijana wenzetu wa peru. Tunataka kubadilishana mawazo kwa sababu maisha yenu ni sawa sawa na sisi ila tu nehi tofauti kwa hiyo sisi vijana wa duniani ya nne tuungane ili toweze kusikika kwa sauti kubwa duniani kote ili kuimarisha utu ubinadamu kataka jamii.

Tunawataka tuungane pamoja ili kupigania haki ya wote ambao wanataka kuishi na kukulia majumbani kwao lakini matatizo yanawatanga waondoke nyumbani kwao.

Mnasumbuliwa na baridi lakini sasa tuungane ili kuondoa umaskini. Sisi kama nyie tunamaisha magumu kama mnayyofanya na sisi tunafanya kazi mbali mbali tunaosha maguri tunaandea samaki tunatafuta kuni kwa ajiri ya kuwauzia wakaanga samaki, wakati wa usiku hatuna sehemi za kulala wakati mwingini tunaishi kama ndege. Lakini tunaamini mungu atatusaidia na siku moja tutaonana kama sio hapa duniani basi mbinguni. Lakini sasa hatutasahau ndogo zetu au familia zetu.

Ni matumaini yetu kwamba tutaendelea kusikia kutoka kwenye ili kwamba tuweze kusaidiana kuondokana na hali hii ngumu ya maisha tunayoishi. Tungependa kuwanunulieni zawadi ndogo kutoka tanzania lakini isingewezekana endapo hatuna fedha lakini tutajaribu.

Tumefanya ahadi ya kuwaangalia watu ambao wanamaisha magumu zaidi yetu sisi. Tunahidi kuungana pamoja kwa amani kwa walio na fedha na wasio na fedha.

Tunawashukuru sana kwa barua yenu.
Tunawapenda vijana wa peru.
Mungu iboriki peru.

*******

Texte en français :
Nous voulons, premièrement, remercier toute la jeunesse du Pérou parce qu'ils se souviennent d'autres vivant la même vie qu'eux.
Nous ne sommes pas fatigués d'écouter votre histoire et nous espérons que vous ne l'êtes pas non plus d'écouter la nôtre.
Quand nous avons lu votre lettre nous avons pensé qu'il fallait répondre à la jeunesse du Pérou.

Nous voulons échanger avec vous parce que nos vies sont les mêmes.
C'est seulement nos pays qui sont différents. Alors, unissons-nous, la jeunesse du Quart Monde, pour que nous puissions parler avec une voix forte partout dans le monde pour conserver l'humanité dans la société.
Unissons-nous pour que nous puissions nous battre pour les droits de ceux qui auraient voulu grandir dans leurs familles mais qui ont dû partir à cause des difficultés.
Vous souffrez du froid mais unissons-nous pour chasser la pauvreté.

Comme vous, nous avons une vie dure. Comme vous, nous faisons n'importe quel travail ; nous lavons des voitures, nous nettoyons des poissons et nous rassemblons du bois pour ceux qui font frire des poissons.
Mais nous croyons que Dieu va nous sauver et qu'un jour nous nous rencontrerons. Si ce n'est pas dans ce monde, ce sera dans le prochain, dans le ciel.
Nous espérons continuer le contact avec vous pour que nous puissions nous soutenir pour que les conditions dures de nos vies disparaissent.

Nous voudrions vous acheter un petit cadeau de Tanzanie mais peut-être ne sommes-nous pas capables de le faire à cause de l'argent. Mais nous voulons essayer.
Nous avons fait la promesse de rechercher des personnes qui ont une vie encore plus difficile que nous. Nous nous engageons à continuer à nous rencontrer, en paix, entre ceux qui n'ont pas de moyens et ceux qui en ont.

Merci encore pour votre message.
Nous aimons la jeunesse du Pérou.
Que Dieu bénisse le Pérou.


Témoignage d’un jeune, sous forme de poésie libre
Guadeloupe, 17 octobre 2000

J'sais pas quand ça à commencer à nous ronger.
J'n'ose pas y songer, j'étais sans force sous la pression du système ;
on croit qu'en Guada, y’a pas ce problème, sur l'île aux belles eaux.
L'illusion s'efface et laisse place à la réalité.
S'demander quoi faire, à quoi on sert à longueur de journée,
se lever sans rien, se coucher sur rien,
le supplice subi par mon estomac vide rend mon avenir incertain,
le cœur serré devant eux, on n'veut pas pleurer mais, tard le soir,
dans un coin retenir les larmes.
Va falloir faire preuve de courage, retenir la montée de la rage,
fais gaffe, beaucoup ont pété les plombs ;
les nerfs lâchent parfois ;
en méditant la vie qu'on mène, trop de questions se posent !
Pourquoi j'côtoie l'environnement des cafards ?
Pourquoi devant mon malheur, vous restez indifférents ?
Dans ce monde, faut avoir plein d'caillasses, en mettre plein la vue aux autres ;
t'as pas le choix, c'est ça ou rester sous ton toit troué ou dans la rue à traîner ;
s'accaparer une part sans faire de sentiment,
on voit que si on ne tente rien, on finit mendiant, plein d'idées sales ;
on le sait mais on est las de dormir dans les squatts.
Je ne blâme pas ce mode de vie pour la suite de notre destin,
j'le sais, ça va nous servir ;
y a eu des sourires et de la joie
mais entouré de païens qui pensent qu'à leurs panses ;
impossible que ça reste ;
ils se sentent supérieurs, dès qu'ils sont pleins aux as,
ils s'en foutent de nous ; pour eux, on peut crever ;
aucun sentiment : le respect se perd, l'égalité n'existe plus,
donc ma seule chance, c'est de tomber dans la délinquance.
A pa la penn di ou chèché‚

on twavay pou nou ;
d'expérience, on dit qu'avec ou sans diplôme,
chercher du travail avec l'image qu'on nous donne, ça nous enfonce ;
ils ne nous prennent pas au sérieux ;
en plus du chômage qui s'amplifie, tous les prix augmentent ;
ça se voit que le système ne pense pas aux pauvres.
On ne manque pas de volonté mais on a déjà trop donné ;
on ne sait plus à quoi s'accrocher !
En subir davantage serait pour nous une lâcheté ;
la souffrance a endurci notre cœur ;
on traîne et les conneries s'enchaînent.
Même nos petits frères reflètent l'image de ce qu'on sème.
A 13 ans, avoir un gosse, c'est beau ;
on donne la vie mais, sans parents, comment être parent.
Elle ne connaît pas le bonheur, comment va-t-elle en donner à son enfant !
Penser pour deux ! C'était déjà dur de s'en sortir toute seule mais FO KIMBE !
Confronté à la dureté de la rue,
la tentation la plus forte est de céder à l'argent facile pour s'en sortir....

o lié‚ zot plennzot, aji ! zot ka di ke les jenn pa bon mé‚ es kè
zo ja mèt biten an plas pou fè on aksiyon ; roté nou en larila ;
an kawtiè la, toujou ni on dlo sal a tèla ; timoun la ka jou‚ san souliy‚ an larila, si nou lésé sa konsa,
ola nou ké ay cé ké toujou lé memm kouzyé, ce ké toujou lé memm kritik toujou
lé memm ké vin ralé aw et vou apwé yo ké traité de lascard ;
aresté jugé ; chèché on maniè compwenn.

Livrés à nous-mêmes, les gestes que nous faisons sont les conséquences de
notre pauvreté, la dure réalité qui a fait de nous des gens sans scrupules,
rien à perdre ; trop d'images de frères dormant par terre.
Pa oblijé ay lwin pou wou‚ :
yinki gadé lapwint ; fow wou‚ sa avan ou di pani mizé an payi la.
Pa ni moyin ou fè semblant ; nou ja adan !

Rester avec les miens, même si mon quartier ne vaut rien !


"Fresque "Grafée" par les jeunes de la Maison des métiers d'avenir de Bordeaux."

"Nous voulons vivre en PAIX"

C'est le texte de la fresque que les jeunes réunis à la Maison des métiers d'avenir, à Bordeaux, ont "Grafé" ensemble le 7 octobre pour se préparer à vivre la journée du 17 octobre, c'est leur façon d'envoyer un message de soutien à la Journée.

A la bombe, il y avait : Jérémy, Laurent, Christophe, Gökan, Yassin, Julien, Laurent, Marie, Pierre, Fanny et quelques spectateurs enthousiastes.


Haïti - traduction du créole haïtien
Extraits du témoignage de Fernande, 22 ans, en classe de 1ère

Pour ma famille, chaque jour tout coûte plus cher. Il faut que nous mangions, que nous allions à l'école, mais il n'y a pas de travail. Alors cette famille se bat sans cesse.
Et aussi avec les autres familles. Parce que ma famille a une conscience, elle sait que tout le monde a besoin de manger, de travailler, d'aller à l'école, d'avoir une maison, même si on ne vit que dans une pièce.

Je crois qu'il faut du courage pour vaincre la misère. Même si on a faim, il faut garder sa dignité. Il faut se faire respecter. Faire savoir aux autres qu'on est des Hommes comme tous les Hommes.

Il faut beaucoup de courage. Ceux qui tombent dans la drogue, la prostitution, le vol, tout cela, c'est une route vers la misère. Il y a beaucoup de jeunes dans cette route. Ceux qui ont fini l'école et qui n'arrivent pas à trouver une faculté, pour oublier ce mauvais moment, ils se droguent.
Il y en a d'autres, pour manger chaque jour, elles se mettent une robe vulgaire et elles sont obligées de se prostituer.
C'est ma famille qui me donne le plus de forces pour tenir. Ils me disent que pour moi, c'est l'école.
Il me faut beaucoup de courage pour accepter l'humiliation, pour pouvoir y arriver.

Ce qui me pousse à faire cela : je sais ce qu'est la misère, souffrir de la faim, d'être nu, parce que ma famille fait des efforts. Ce sont les efforts qu'ils font avec beaucoup de courage qui me font, moi, combattre la misère.

Ce qui doit changer en premier dans le monde, en Haïti, c'est la mentalité "Chaque lanterne brille pour tes yeux" à retirer dans notre tête, pour dire plutôt "Avec beaucoup de mains, la charge n'est pas lourde à porter". Avec dialogue, respect, sans rancune, sans violence... nous pouvons faire disparaître la misère qui est la plus grosse arme qui détruit le monde.


Trois témoignages d’enfants, lus le 22 octobre lors de la célébration de la Journée mondiale du refus de la misère.

° Dorian, 13 ans, du Pérou

Pour moi, la paix c’est l’union et l’amitié qui doivent exister entre chacun de nous pour pouvoir ainsi vivre heureux et contents.
La paix, c’est aussi la tranquillité et la satisfaction.
Avec la paix, nous pouvons atteindre un monde meilleur.
La paix est le sentier vers l’espérance et la justice.
Pour refuser la misère, j’étudierai davantage chaque jour, j’aiderai mes parents et collaborerai avec eux. Je veux aussi avoir plus d’amis et, ensemble avec eux, je partagerai tout ce que j’ai, et aussi ma joie, ma tristesse et ma paix.

° Pilar, 8ans, d’Espagne

Pour moi, la paix est une joie, c’est quelque chose que j’attends beaucoup, parce que c’est joli et qu’il y a plein de gens qui jouent aux "palmeritas" *, à la ronde, et à plein d’autres choses.
Pour refuser la misère, je veux qu’il n’y ait pas la guerre et que nous soyons un monde spécial, avec toutes les familles unies, sans qu’il y ait autant de bagarres. Et pour le célébrer, nous pourrions faire une fête.

* Jeu d’enfants qui consiste à chanter tout en se frappant dans les mains.

° Estefanía, 10 ans, d’Espagne

Pour moi, la paix c’est d’avoir des amis, d’aimer les gens, de les aider, de partager les choses, d’avoir de l’amour.
Pour refuser la misère, je refuse les choses qui sont mal, j’aide les personnes et les enfants qui n’ont pas de choses et je partage celles que j’ai pour que les gens soient heureux.

 


 


Témoignages d'adultes :

TEXTES LUS au Palais Wilson à Genève (Suisse), 17 octobre 2000

° Témoignage d'adultes autour de l'Appel des enfants au Palais

Dans leur Appel lancé par le 20 novembre 1999*, les enfants nous ont dit : "Trop d’enfants vivent dans la misère. A cause de la misère souvent ils sont perdus dans la vie, perdus dans le monde".

Moi je sais : "La misère est une prison, c’est un boulet de plomb au pied, qui fait qu’une personne, une famille, un quartier ou un pays n’avancent plus. Et elle ne fait que se répéter".

Les enfants nous ont demandé, à nous, les adultes : "S’il vous plaît, que les grands nous aident à construire ce monde meilleur".

Beaucoup de personnes ont entendu cet appel, en Suisse, en Espagne, en Haïti, au Monténégro, aux Etats Unis ... dans des écoles, dans des homes ou prisons pour mineurs, dans des assemblées, lors de fêtes.
Aujourd’hui, pour nous donner du courage, nous aimerions témoigner de quelques efforts d’adultes à travers le monde qui répondent à cet Appel des enfants, qui donnent raison à leurs attentes.

Un papa de six enfants de la République démocratique du Congo, dont deux participent au groupe Etoiles –TAPORI*, nous écrit : "Le problème que nous connaissons ici, c’est que nos enfants n’étudient pas bien à cause de la guerre".
Et il nous encourage : "Continuez sans relâche votre travail. Soyez sûrs que nous, les parents des enfants Etoiles, nous les soutenons dans leur lutte contre la misère, l’injustice".

Au Cameroun, des enfants ont adressé un message à l’épouse du Président du pays. Ils ont parlé du Forum et de l’Appel des enfants.
Deux mois plus tard, nos amis nous ont communiqué cette bonne nouvelle : "A la veille du 11 février, Fête Nationale de la Jeunesse, le Président a décrété la gratuité de l’enseignement primaire pour tous les enfants du pays".
Nous félicitons ce président, car nous savons que lorsqu’on investit pour les enfants, on investit pour tout le pays !

Dans leur Appel, les enfants soulignent : "Pour nous, la famille c’est le plus important".

Moi, je dis : La famille c’est le terreau, c’est l’engrais qui fait pousser. Etre enlevé à sa famille, c’est comme ne plus avoir à manger, c’est comme avoir faim. Il ne faut pas placer les enfants, il faut aider les parents.

Dernièrement, le gouvernement français a publié un rapport sur le placement des enfants. Des familles qui vivent dans des conditions très précaires ont été interviewées. C’est une avancée que soit pris en compte l’avis des familles concernées pour réaliser cette étude.

Les enfants, dans leur Appel, nous rappellent aussi l’importance que d’autres puissent connaître TAPORI.
Voici un exemple :
En Belgique, des enseignants cherchent à faire vivre l’esprit de TAPORI dans leurs écoles pour créer un climat d’amitié et de respect qui permet à chacun d’être heureux au milieu des autres et d’avancer.

Le directeur nous dit son enthousiasme :
"Très vite, dit-il, le climat général a changé ! Les enfants sont devenus plus tolérants entre eux, il y a moins de disputes, moins de violence, moins de moqueries. Les enfants vivent des valeurs qu’ils vont garder avec eux toute leur vie. Et ces valeurs s’imposent peu à peu aux adultes. Des enseignants ont changé leur façon de se comporter avec des parents très démunis. Ils sont plus attentifs et cherchent davantage à les écouter et à les comprendre".

Donc, partout où se manifeste une volonté de se rencontrer, de se connaître et de construire ce monde meilleur avec des adultes, des jeunes, des enfants, nous nous apercevons que l’exclusion, la violence, la misère reculent et que la paix avance.
*
Voir le site Tapori : http://www.tapori.org

° Témoignage de Madame S. (Suisse)

«Favoriser un climat de paix dans le quartier»

Dans le quartier où je vis, il y a de plus en plus de familles qui viennent de pays où la situation économique est très difficile, ou même de pays en guerre.
Ce n'est pas toujours facile de se comprendre, déjà parce qu'on ne parle pas forcément la même langue et aussi parce qu'on n'a pas la même histoire.
C’est pourquoi, depuis une douzaine d'années, à la belle saison, nous nous réunissons régulièrement le soir pour partager à plusieurs un repas au bas de l'immeuble.

Nous sommes trois femmes du quartier à les préparer. Je fais cela parce que je suis maman de deux enfants et que je veux leur apprendre le partage.
Je suis aussi militante du Mouvement Atd Quart Monde depuis 1987 et je trouve important de ne jamais laisser quelqu’un seul.
Au tout début, nous n'étions que quelques-uns à nous retrouver pour ces repas.Maintenant, on installe des tables sur 30 mètres de long !
Cela s'est fait par le bouche à oreille : une personne qui en connaît l’existence invite une autre personne et ainsi de suite. Nous faisons aussi des affiches pour inviter très largement.

On appelle ça les fêtes de l'amitié. Chacun apporte de la nourriture que l’on partage tous ensemble. Il y a également de la musique : certains amènent des guitares, ou même un piano ou un orgue. Souvent les jeunes préparent un spectacle de danse et le présentent à tout le monde.Parfois, il y a aussi des jeux, pour les petits, comme pour les grands !

Ainsi, ceux qui viennent à ces fêtes montrent qu'ils veulent connaître leurs voisins, qu'ils ont de l'estime pour eux. Comme ça, on n'a plus peur les uns des autres. En fait, ces moments nous permettent de faire les premiers pas les uns vers les autres, d’avoir des liens.
Je crois que c'est cela aussi, faire avancer la paix.


Témoignage d’adultes - quartier de Antohomadinika (Antananarivo - Madagascar)
17 octobre 2000

LA PAIX

Pour moi, la paix c'est le bonheur, avoir l'esprit tranquille sans inquiétude ni contrainte à la recherche de la nourriture quotidienne.
Le plus important est d'avoir un travail car, sans travail, on est toujours rongé par plusieurs soucis. Le travail dont je parle, c'est un métier digne et durable qui procure assez d'argent pour pouvoir nourrir les enfants : leur donner à manger, les habiller, payer leur scolarité, les médicaments et les frais d'hospitalisation quand ils sont malades. L'éducation est indispensable pour les enfants. S'ils étudient, ils seront formés et n'auront pas de difficultés pour trouver du travail. Ils seront comme tout le monde . Ce qui est dur pour les parents, c'est de ne pas pouvoir envoyer les enfants à l'école. C'est décourageant de penser à l'avenir des enfants qui ne vont pas à l'école. Quand les parents sont encore vivants, même si leurs enfants n'ont rien à manger, ils font toujours des efforts pour pouvoir les nourrir et leur donner de l'affection : caresse, tendresse. Dès qu'ils trouvent quelque chose, ils le leur donnent. Ils se sacrifient pour eux. La paix est aussi l'entente entre tout le monde (entre mari et femme, concitoyens, paroissiens, autorités de l'Etat et population).
La paix, c'est l'épanouissement dans la vie pour que les enfants aient un bel avenir.
La paix, c'est l'indépendance budgétaire ou économique. On ne dépend pas des autres dans la vie quotidienne. Et pourtant, beaucoup encore n'ont rien à manger de toute une journée et parfois plus. Parfois, on trouve un travail à faire (par exemple une lessive), mais on n'y arrive pas parce qu'on est trop fatigué, n'ayant rien mangé depuis longtemps.
La paix, c'est aussi avoir un ou des amis de confiance à qui partager ses problèmes, c'est-à-dire quelqu'un de très discret, parce que l'indiscrétion peut provoquer l'humiliation. La paix est aussi la liberté de chacun, c'est-à-dire la possibilité d'agir et de faire ce qui lui convient et aussi de penser à ses intérêts personnels. Les gens doivent avoir confiance dans les pauvres parce qu'ils sont aussi des gens responsables comme tout le monde. La paix, c'est l'entente, le respect, l'union, la solidarité de la population entière. Souvent, c'est l'égoïsme qui entraîne le conflit et la guerre. On déclare la guerre parce qu'on ne pense qu'à ses propres intérêts. A cause de cela, il n'y a pas d'entente entre locataire et propriétaire de la maison… Il n'y a plus de vie en société et la vie devient de plus en plus difficile.
Je vous invite à nous unir, nous aimer pour que nous vivions en paix. Personne ne peut assumer seul sa vie sans l'aide des autres, donc la solidarité est nécessaire.


Synthèse des interventions des membres de l'Association des Jeunes Handicapés de Dakar,
à l'occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, le 17 octobre 2000, à la Cathédrale de Dakar
.

Thème 1 : Difficultés et espoirs des jeunes handicapés.

M. Mamadou Ndiaye : "Au nom de tous les jeunes handicapés, je salue et remercie tous ceux qui ont bien voulu s'associer à nous, aujourd'hui, pour commémorer la Journée mondiale du refus de la misère, ce mardi 17 octobre 2000. Nous voudrions ainsi profiter de cette journée, que nous avons l'honneur d'organiser, pour porter à votre connaissance quelques problèmes importants que nous rencontrons quotidiennement. Il s'agit notamment :

Aujourd'hui, notre espoir est qu'un jour nous arrivions à être compris et nos préoccupations enfin prises en compte. Je vous remercie."

Thème 2 : L'avenir des enfants des familles pauvres : scolarité régulière, formation professionnelle et apprentissage de la gestion de petits projets de commerce.

Mme Mbayang N'Diaye : "Les enfants sont l'avenir du monde. Nous voulons que nos enfants vivent des conditions meilleures que celles que nous, parents pauvres, nous rencontrons. Nous sommes aujourd'hui soucieux de l'avenir de nos enfants car nous manquons de moyens pour assumer leur prise en charge. Or si nous voulons éviter que nos enfants vivent dans la misère et la précarité, il faut nécessairement les instruire, les former. Nous demandons que des mesures adéquates soient prises pour prendre en charge l'éducation et la formation des enfants des familles les plus fatiguées. Assurer l'avenir de nos enfants, c'est nous aider à nous en sortir. Merci."


TEMOIGNAGES DE HAITI, le 17 octobre 2000 (Traduction du créole) :

° Extraits du témoignage de Monsieur G.

Ce qui manque pour régler le problème de la misère, c'est la solidarité.
Quand trois personnes qui sont dans la misère se mettent ensemble, elles peuvent transformer leur misère en autre chose. Avec beaucoup de mains, la charge n'est pas lourde à porter.
Il faudrait que tout le monde réfléchisse sur cela, cela ferait changer les choses.
En pratique, les gens très pauvres n'ont pas de droit pour réfléchir ensemble. Ils ne l'ont pas, parce qu'ils n'ont pas d'espace pour cela. Ils n'ont personne pour les y aider. Alors on peut dire que leurs droits ne sont pas respectés. Progressivement, plus la misère est grande, plus les gens pensent que ceux qui vivent dans la misère ne peuvent pas se réunir. Ils pensent qu'ils souffrent trop, qu'ils ne peuvent pas penser, qu'ils sont hébétés. Ils pensent que celui qui n'a pas de moyens ne peut pas penser. C'est ce qui fait que les droits des très pauvres ne sont pas respectés. (…)

Le plus gros problème, c'est que les très démunis n'aient personne pour les guider. Beaucoup de gens ont soif de rencontrer d'autres personnes. Il faut libérer les gens, briser les chaînes, telles que les différences entre les quartiers que l'on habite, les positions sociales... Ce sont les gens qui créent des frontières parce que, depuis qu'ils sont petits, on leur dit : "Ne passe pas cette frontière parce que ces gens ne sont pas ton monde". Comme les gens à pied et les gens en voiture qui ne se parlent pas (…)

L’association des parents de La Vallée de Jacmel, ce sont des parents qui se sont mis ensemble pour leurs propres enfants. Deux animateurs assistent les parents. Par exemple, pour faire une sortie avec les enfants, ils réfléchissent toujours pour faire des choses plus grandes. Les parents commencent à prendre conscience que si les enfants ne vont jamais dans d'autres lieux, ils vont perdre beaucoup de choses. Ils voient qu'ils doivent se mettre ensemble pour leur faire découvrir d'autres endroits. L'école vient de recommencer, ils ont réussi à scolariser leurs enfants et ils sont maintenant en train de réfléchir ensemble à comment faire pour que, l'an prochain à la rentrée, ils soient moins stressés pour trouver l'argent de l'école, eux et les autres parents.(…) Il existe aussi maintenant un petit noyau de dix parents qui représentent chacune des dix zones. C'est le "Conseil des parents". Ce sont eux qui donnent aux animateurs de la force, du courage et qui les poussent à faire telle ou telle chose. Ils organisent eux-mêmes des réunions de parents et font passer les messages. (…)

Le 17 octobre, c'est le jour où on réfléchit sur la misère, sur le respect des droits de l'homme, sur les valeurs, les richesses humaines. Chaque personne est une richesse. Une journée comme cela a beaucoup d'importance.
Il faudrait mobiliser tous les médias, créer des rencontres sur la richesse humaine, sur la quantité d'amour... Ce serait quelque chose de géant. On devrait construire une banque où l’on parlerait de toutes les richesses qu'il y a dans la communauté humaine.

° Extraits du témoignage de Madame Mérita C.

Si nous continuons ces réunions du 17 octobre, vous pourrez voir comment, avec ce bâton dans les mains, nous pouvons échapper à la misère. Mais c'est avec audace que nous sortirons pour que vous voyiez si nous sommes capables de résister.
Parce que vous ne savez pas quelle force, quel courage il nous faut pour nous tenir debout, droits sur nos deux jambes, pour résister à la misère.

Nous nous mettons ensemble, nous faisons un groupe, cela nous rend dynamiques, cela nous met en forme. Et avec l'aide de la prière, par nos bonnes réunions, nous réussissons à apporter aussi la gaieté, même si, parce que nous étions dans la misère, nous ne la voyions pas.

"Têt ansanm"
Il y a un enfant malade et personne n'est là ; je peux le mettre sur mon dos pour aller à l'hôpital. Même si je n'ai pas d'argent pour payer pour lui. Cela s'appelle se mettre ensemble.
Tu as un ami qui a un ennui, tu vas lui chercher un seau d'eau, c'est se mettre ensemble. Tu lui laves deux-trois vêtements, c'est encore se mettre ensemble.
Le Bon Dieu te dit, si tu as dix gourdes* et que l'autre n'en a pas, si tu ne peux pas lui donner cinq gourdes - s’il a des enfants, tu en as aussi - tu lui donnes trois gourdes pour qu'il puisse acheter du biscuit pour donner à ses enfants. Tout cela c'est "têtes ensemble".
*
Monnaie du pays

° Extraits du témoignage de Rosana F.

Le 17 octobre, c'est toujours une joie pour moi, c'est une gloire. Le 17 octobre a beaucoup de sens.
Ce jour-là, je réfléchis avec des gens qui sont plus mal que moi. Moi, je suis pauvre mais il y a d'autres personnes beaucoup beaucoup plus mal, qui me font penser à toutes celles qui sont dans l'injustice.
Le 17 octobre, je me sens fière, je me sens heureuse. Je suis fière des beaux messages et même s’il n'y a pas de visiteurs, je me sens fière, parce que c'est ma journée à moi. Je n'ai jamais pu aller à un forum ou quoi que ce soit d'autres.
Dans le pays, j'ai trouvé ce jour pour pouvoir dire "A bas la misère". C'est une journée pour dire "Vive la justice". Vous savez, on n'a pas le droit d'écraser toute une population qui pleure son besoin de justice.
Ce jour-là, nous disons : vive la justice, vive "têtes ensemble", vive "tout Homme est un Homme".


Intervention de M. Jean-Christian Récamier, à Hull, en Grande-Bretagne, le 17 octobre 2000, au nom des membres du Mouvement Atd Quart Monde de la région parisienne, à l’occasion de l’inauguration, au Northern Cemetery dans le carré des indigents, d’un monument à la mémoire de tous ceux qui ont été enterrés dans des tombes anonymes.

"Je vous parle au nom des membres du Mouvement Atd Quart Monde de la région parisienne.

Le 17 octobre 1995, avec un petit groupe de personnes qui participent à l’université populaire Quart Monde, nous sommes allés nous recueillir sur la tombe de Monsieur Jean-Claude Val.

Jean-Claude Val a connu une vie difficile. Il faisait partie de notre groupe et se battait contre la misère. Il est mort pendant l’été 1995.

Il était seul et n’a pas revu ses amis. Il a été enterré sans que ses amis soient prévenus. Et comme il était pauvre, il a été enterré dans la partie du cimetière réservée aux indigents, sans aucune plaque, avec seulement un numéro. Monsieur Val était très croyant mais il n’a pas eu de service religieux pour son enterrement.

Nous avons décidé de rendre hommage à Monsieur Val le 17 octobre 1995.
Nous avons organisé une cérémonie au cimetière, avec un membre du Conseil municipal de sa commune, et en présence de plusieurs journalistes.

Suite à cette cérémonie, nous avons obtenu qu’une plaque décente soit mise sur la tombe de Monsieur Val, avec son nom, et le nom d’autres personnes enterrées dans cette partie du cimetière.
Le même jour, lors de la cérémonie qui avait lieu au Trocadéro, une personne de notre groupe a pu parler à Monsieur Chirac, président de la République française. Elle lui a parlé de Monsieur Val et de toutes les personnes qui étaient enterrées dans des tombes sans nom à cause de la pauvreté.

Deux semaines plus tard, nous avons eu la surprise d’apprendre que le président de la République, qui avait été maire de Paris, avait fait fleurir le "carré des indigents" dans le grand cimetière de Paris où sont enterrés les pauvres, à l’occasion de la fête de la Toussaint.

Comme vous ici, nous nous battons pour que toute personne soit respectée dans sa mort, parce que nous voulons que toute personne soit respectée dans sa vie.
Le respect, la reconnaissance de la dignité de chaque personne, c’est ce qu’il y a de plus important."


Témoignage de familles du Quart Monde de Franche-Comté, lu sur la place des droits de l'homme, à Besançon (France)

Nous, familles du Quart Monde de Franche-Comté, témoignons de l’importance, pour tous les citoyens, de la Journée mondiale du refus de la misère. Cette journée nous permet de réaffirmer publiquement le droit pour tous de vivre dignement.

Cette année 2000 est décrétée par l’Organisation des Nations unies : "Année internationale pour la culture de la paix"
En pensant à la paix, ce qui nous vient d’abord à l’esprit, ce sont tous ces pays en guerre, où le seuil de pauvreté est souvent élevé. Nous voudrions que plus personne ne souffre de la guerre ni de la misère dans le monde.

Mais la paix ne concerne pas seulement les pays en guerre.
Cultiver la paix est un long travail qui nous engage tous, là où on vit. La paix, nous ne devons pas seulement l’attendre de l’autre mais la chercher en nous pour essayer de la vivre chaque jour autour de nous, dans notre famille, avec nos voisins, notre entourage, dans nos quartiers... Maintenir la bonne entente, c’est préserver la paix.
Pour cela, nous devons aimer l’autre, chercher à le respecter, développer l’amour dans la famille et au dehors. Comme on ne peut pas vivre en permanence dans la paix, il faut savoir pardonner, même à nos enfants quand ils "dérapent".
Le pardon, cela nous grandit ! Mais cela prend du temps !

Le dialogue est un instrument de la paix. Souvent, nous avons un a priori sur les gens. En dialoguant avec eux, on se découvre dans nos différences. S’accepter différents contribue à bâtir la paix. Pourtant, le dialogue n’est pas toujours facile. Comment trouver les mots quand on est face à des gens butés ? Il faut qu’ensemble nous puissions dialoguer, écouter et être écoutés, y compris dans les services.

La paix passe aussi par la reconnaissance sociale : riche ou pauvre, tout le monde doit être considéré, reconnu par les autres.
Beaucoup de jeunes aimeraient être utiles aux autres et se sentir reconnus.

Si on est enfermé dans la misère, nié dans ses droits, rejeté, alors on se renferme et on n’a plus envie de vivre. C’est pourquoi la paix n’est possible que quand tout le monde peut vivre dignement et accéder à tous ses droits fondamentaux.

Les chemins pour vivre la paix en nous et autour de nous, sont nombreux. Et c’est à nous tous, ici et dans le monde, de les prendre chaque jour, sans nous décourager.
Refuser la misère, c’est un chemin parmi d’autres pour nous rassembler et bâtir la paix.


Témoignage de lutte contre la pauvreté par des adultes vivant à Rome (Italie), 15 Ottobre 2000

Testimonianza di lotta contro la povertà a Roma

"Mai più discriminazioni, esclusioni, oppressioni, disprezzo dei poveri e degli ultimi", diceva Giovanni Paolo II, il 12 marzo 2000. Nella nostra realtà però, viviamo ancora queste violazioni dei diritti umani. Desideriamo darvene – questa sera - alcuni esempi, come sono stati riportati da diverse persone che abitano a Roma.
"Oggi c’è la miseria non solo la povertà: i bambini in questo palazzo, come in molti altri "Bronx" del mondo soffrono soprattutto per la profonda ignoranza del resto del mondo. Le persone che incontro sull’autobus, quando vedono che io scendo davanti a questo palazzo, cambiano il loro modo di guardarmi e quindi di valutarmi, anche se poco prima hanno scambiato con me un dialogo.
"C’è un razzismo verso le persone povere di colore, che non tiene conto del valore delle persone singole. Mia figlia si è fatta un’amichetta al quartiere Cinecittà, mentre scherzava e giocava con lei, si è avvicinato un signore che si è messo a parlare con l’amichetta, ignorando mia figlia completamente come se fosse una sua nemica, ed anche quando mia figlia gli parlava, egli pensava bene di non risponderle nemmeno."
"Mia figlia, all’età di 10 anni, mi ha rivolto questa domanda:"Papà, perché io vivo dentro un campo rom, senza acqua, né luce ed in mezzo alla sporcizia? Tu mi hai raccontato tante volte, che in Bosnia stavi bene. Ora, per colpa della guerra, ci troviamo nella miseria e senza una casa!?! Perché non viviamo come tutte le famiglie dei nostri compagni di scuola?". "
"Quando la famiglia si separa, tutto va male. Sono una mamma e l’ho vissuto di persona. Purtroppo dopo la separazione da mio marito,si doveva decidere se dare i figli alla mamma o al papà. Se non si fosse arrivati ad un accordo, sarebbero stati messi dentro un istituto e anche divisi perché uno è maschio e l’altra femmina. Ed io, essendo mamma e per l’amore che ho verso i miei figli, per non far sentire loro che questo mondo è un mondo difficile già alla loro età e che invece la vita è molto bella - perché per me è importante che essi siano venuti al mondi per amore, non per egoismo sessuale - io ho firmato per l’affidamento a mio marito, perché venissero dati al padre. Ho reagito così e questo è un fatto vero e accaduto."

Padre Joseph Wresinski, con le parole incise sulla lapide chiama ad unirci per fare rispettare i diritti umani. Vogliamo testimoniare come ci siamo sentiti sostenuti nei nostri forzi.
"Nelle lotte di tutti i giorni, l’unica sostenitrice sono io. Gli altri possono aiutarti materialmente, ma è il motore che fa camminare le macchine, e se va male quello!?… Non si cammina. Le persone che, in un certo qual modo, posso dire siano stati "miei sostenitori", sono i miei figli. Sono stati sempre con me e anche quando sono brutta, mi dicono che sono bella: più sostenitori di così?!?"
"Finché non trovo un altro lavoro, accetto di lavorare per £. 6.000 a giornata, lavando delle scale, prendendo i mezzi senza biglietti, correndo il rischio di essere scoperta, finché non trovo un altro lavoro. E se mi "beccano", ci sono la multa e anche la vergogna."
"Non ho trovato nessuno per aiutarmi, per tanto tempo eravamo io e la mia razionalità a cercare soluzioni, poi con l’attesa dell’ultima bimba ho trovato aiuto in un centro di aggregazione sociale, e lì è ricominciata la mia rinascita come persona. Però è difficile, quanti pensieri brutti mi passano per la testa. Mi sento così impotente in questo periodo."
"Durante i miei passaggi più duri, l’unico sostegno è stata mia madre. La sua forza, il suo coraggio sono per me grande esempio. Mi ha lasciato in eredità il suo insegnamento. Questo fa di me quella che sono e spero di trasmetterlo a mia figlia. "
Vorremmo concludere con un appello : "Quanto siamo pronti a riconoscere che ogni bambino ha la sua dignità, che ogni uomo ha la sua dignità. Ora il muro di Berlino non c’è più, ma quanti muri dovremo ancora abbattere per dare la possibilità all’altro di sentirsi ed essere una persona dignitosa?!"

* * *

Traduction en Français

Témoignage de lutte contre la pauvreté

"Jamais plus de discriminations, d’exclusions, d’oppressions, de mépris des plus pauvres et des plus petits", disait Jean-Paul II, le 12 mars 2000. Dans notre réalité de vie, nous vivons pourtant ces violations des droits humains. Nous voudrions vous en donner quelques exemples, tels qu’ils ont été relatés par des personnes qui habitent à Rome.
"Aujourd’hui, il y a la misère, pas seulement la pauvreté. Les enfants de cet immeuble, comme dans beaucoup d’autres "Bronx" à travers le monde, souffrent profondément d’être ignorés du reste du monde. Dans le bus, je rencontre des personnes. Quand elles voient où je descends, devant cet immeuble, elles changent leur façon de me regarder et de me considérer, même si auparavant nous avions pu avoir un échange et un dialogue."
"Il y a un racisme envers les personnes pauvres de couleur. On ne tient pas compte de la valeur de chacun. Ma fille s’est fait une amie dans le quartier de Cinecitta. Alors qu’elle rigolait et jouait avec cette amie, un homme s’est approché et s’est mis à parler à cette amie, ignorant complètement ma fille comme si elle était une ennemie. Quand ma fille a voulu lui parler, il a jugé bon de ne pas lui répondre."
"Ma fille, qui a 10 ans, m’a souvent demandé "Papa, pourquoi est-ce que je vis dans un camp de gitans, sans eau ni électricité et au milieu des détritus ? Tu m’as raconté tant de fois que, en Bosnie, tu avais une belle vie. Aujourd’hui, à cause de la guerre, nous nous trouvons dans la misère et sans maison. Pourquoi est-ce que nous ne vivons pas comme toutes les familles de mes camarades de classe ?"
"Quand la famille se sépare, tout va mal. En tant que maman, je l’ai vécu moi-même. Malheureusement, après que nous nous soyons séparés, mon mari et moi, nous avons dû décider à qui donner les enfants, à la maman ou au papa. Si nous n’étions pas arrivés à un accord, les enfants auraient été placés dans un institut. Ils auraient dû être séparés, car l’un était un garçon et l’autre une fille. Au nom de l’amour que je porte à mes enfants, pour ne pas leur faire sentir que ce monde est difficile, même à leur âge, et pour leur dire que la vie est belle - parce qu’il est important pour moi qu’ils soient venus au monde par amour et non par égoïsme sexuel - j’ai signé pour qu’ils soient confiés à mon mari. C’est ainsi que j’ai agi et cela est un fait réel".

Le père Joseph Wresinski, avec les paroles inscrites sur cette dalle, nous appelle à nous unir pour faire respecter les droits de l’homme. Nous voudrions témoigner de comment nous nous sommes sentis soutenus dans nos efforts.
"Dans la lutte de tous les jours, mon premier soutien, c’est moi-même. Les autres peuvent t’aider matériellement, mais c’est toi le moteur qui fait avancer la voiture. Si tu vas mal, rien n’avance. Les personnes dont je peux dire qu’elles sont également un soutien pour moi, ce sont mes enfants. Ils ont toujours été avec moi. Même quand je ne suis pas patiente, ils me disent que je suis belle. N’est-ce pas un vrai soutien ?"
"Jusqu’à ce que je trouve un autre travail, j’accepte de laver des escaliers pour 6000 Lires (20 FF) par jour. Et je dois prendre un bus pour y aller. Je ne peux prendre un ticket car l’aller et le retour valent 3.000 Lires (10 FF). Et donc je cours le risque d’être prise. S’ils m’arrêtent, il y a non seulement l’amende, mais aussi la honte".
"Je n’ai trouvé personne pour m’aider. Pendant des années, j’étais seule, avec mon raisonnement, à chercher des solutions. Puis, quand j’attendais ma dernière, j’ai trouvé de l’aide dans un centre de développement social. J’ai pu renaître en tant que personne. Mais la situation reste très difficile. Des idées noires me passent par la tête. En ce moment, je me sens très impuissante."
"Pendant les moments les plus durs de ma vie, mon unique soutien a été ma mère. Sa force, son courage sont pour moi un grand exemple. Elle me laisse en héritage son enseignement. C’est ce qui fait ce que je suis et c’est ce que j’espère laisser à ma fille."
Nous voudrions conclure par un appel : Combien de personnes sont prêtes à reconnaître que tout enfant a sa dignité, que tout homme a sa dignité ?. Maintenant, le mur de Berlin est tombé. Mais combien de murs devrons-nous encore abattre pour donner à chacun la possibilité d’être reconnu comme une personne digne et respectée ?"


Témoignages des familles de la colonie San Francisco de Asis ("Pozo del Huevo") à Madrid (Espagne), le 17 octobre 2000

"Une Journée du refus de la misère est une fenêtre ouverte vers l’avenir parce que jamais on ne nous a donné d’occasions d’aller de l’avant.
Je veux démontrer que je rejette la misère parce qu’avec la misère on ne peut pas être des personnes. Je veux qu’il y ait des gens pour l’entendre, qu’ils sachent qu’il y a des personnes qui ont beaucoup souffert. Je veux crier, qu’on m’entende.
Qu’ils sachent que dans ma maison, c’est moi qui ai dû installer l’eau et l’électricité. Nous devons inviter les gens qui ont de l’argent, ceux qui ne connaissent pas cette vie, les ouvriers, les artistes, la mairie, Cáritas. C’est important qu’ils nous écoutent parce qu’ils ont du travail et prennent des décisions. Si on ne nous donne pas d’occasions, comment pourrons-nous acquérir une expérience pour travailler ?
Il faut aussi leur dire que nous avons le droit à un logement. Une baraque, même tenue bien propre, reste une baraque.
Nous voulons vivre comme les messieurs, qu’ils se rendent compte que nous sommes des citoyens."

"Il ne doit pas y avoir de pauvres, il faut qu’il y ait du travail pour tous, nous ne devrions pas souffrir de la faim.
Il faut de la camaraderie ; si tu as un morceau de pain tu le partages avec un autre. Moi, j’ai trop subi la faim et je ne voudrais pas que d’autres vivent ce que j’ai vécu. Tout comme on m’a donné un plat de nourriture, je veux qu’il en soit donné à tous ceux qui vivent dans la nécessité.
Notre lutte me semble importante parce que maintenant on va nous donner un logement. Cela, c’est beaucoup, parce que tu peux te laver, dormir tranquillement. Nous allions nous retrouver à la rue et maintenant nous avons obtenu un logement.
Tout comme pour nous, il en sera de même pour ceux qui sont dans la rue, dormant à la merci des intempéries. C’est valable aussi pour tous les autres qui souffrent de la faim.
Il faut donner du travail aux pauvres."

"Pour moi la Journée mondiale du refus de la misère doit être une journée pour nous unir. Plus nombreux nous serons, mieux ce sera. Nous devons parler pour montrer la misère, pour qu’ils sachent que nous sommes ici. J’espère que ce jour là on va m’écouter et que dans la mesure du possible, les autres participeront.
Je crois que de recevoir l’IMI (*) n’est pas une solution. Pour les personnes âgées, c’est bien mais pour les jeunes, il faut ouvrir des portes. Pour moi, les plus pauvres sont ceux qui vivent le pire, non pas à cause de l’argent, mais parce qu’ils gèrent mal ou des choses comme ça et, du coup, ils vivent plus durement que les autres. Il faut lutter pour celui qui a le moins.
Nous devons demander que viennent des enseignants, des entrepreneurs, des assistantes sociales, des gens de la rue, des personnes qui vivent dans la misère, des amis. Tous."
(*) IMI
: Aide mensuelle à l’intégration, donnée par l’administration publique de la Communauté de Madrid aux personnes sans ressources.

"Je veux que ceux qui ont du pouvoir se rendent compte de ce que nous vivons parce qu’ici, nous vivons très mal.
Quand nous avons commencé à remuer la question du logement, pour que l’on ne nous expulse pas, nous avons obtenu que l’on nous donne des logements. On voyait que tout le quartier s’était mis ensemble. Certains nous représentaient mais c’était tout le quartier qui était uni. Moi, je crois que les choses avancent. Notre lutte sert pour que ceux qui ont le pouvoir avancent un peu. Il y a eu beaucoup de relogements dans d’autres quartiers et jamais il n’était donné de facilités. Nous si. Je crois que c’est grâce à notre lettre. Cela me fait me sentir bien et continuer à lutter quand tu as besoin de quelque chose. Cela m’encourage à m’unir à d’autres parce qu’une personne seule ne fait rien, mais ensemble, si. A savoir que nous voulions tous la même chose, il était normal que nous nous mettions ensemble. D’un autre côté, chacun de nous pense de sa manière, mais on peut arriver à un accord."

"On peut repousser la misère en aidant d’autres. Si je pouvais, j’aiderais davantage. Il y en a beaucoup que j’aide, par exemple Antonia, Je l’ai fait parce qu’ils avaient faim. J’ai vidé mon frigo pour leur donner. Je sais ce que c’est que la faim. Ici, nous avons tous été très charitables avec elle. Celui qui n’a pas, c’est celui qui donne (…).
Les responsables de la misère sont les gouvernements. Ils devraient gagner un peu moins et partager un peu plus."

"Pour moi, le 17 octobre c’est d’être tous unis, avec les personnes que nous connaissons comme avec celles avec lesquelles nous sommes fâchés. Je veux que personne ne souffre de la faim, ne serait-ce qu’un seul jour de plus. Qu’il y ait la paix entre tous, parce que nous sommes tous égaux, que nous nous entendions et que nous vivions ensemble, en nous parlant."

"Nous devons voir les différences entre les enfants. Un enfant riche se différencie d’un pauvre, même par le visage, la prestance, la joie. Grâce à Dieu, je transmets l’espérance à mes enfants. Si l’enfant pauvre et l’enfant riche se mettaient ensemble, il y aurait plus d’humanité, tout changerait une fois qu’ils deviendraient grands. Il faut donner une image des différences entre l’enfant pauvre et l’enfant riche. Sentir ce que ressent l’enfant pauvre, ses espoirs. Les enfants se rendent compte qu’il y a des choses qu’ils ne peuvent pas faire et ils en souffrent. Une personne âgée le comprend mieux. Moi je me sens mal quand mes enfants restent avec l’envie des choses. Mes enfants n’ont qu’un plat par repas, ils n’ont même pas de dessert."

"Toute notre vie est la même, la charrette à la main. C’est un malheur très grand parce qu’il n’y a pas d’autres moyens de travailler. Moi, j’aimerais travailler dans autre chose, sur un chantier ou quelque chose comme ça. Il faudrait aider tout le monde. Il y en a qui vivent bien pire que moi. Aider toutes les personnes qui sont dans le besoin.
En ce qui me concerne, en ce moment, les gens qui ont bon coeur m’aident. C’est dur que vienne chez toi une de tes filles et que tu n’aies rien à manger.

Pour moi, le fait qu’on va nous reloger est une très grande fierté parce que cela change toute ma vie. Tu peux vivre d’une autre manière,
quand tu en as envie tu peux te doucher, ce que tu ne peux pas faire ici. Tu as un autre niveau de vie, meilleur que celui-ci. Nous avons envie de partir d’ici et de ne plus être plongés dans la misère. Plus il y a de boue, plus il y a de merde.
Nous sommes très fiers que notre fils aille à l’école.
Toute la lutte du quartier quand il y a eu le déguerpissement m’a semblée très belle parce qu’elle représentait tout le monde. Cette lutte nous a donné beaucoup de compagnie en tous moments. Ce qui m’a le plus plu, c’est que le groupe a beaucoup fait pour nous. Si ce n’était pas parce que nous, les familles, étions impliquées là dedans, nous aurions été chassées dans n’importe quel coin. C’est important que les gens soient unis pour lutter pour leurs droits. Nous avons aussi le droit d’avoir quelque chose comme les autres. Cela nous aide nous, ainsi que toutes les personnes qui ont les mêmes besoins. Nous vivons dans ce temps, mais ceux qui viennent après nous ont aussi besoin des choses."


Je témoigne de vous, Madame B.
17 octobre 2000

Je témoigne de vous :

Mme B. qui dites :
"Je voudrais qu’on soit heureux en famille, quand mes enfants vont revenir.
Avec mon tuteur, je demande d’avoir un appartement très vite. Je vais voir mes enfants toutes les semaines, ils sont au foyer à 25 km. Je vais en taxi pour 120 francs à chaque fois, parce que ma sœur ne peut pas toujours venir me conduire. Elle a sa vie, elle aussi. Ensuite je vais prendre le train puis le bus. C’est mon frère qui m’a accompagnée plusieurs fois pour que j’apprenne le trajet. Il connaissait : il est allé lui-même dans ce foyer.

Le petit surtout, il demande toujours des bonbons. Pour lui faire plaisir, je lui en achète quelquefois. Le grand, il demande des crayons. C’est moi qui ai voulu lui acheter un cartable neuf pour la rentrée, pour lui faire plaisir.

Cet été, je suis partie en vacances avec eux. C’était pour eux. On était bien ensemble.
Quand j’aurai mon appartement, mon mari pourra venir en week-end d’abord. Il est à l’hôpital en ce moment et c’est moi qui vais le voir, pas souvent parce que c’est loin."


Témoignage de Madame P., canton d'Antrain (France)
17 octobre 2000

Nous sommes arrivés dans le canton, il y a sept ans. C’était difficile de connaître des gens… Je me souviens de ce jour de 1993 où j’ai vu arriver les gens d’Atd Quart Monde dans notre maison. C’était avec un grand livre de "Petit Ours Brun". Ils l’ont montré à notre fils qui était sous le charme. Ils sont revenus régulièrement avec d’autres livres. Ça donnait une ambiance.

Après ils ont proposé que je participe à des rencontres avec mon mari. Je sais maintenant que c’est ce qu’on appelle les Universités Populaires Quart Monde. Au début c’était dur. Nous étions habitués à ne voir que des gens comme nous qui vivaient la même galère. Dans notre couple, quand un n’allait pas bien, l’autre était là pour le soutenir. Pour parler, on utilisait nos mots à nous. Je n’avais jamais pris la parole en public. Sans Atd, je ne pourrais pas vous parler comme cela aujourd’hui, tellement j’avais peur de m’exprimer.

Rencontrer les gens d’Atd a aussi aidé nos enfants. Les deux aînés sont allés à la pré-école : ils n’ont pas eu de problème pour entrer à la maternelle. Le dernier va aux "Espaces Jeux Rencontres". Cela l’habitue déjà à vivre avec des enfants de son âge. Cela les stimule : c’est le deuxième qui se met à marcher quand on est tous ensemble.

Après toutes ces années, notre famille vit mieux. On s’en sort et on a envie d’aider les autres. On donne des conseils, on n’est pas toujours écoutés, mais on le fait quand même. Nous, on sait ce que c’est, on a vécu les mêmes choses. Et puis, aujourd’hui, avant de nous juger les gens viennent nous parler. Le regard a changé.


Trois témoignages d'Irlande

Extraits de l'introduction de Fintan Farrell , du Irish Travellers Movement et du European Anti-poverty Network

Nous sommes heureux d'être rassemblés aujourd'hui pour cette commémoration. C'est sans doute la première fois en Irlande que nous célébrons ainsi cette journée. C'est le début de quelque chose. (…)

Si nous sommes à côté du Monument de la Famine, ce n'est pas uniquement parce que la famine est un moment clé de notre histoire, mais parce que ce monument représente des gens en marche, des gens qui de façon évidente ont faim, sont très proches de la mort, mais qui, malgré tout, luttent, s'accrochent à la vie et se battent pour rester en vie. Ce sont eux que nous voulons célébrer aujourd'hui, ces gens qui, dans les situations les plus désespérées, continuent à se battre pour une vie meilleure, pour eux-mêmes, pour leurs familles et leurs communautés. Nous honorons aussi aujourd'hui les luttes collectives, partout où ceux qui vivent la pauvreté se mettent avec leurs voisins, leurs amis, leur communauté et rejoignent d'autres en solidarité pour essayer de changer la situation.

Voulez-vous écouter l'histoire de quelqu'un que j'appellerais Mammy, une mère, comme tant d'autres mères dans ce pays, qu'il nous est difficile de vraiment connaître ?

Mammy s'est mariée et a eu des enfants, avant que son mari ne meure d'un cancer. Mammy se fait soigner à l'hôpital psychiatrique. Elle a eu la vie dure. Plus tard, son fils aîné a aussi souffert de maladie mentale. Quand son mari est mort, les membres de la famille se sont désespérément accrochés les uns aux autres. Ils s'accrochaient ensemble à cause de la souffrance qui les atteignait, chacun. Après un temps, les enfants ne sont plus allés à l'école. Ils voulaient rester chez eux pour être avec leur mère et avec leur amis . Les amis étaient leur thérapie.

Ce qui est étonnant, c'est que malgré tous leurs soucis, la maison était ouverte, grande ouverte à tous. Il y avait toujours une soupe sur le feu pour la famille et pour ceux qui passaient. Toujours une tasse de thé offerte. Elle savait bien, Mammy, comment j'aimais mon thé, fort, et laissais le sachet dans la tasse. Chacun venait là avec ses problèmes. Ceux qui n'avaient nulle part où aller, ceux qui sortaient de prison, tous venaient chez Mammy avec leurs soucis. Elle les prenait parfois chez elle si leur famille ne les voulait pas. Probablement parce que sa vie était si dure, Mammy comprenait ce que cela signifiait pour les gens de trouver une porte ouverte.

Mais avec tout ce qui s'y passait, la maison était devenue trop lourde à porter. Je me souviens d'aides ménagères venant aider à nettoyer la maison. Mais Mammy disait qu'elles amenaient leur "chez eux" avec elles et attendaient que son logement soient comme le leur. Elle vivait cela comme un contrôle. Mammy vivait toujours dans la peur des autorités. Je pense que ses enfants ont maintenant hérité de cette peur.

A cause des enfants, elle ne sortait jamais. Quand cela devenait trop dur, elle se prenait quelques bières à la maison et buvait un coup. Et puis tout a commencé à aller vraiment mal pour eux. Et ça a été le coup dur : on lui a pris sa petite. Ils l'ont placée dans une famille d'accueil dans un autre région. Elle ne pouvait revenir les week-ends. Ils devaient aller la voir dans la famille d'accueil et cela leur brisait le cœur. Cela brisait le cœur de la famille. Alors Mammy s'est mise à prendre plus de médicaments. Deux ans plus tard, deux autres fils ont été retirés de la famille.

Et puis un beau matin, longtemps après, je suis allé les visiter et c'est la petite qui a ouvert la porte. Elle avait le visage radieux, les yeux brillants. Elle m'a dit. "Je suis à la maison ce week-end et tous les week-ends à venir. C'est bien, non ?" Je suis entré dans le séjour et j'ai vu le sourire, le petit sourire sur le visage de Mammy. Il y a avait là une joie profonde, la même joie dont j'ai été témoin quand les garçons sont revenus chez eux quelques temps après.

A travers tout ce qu'elle a vécu, Mammy a toujours vu sa famille comme quelque chose de précieux qui avait besoin d'être soutenu et protégé. La famille, c'était ce lieu où ses enfants pouvaient se sentir aimés et en sécurité. C'était là où les autres aussi pouvaient se sentir accueillis, ceux qui étaient sans logis, ceux qui sortaient de prison, ceux qui souffraient. C'était tout cela, la famille pour Mammy.

Aujourd'hui, le 17 octobre, je vous offre les Mammys de ce monde, je vous les confie.

 

John est un jeune sans-logis. Il vit à la rue. Au début, la nuit, il allait dans un abri quand c'était possible, quand il y avait un lit de disponible. C'était environ deux nuits par semaine. Une nuit, il s'est réveillé dans l'abri et a découvert que celui qui dormait dans le lit à côté de lui venait de mourir à cause de la drogue. Depuis, John n'est jamais revenu dans l'abri. Maintenant il vit à la rue. Et parce qu'il ne veut pas vivre dans un centre, il n'a pas d'adresse et ne reçoit donc pas d'argent.

Si l’on demande à John ce qui est le plus dur quand on n'a pas de logement : "Est-ce de ne pas avoir de lit la nuit, de dormir sur le sol en béton dans un lieu délabré ?" Il dit "Non, ce n’est pas cela." On lui demande alors : "Est-ce d'avoir faim ou froid ?" Il répond que non.

- Alors qu'est-ce qui est le plus dur quand on est à la rue ?

- Le plus dur, quand on est sans logis, c'est de savoir que si tu disparaissais de la face de la terre, personne ne s'en soucierait ou même le remarquerait. Les copains se poseraient des questions pendant un jour ou deux. Ils diraient : "Je me demande où est John aujourd'hui, où est Mary ? Ils sont sans doute partis à Londres" et puis on t'oublierait complètement. C'est cela le sens de ta vie, la valeur de ta vie. Ta vie ne compte plus pour personne. Ta vie n'a aucun sens.

Etre à la rue, c'est vivre en sachant que la société dans laquelle tu vis ne te considère pas comme valable, ne pense pas que tu vaux le temps, l'énergie ou l'effort de te trouver, ce qui est essentiel pour chacun de nous, un lieu pour vivre. Chaque minute, chaque heure, chaque jour, tu vis conscient que la société te dit que tu ne vaux rien. C'est ce qu'il y a de plus dur à vivre.

La vie, pour ceux qui sont à la rue, demande un effort héroïque pour garder sa dignité . Il faut pour cela refuser encore et encore les messages qui te disent que tu ne vaux rien. Vivre à la rue avec dignité, c'est vivre avec la conviction forte et intime d'être quelqu'un d'unique, digne d'amour, aimant. C'est être conscient que malgré d'innombrables difficultés, tu as autant de valeur que le fils du président ou la fille du premier ministre. C'est une lutte pour garder le sens de sa valeur, une confiance en soi.

Et si on est un jeune à la rue, c'est encore plus dur parce que, en tant que jeune, on est incertain de son identité, peu sûr de qui on est. On croit très facilement ce que la société vous renvoie : qu'au fond, on ne vaut rien, qu'on ne vaut pas l'effort de nous trouver un lieu pour vivre. On finit par croire que l'on ne vaux rien et la dignité en prend un coup. J'ai donc la plus grande admiration pour les sans-logis, jeunes ou vieux, qui réussissent à garder leur dignité tout en vivant à la rue. Garder sa dignité dans ces conditions est une tâche surhumaine, héroïque.

 

Il y a plusieurs années que je connais Sarah, une femme de grande force et de beaucoup de courage. Elle m'a demandé de vous partager aujourd'hui son histoire, une histoire pour le nouveau millénaire.

"Cela fait quatre ans maintenant que mon mari, mes quatre enfants et moi-même vivons au bord de la route. Nous avons a erré de lieu en lieu pour trouver un terrain. Nous vivons sans les facilités que la plupart des gens considèrent comme un dû : ni l'eau courante, ni salle de bain, ni toilettes, ni ramassage d'ordures.

Voici maintenant un an que je suis allée à l'hôpital St James et que le docteur m'a dit que j'avais un cancer. J'ai quitté l'hôpital en pleurant. Je me demandais si j'allais mourir et si j'allais voir grandir mes deux plus jeunes. Quand je suis revenue à la maison, j'ai dit à ma famille que j'avais un ulcère. Cela m'a pris quelques semaines pour réaliser que j'avais bien un cancer. Les docteurs m'ont dit que c'était important que je prenne un bain tous les jours pour garder les blessures propres. Sans eau courante, avec juste une bassine pour se laver, c'est très difficile. J'ai attrapé la gale et une infection urinaire. Trois de mes enfants ont aussi la gale. Un brave homme au garage nous laissait avoir l'eau. Quand il a su que nous utilisions cette eau pour boire et cuisiner, il nous a fait passer un mot pour nous dire que ce n'était pas de l'eau potable.

Mon mari souffre de dépression et d'épilepsie. Il passe beaucoup de temps à l'hôpital. Parfois, il disparaît et nous devons le chercher dans les rues. L'hôpital m'a dit qu'il avait besoin de beaucoup d'attention. Mon fils aîné est maintenant à la rue et j'ai su qu'il prenait de la drogue. J'ai peur d'apprendre un jour qu'un autre jeune à la rue est mort, et que cela soit mon fils.

Toute ma vie j'ai été une battante. Je ne baisse pas les bras facilement. J'ai fait tout mon possible pour bien m'occuper de mes enfants et qu'ils aillent à l'école.

Mais il y a quelque temps, je me suis retrouvée sur le Pont de Stillorgan et je voulais en finir avec la vie. Je n'en pouvais plus. Par dessus le marché, le docteur m'avait dit que j'avais des cellules cancéreuses à l'utérus et qu'il faudrait me l'enlever. De désespoir, j'ai tout lâché et j'ai arrêté mon traitement. Un jeune homme et une femme qui passaient par là m'ont convaincue de descendre du pont.

Tout au long de cette année millénaire si dure, ce qui m'a fait tenir, c'est le groupe de femmes à Exchange House. Même si les femmes, là aussi, ont leurs problèmes, elles sont d'un grand soutien, ainsi que l'équipe. J'apprends à lire et à écrire et j'espère que bientôt, si Dieu le veut, je pourrais aider mes enfants avec leurs devoirs. J'ai rencontré des gens du quartier dans lequel nous stationnons pour leur demander de pouvoir rester là, au moins jusqu'après Noël. Nous aurons la réponse dans deux semaines.

Tout ce que j'espère c'est un emplacement où pouvoir stationner avec l'eau courante, pour que mes enfants puissent être en sécurité et en bonne santé et qu'ils puissent continuer à aller à l'école."

 


Messages de soutien 2000


Marie Guastavino/Cottereau

Bonjour, je m'appelle Marie et j'ai douze ans.

En lisant l'article du journal Okapi j'aurais voulu pleurer.
J'espère de tout cœur que Nathalie retrouvera ses deux fils
et qu’elle pourra enfin se loger correctement.

Je trouve que la misère c'est tellement triste que, de temps en temps,
je voudrais prendre la place de ces pauvre gens et qu'ils prennent la mienne
pour qu’ils soient heureux comme je le suis
et respectés par d'autres personnes.

Mon arrière-grand-mère travaille à Emmaüs et, souvent,
aide ceux qui n’ont pas d'argent.
Mon arrière-grand-père, qui maintenant est mort,
travaillait à Mont-joie et était le chef.

Après sa mort, son fils, mon grand-père, a repris sa place et il adore son travail.
Le soir, souvent, il me raconte comment il aide les gens à s’en sortir.

Un jour, moi aussi à mon tour je voudrai aider la misère !!!

Marie Guastavino/Cottereau


Poème écrit par la classe de 3ème 2 du Collège Jean de l’Epine, le 17 octobre 2000

Toi qui es dans la rue,
Toi qui as froid,
Toi qui n'es pas assez vêtu,
Toi qui crois que ta cause est perdue,
Toi qui t'enfermes dans tes malheurs,
Toi qui as si peur,
Toi qui pleures tous les soirs,
Tu te crois seul dans le noir,
Tu as faim mais tu ne trouves rien,
Alors tu cherches dans les poubelles comme un chien,
Toi qui dors n'importe où,
Tu vois les gens autour de toi,
Qui eux ne te voient pas,
Qui eux ne t'aident pas,
Lève-toi et pars,
Il n'est jamais trop tard,
Tu reconstruiras ta vie,
Sans ces maladies
Et ailleurs qu'ici,
Tu verras les jours heureux,
Là tu ne seras plus malheureux.


Message des enfants de l'école Saint Joseph-Locmaria Plouzané, en France.
Le 17 octobre 2000.

"Un petit caillou plus un petit caillou
égale une grande montagne contre la misère".


Romuald

"Combatre la misère,
c'est faire avancer la paix."

Romuald, le 17 octobre 2000


Message reçu sur le site web, à l’occasion du 17 octobre 2000
De Mickaël, Jennifer, Alexiane et Anthony, 12 ans. Collège Louis Armand de Moulins-les-Metz (Moselle) :

A QUOI BON ?

A quoi bon vivre sur cette malheureuse terre?
A quoi bon vivre dans cette misère?
Pour nous, le 21ème siècle commencera une nouvelle ère.
Ce qu'on pourrait enlever du dictionnaire, c'est le mot ‘Misère’ !
A quoi bon tous les matins, il n'y a que des chagrins !
Mais il faut espérer, que cela ne va pas durer.


Message reçu sur le site web, à l’occasion du 17 octobre 2000
De Joseph,11ans ; Xavier, 12 ans ; Paul, 11ans et Christophe, 13 ans. Collège Charles Péguy de Cattenom en Moselle :


Dans le monde, sur terre, la misère règne sans fin.
Les mines, les guerres et les violences sont partout.
Mais dans un coin d'obscurité un peu de justice attend,
et ce petit bout de lumière pourrait détruire l'injustice.
Mais jamais personne n'y prête vraiment attention.
Aussi, la nuit, l'obscurité, les violences régneront toujours.
Mais si une seule petite âme y prêtait attention,
alors ce petit bout de lumière pourrait combattre ce mal.
Si personne n'aide la justice, elle ne pourra jamais vaincre.
Si grands et petits aident et aiment la lumière et la justice,
ensemble, ils détruiront la misère et reconstruiront une terre plus humaine,
dans le bonheur et l'égalité.


Jean Lecuit, 17 octobre 2000

Jusqu’à quand des petites filles de neuf ans détruiront-elles un livre en arrachant les pages
parce qu'elles n'ont pas été aidées à apprendre à lire ?

Jusqu’à quand des pères de trente ans pleureront-ils de ne pouvoir aider leurs enfants à l'école
parce qu'eux-mêmes n'ont pas appris à lire ?

Jusqu’ à quand ignorera-t-on la souffrance des mères et des pères
dont les enfants leur ont été retirés ?

Jusqu’à quand ignorera-t-on le courage au fil des années des Maria, des Brigitte,
des Guillaume, des Léopold, des ..., des ...
pour recommencer chaque jour à bâtir une famille et un monde de fraternité et de paix ?

"S'unir est un devoir sacré".


Bernard Larcier (Angers)

Misère

On t'appelle misère
mais tu n'es pas nécessaire
sur cette terre
où il y a tant à faire
où que tu sois misère
nous sortirons de cette galère
en restant toujours unis comme des frères

Bernard Larcier avec les familles d’Atd Quart Monde - Angers


Poème de Mme Geneviève Avril, le 17 octobre 2000 (Mérignac 33)

La paix dans le monde

La paix, c’est pour demain
Tenons-nous la main.
La paix, ce sont les enfants du monde
Qui font une ronde.

La paix, ce seront leurs lumières,
Leurs soutiens, leurs prières.
La paix, ce ne seront pas leurs malheurs
Car ils cherchent beaucoup de bonheur.

La paix, c’est la liberté, la fraternité
Et non la peur du lendemain.
La paix, c’est manger à sa faim
Et non pour pleurer.

La Paix, ce n’est pas le désarroi
Mais vivre comme des rois.
La paix, ce sont toutes les races
Dans un grand espace.

La paix, c’est la fin d’un enfer
Plus de guerre ni de calvaire.
La paix, c’est l’an deux mille
Car on est tous de la même famille.


Nathalia et Jean-Emmanuel (Maroc)

Faire réfléchir à la pauvreté une journée par an,
alors que l'on entend parler tous les jours
de bourse, de fusion, de commerce mondial, etc.,
est une démarche courageuse à laquelle nous souhaitons,
par ce court message, apporter notre soutien.

Nathalia et Jean-Emmanuel (Maroc)
le 14 octobre 2000


Message de Monsieur Daniel Prévost, maire de Bazouges-la-Pérouse
17 octobre 2000

Comme le disait Coluche : "Misère! Misère !"
Pour les exclus, les déshérités, qu'il est bien difficile de vivre sur cette terre !
Pour vaincre la misère, quelle galère !
Elus, Peuple de France, Peuples Frères :
Chacun, Chacune d'entre nous, en apportant notre pierre,
Afin que nous nous unissions tous pour balayer cette misère,
Afin que, tous ensemble, nous jetions à bas cet édifice peu fier qu'est la misère !
Afin qu'à l'aube du 3ème millénaire, il n'y ait plus sur cette terre,
Entre les plus riches et les plus démunis, de barrière,
Afin que chacun d'entre nous n'ait plus honte de la misère,
Tous ensemble, luttons, combattons, refusons cette misère qui nous exaspère.

Aujourd'hui, à Bazouges-la-Pérouse, tous ensemble refusons la misère et faisons avancer la paix.


 

 

 


Les Messages, Appels et Déclarations officiels de 2000


Conférence Mondiale des Religions pour la Paix :

Message de la Conférence Mondiale des Religions pour la Paix
à l'occasion de la Journée mondiale du refus de la misère
le 17 octobre 2000

La journée du 17 octobre est la Journée mondiale du refus de la misère, initiée par Atd Quart Monde et relayée par l'ONU dans le monde entier. Le thème pour cette journée de l'an 2000 est :

"Je refuse la misère, je fais avancer la paix".

En effet, la misère sous toutes ses formes est une violence faite aux pauvres, à la démocratie, à la paix. S'unir pour la refuser et agir en conséquence pour la détruire, c'est faire avancer la paix.
C'est pourquoi, la Conférence Mondiale des Religions pour la Paix, section française, invite de façon pressante tous ses adhérents et ses sympathisants à participer au déroulement de cette Journée et à s'associer à cette mobilisation générale contre la misère et pour la paix.

A Paris, esplanade du Trocadéro, elle sera présente et active au cours des expressions diverses qui sont prévues, au cours de l'après-midi de 13h30 à 18h00 et au rassemblement en l'honneur des victimes de la misère à 18h15.
Elle invite à se joindre ainsi à l'effort d'Atd Quart Monde, tous ceux qui militent au quotidien contre la misère et qui travaillent à construire un monde sans exclusion, de fraternité et de paix.

La C.M.R.P.


M. Guy Fischer, sénateur du Rhône, vice-président de la Commission des Affaires sociales :

Communiqué de presse
17 octobre 2000 : Journée mondiale du refus de la misère

La misère n'est pas une fatalité. Notre pays, qui retrouve une embellie économique, s'est fixé la priorité de la réduction des inégalités.
La loi d'orientation relative à la lutte contre les exclusions, votée il y a deux ans, présente un bilan plutôt positif dans la mise en place de dispositifs pour améliorer la situation des personnes les plus démunies.
Néanmoins, il reste beaucoup à faire
, comme le soulignent les associations et tous les acteurs qui, sur le terrain, luttent avec courage et ténacité avec les déshérités, pour l'application de leurs droits fondamentaux en matière d'emploi, de santé, d'éducation, de logement, etc.

La dignité pour chaque exclu, c'est d'abord lui permettre de connaître ses droits, être à son écoute et l'aider dans ses démarches.
C'est possible :

Lutter contre toutes les exclusions reste un enjeu pour notre société. Il s'agit pour elle de poursuivre le processus engagé par la loi pour sa transformation, et se mettre en adéquation avec les besoins des plus démunis.

Parce que je ne me résigne pas, le 17 octobre prochain, je serai - une nouvelle fois - au Trocadéro, aux côtés de toutes celles et tous ceux qui mènent le combat contre la misère afin d'assurer celles et ceux qui souffrent, de mon total soutien.

Guy Fischer, sénateur du Rhône, vice-président de la commission des Affaires sociales


M. Koïchiro Matsuura, directeur général de l'Unesco :

Message du Directeur Général de l’UNESCO,
à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, 17 octobre 2000

A l’appel du Père Wresinski, plus de 100 000 personnes s’étaient réunies le 17 octobre 1987 autour de cette Dalle gravée à l’honneur des victimes de la misère et dédiée à leurs souffrances, sur ce parvis des Droits de l’homme à Paris. Nous voici à nouveau réunis autour du message d’ATD Quart Monde, devenu message universel et dont la phrase du Père Wresinski est toujours aussi forte : "Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré".

Vous avez choisi en cette année 2000 de lier cette Journée mondiale du refus de la misère et l’Année internationale de la Culture de la Paix proclamée par les Nations Unies.
Je vous en félicite.

Vous savez le rôle de l’UNESCO dans la Culture de la Paix.

Il ne peut pas y avoir de paix tant qu’il y a la misère, ce qui suppose, ainsi que le prévoit la Déclaration et le Programme d’action des Nations Unies sur une culture de la paix, de "prendre des mesures pour éliminer la pauvreté par une action nationale et internationale, y compris la coopération internationale".
Mais comme la paix, l’élimination de la pauvreté ne se décrète pas. Si les mesures politiques et économiques à l’échelle nationale et internationale sont indispensables, elles ne suffisent pas. Chacun doit agir concrètement dans sa vie quotidienne et à travers les actes les plus simples.

C’est le message du Manifeste 2000 pour une culture de la paix et de la non-violence que plus de soixante millions de personnes ont déjà signé dans le monde, en prenant l’engagement dans leur communauté de respecter toutes les vies, rejeter la violence, libérer la générosité, écouter pour se comprendre, préserver la planète et réinventer la solidarité.

J’invite, en cette Journée mondiale, tous ceux qui sont engagés dans le combat pour le refus de la misère à rejoindre ce mouvement mondial en signant leur engagement personnel pour la culture de la paix.

Koïchiro Matsuura


M. Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies :

Message du Secrétaire général des Nations unies, M. Kofi Annan,
à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, le 17 octobre 2000

Près de la moitié de la population mondiale vit aujourd’hui avec moins de deux dollars par jour. Aussi frappant qu’il soit, ce chiffre ne parvient pourtant pas à témoigner pleinement de l’humiliation, du sentiment d’impuissance et de détresse absolue qui sont le lot quotidien des pauvres de la planète.

La pauvreté à une échelle si importante est inacceptable, et ce d’autant plus à l’heure où la mondialisation a ouvert grand les portes de la création de richesses. La mondialisation peut être un moteur important dans la lutte contre la pauvreté. Mais pour cela, elle doit signifier bien davantage que la multiplication de marchés toujours plus grands, d’autant que d’expérience nous savons que la croissance ne peut à elle seule réduire la pauvreté et les inégalités des revenus. La politique économique doit donc s’accompagner d’une politique sociale efficace, visant l’éducation et la santé pour tous ainsi que l’égalité entre les sexes. Voilà qui est fondamental si l’on veut que la mondialisation serve tous les peuples du monde et si l’on veut atteindre l’objectif de réduire de moitié, d’ici à l’an 2015, la proportion des personnes vivant dans l’extrême pauvreté.

Pour ambitieux qu’il soit ce pari n’a rien d’utopique ou d’impossible. Nous avons tant le savoir-faire que les moyens d’y parvenir. Ce qui nous manque en vérité, c’est la volonté. C’est, pour les pays en développement, la volonté de réduire de manière significative le fardeau de la dette, de lever les barrières protectionnistes qui subsistent contre les produits exportés par les pays les plus pauvres, et de consacrer à l’aide au développement un peu plus qu’une quantité négligeable de leurs revenus. Pour les pays en développement, cette volonté consiste à combattre la corruption, à mettre un terme aux conflits qui perdurent et à construire un programme de bonne gouvernance.

Dans la Déclaration qu’ils ont adoptée le mois dernier, lors du Sommet du millénaire, les dirigeants du monde reconnaissent qu’il ne faut "épargner aucun effort pour libérer nos semblables, hommes, femmes et enfants, de l’environnement abject et déshumanisant de l’extrême pauvreté". La Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté vient nous rappeler notre responsabilité universelle, celle d’œuvrer pour une économie plus équitable où tous les pays peuvent concourir en toute justice et où ceux qui ont plus, font plus en faveur des plus démunis.


Sous-commission "droits de l’enfant " de la Commission nationale consultative des droits de l’homme

Message de la sous-commission "droits de l’enfant "
de la Commission nationale consultative des droits de l’homme

à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, le 17 octobre 2000

A l’occasion du 17 octobre, Journée mondiale du refus de la misère, les personnes et familles qui subissent la grande pauvreté font entendre leur voix.

Voulant faire écho à ce qu’elles expriment, la sous-commission rappelle que l’ensemble des droits fondamentaux doit être effectif pour tous. Notamment l’intérêt supérieur de l’enfant commande qu’il soit, sauf rare exceptions, maintenu dans sa famille, la misère de celle-ci ne devant pas être considérée en soi comme de nature à méconnaître cette règle fondamentale. La Convention internationale des droits de l’enfant, comme le Code civil français portent comme règle la participation active des parents à l’élaboration des décisions à intervenir.

La sous-commission salue la parution du rapport sur les "Accueils provisoires et placements d’enfants et d’adolescents", commandé conjointement par les ministères de la Justice et de l’Emploi et de la Solidarité.
Elle apprécie que ce rapport ait été établi avec la contribution de familles en grandes difficultés concernées par le sujet.
Elle prend acte des recommandations des rapporteurs et souhaite qu’elles soient traduites concrètement.
Elle attire particulièrement l’attention sur la nécessité de repenser les moyens mis en œuvre pour venir en aide aux familles en danger, ceci avant l’apparition de graves difficultés.
Elle réclame en particulier la réalisation d’un programme d’action de promotion familiale garantissant à chaque famille en difficulté de pouvoir accéder aux soutiens qui lui sont nécessaires. Cette action doit allier un accueil stable et durable dans un logement et une action globale de soutien et de promotion qui s’appuie sur les attentes des familles. Cette action combinera soutien individuel et dynamique collective. Menée par une équipe pluridisciplinaire, elle cherchera à garantir l’accès effectif aux droits fondamentaux et soutiendra les familles dans leurs projets


Message du pape Jean-Paul II

Message du pape Jean-Paul II
le 15 octobre 2000

Télégramme adressé à Son Eminence Monsieur le cardinal Roger Etchegaray,
Palazzo San Calisto, Città del Vaticano. (n° 1181136)

En cette Journée mondiale du refus de la misère, le Saint-Père adresse un cordial salut aux personnes réunies sur le parvis des la Basilique de Saint-Jean de Latran pour l’inauguration d’une Dalle en l’honneur des victimes de la misère. Portant de manière particulière dans son cœur de pasteur universel les familles les plus démunies, le pape souhaite que cette Dalle soit pour tous un appel constant au respect de la dignité des pauvres et à un engagement pour construire un monde où chacun puisse répondre pleinement à sa vocation humaine et spirituelle. Sur les personnes rassemblées à Saint-Jean de Latran et sur toutes les familles démunies du monde, Sa Sainteté implore de grand cœur l’abondance des bénédictions divines.

Cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat


Intervention de M. Paul Bouchet, président du Mouvement ATD Quart Monde-France

Intervention de Monsieur Paul Bouchet,
sur le parvis du Trocadéro, le 17 octobre 2000

Si je prends encore quelques-uns uns de vos instants, avant que nous ne nous séparions, c'est parce que je voudrais dire combien une telle journée me redonne comme à vous tous, une recrudescence d'espérance. J'ai entendu ces jours-ci, à de multiples occasions, des gens me dire : "Mais enfin voilà treize ans, quatorze ans, combien de fois avez-vous célébré, une fois par an le refus de la misère et qu'est ce que ça a changé ?" Et bien oui, il nous faut répondre à cette question, et je crois qu'au soir de cette journée nous sommes particulièrement bien placés pour réfléchir ensemble aux motifs que nous avons de donner une réponse positive. Oui déjà au milieu des difficultés immenses qui subsistent, nous avons le droit de dire que déjà on s'est mis en route pour changer l'inacceptable. Ce matin, il y a eu à 10h 30 - peut-être n'étiez-vous pas tous là - l'inauguration d'une esplanade Joseph Wresinski. J'ai pensé tout au long, par delà cet hommage officiel du conseil de Paris, à cet humble prêtre, à ce que cela signifiait. Pense-t-on, qu'auraient pensé précisément les sceptiques lorsqu'est arrivé l'humble prêtre que je viens d'évoquer dans le bidonville de Noisy-le-Grand ? Quand, pendant des années, entouré de quelques âmes ardentes certes, mais aussi dans l'ignorance des conditions de vie, de ces bidonvilles, quand dès lors il s'est attelé à cette tâche qui pouvait paraître impossible, d'appeler à l'égale dignité alors qu'il était présent dans des conditions les plus épouvantables de vie.

Or, treize ans plus tard après sa mort, nous assistons à l'hommage, dans notre grande capitale, l'hommage qui lui est fait en donnant son nom à l'un des plus beaux emplacements de notre ville. C'est beau que même au milieu du tumulte médiatique plus ou moins bien inspiré, au milieu de tous les bruits du siècle, parvient à travers lui déjà un peu du cri des pauvres, et en tout cas la justesse de la voix, qui appelle à ne pas accepter l'inacceptable. Cet hommage a un sens, à lui seul déjà il montrait une partie du chemin parcouru. Mais tout à l'heure, j'ai entendu lire, les messages du président de la République et du Premier ministre, les plus hautes autorités de notre pays. Dans l'un et l'autre, vous l'avez remarqué, il est très expressément rendu hommage au rôle majeur des associations. Il y en a qui vont trouver ça tout naturel, ce n'est pas vrai, ce n'est pas naturel, il a fallu que le milieu associatif sache créer son union. Autour de quoi ? Autour précisément de la lutte qui s'est ordonnée pour faire respecter les droits de l'homme, pour faire comprendre que la misère est d'abord la violation des droits de l'homme. Cette idée devenue presque évidente ne l'était pas, elle l'est devenue. Le long chemin depuis le rapport Wresinski au Conseil économique et social, puis le rapport qui a suivi de Geneviève de Gaulle Anthonioz, jusqu'à la Loi d'orientation. Ce long chemin a pu être parcouru parce que trente associations, quarante aujourd'hui, s'étaient regroupées dans le Réseau Alerte, mettant fin à leur ignorance réciproque, et créant ce mouvement associatif qui répond au vœux le plus cher du père Joseph : "S'unir pour faire respecter les droits de l'homme est un devoir sacré"

Ce devoir, c'est parce que nous avons commencé à le remplir que des résultats deviennent visibles, que même les plus sceptiques doivent le reconnaître, et puis à l'instant même qui précède mon intervention vous avez entendu l'ultime message comme ministre, de Mme Martine Aubry. Je ne suis pas là pour exprimer à Martine Aubry le remerciement que j'ai cependant dans le cœur, pour l'énergie qu'elle a su mettre à la réalisation de certains des objectifs que nous souhaitions voir atteindre. Mais je retiens que pour ce dernier acte, hors de nos frontières, elle essaye de faire avancer l'Europe, comme nous l'espérons la Présidence française dans son ensemble tentera de le faire. Le chemin ouvert, par Joseph Wresinski dans la boue de Noisy, a conduit par l'union à la Loi d'orientation, à la couverture médicale universelle, demain nous l'espérons, à la loi qui imposera partout la construction minimum de logements sociaux. Tout cela est déjà obtenu, mais déjà il faut voir plus loin, il faut voir l'Europe. L'Europe, nous savons aussi que le chemin sera difficile, nous avons lu il y a quelques jours le projet de charte des droits fondamentaux, nous ne pouvons pas nous satisfaire de cela. Nous ne pouvons pas nous satisfaire de cet hommage purement verbal, dire qu'il faut lutter contre la misère mais en même temps, se contenter de nous dire que l'Union européenne je cite : "reconnaît et respecte le droit des Etats à donner une aide sociale, une aide aux logements", il ne manquerait plus que ça, qu'on ne le reconnaisse pas et ne le respecte pas ! Ce que nous voulons, nous, c'est autre chose, c'est l'engagement à un combat, aussi effectif que celui que nous commençons à livrer dans notre propre pays. Donc nous regarderons avec intérêt ce qui a pu être obtenu des 15 ministres par l'ultime combat ministériel de Martine Aubry, mais je retiens que cela nous permet de voir plus que notre propre hexagone et bien sûr en terminant nous pensons à toute la misère du monde, les milliards d'hommes, la moitié de l'humanité qui vit avec moins de 2 dollars par jour. Nous devons donner l'exemple dans ce pays, l'un des plus riches de l'univers, par notre action quotidienne du fait que nous n'acceptons pas que la misère soit fatale et que nous montrons la vraie voie pour éradiquer la misère. L'Appel aux citoyens qui s'adressent aussi bien aux pouvoirs publics, avec ses exigences pour pouvoir leur dire ce qui relèvent d'eux, qu'aux simples citoyens pour leur dire avec non moins d'exigence ce qu'ils doivent faire dans leurs vies quotidiennes. Cela, cette voie -à, cette voie de l'Appel aux citoyens, c'est bien le chemin de l'espérance. Merci à tous et à toutes et bonne soirée.


Message de M. Jacques Chirac, président de la République

Message du président de la République, M. Jacques Chirac,
le 17 octobre 2000

Depuis l'appel du père Joseph WRESINSKI, ici même il y a 13 ans, vous vous réunissez, chaque 17 octobre, pour affirmer votre conviction que la misère n’est pas inéluctable et témoigner votre solidarité avec ceux qui la combattent.

Votre mobilisation inlassable et déterminée a permis de redonner dignité et confiance en l'avenir aux plus déshérités ; elle a sensibilisé davantage l'ensemble des Français à leurs souffrances matérielles et morales ; elle a permis de donner à notre solidarité un visage plus humain et plus fraternel.

Parce que vous avez ainsi fait de la dignité de l'homme le cœur du combat contre la misère, votre action a eu une portée encore plus inestimable. Je veux à nouveau vous en remercier.

Notre pays possède, en effet, une tradition d'entraide qui est au cœur de notre protection sociale. Mais, mieux que d’autres, vous avez compris et exprimé le besoin de plus de solidarité de celui qui perd progressivement tout lien avec sa famille, avec son entourage, avec la société et qui ressent au fond de son être la souffrance du sentiment d'inutilité.

Grâce à vous, une réflexion s'est engagée il y a maintenant plusieurs années qui a posé les bases d'une loi faisant, de la lutte contre les exclusions et de la reconnaissance de l'égale dignité des hommes, des impératifs nationaux.

Votre expérience et votre mobilisation doivent permettre de donner à la mise en œuvre de ces objectifs leur pleine efficacité. Je pense, par exemple, aux domaines du retour à l’activité et à l'accès au logement où beaucoup reste encore à faire.

Vous qui allez chaque jour au contact des plus démunis, vous qui savez leur soif de reconnaissance, d'engagement et de responsabilités, vous qui leur donnez la parole, vous devez rester les vigies et les éclaireurs d'un combat malheureusement toujours d'actualité mais qui, grâce à vous, est devenu celui de tous les Français.


Message de Martine Aubry, ministre de l'Emploi et de la Solidarité

Message pour la Journée mondiale du refus de la misère
Paris le 17 octobre 2000 - Trocadéro

Aujourd'hui, 17 octobre 2000, Journée mondiale du refus de la misère, organisée à l'initiative d’ATD Quart Monde.
Si, pour la première fois, je ne suis pas avec vous sur ce parvis des
Droits de l'homme à Paris, c'est parce qu’à l’heure où ce message vous est diffusé, je préside, à Luxembourg, le Conseil européen des ministres de l'Emploi et des Affaires sociales où nous abordons aujourd'hui la lutte contre les exclusions en Europe.
Je puis maintenant vous annoncer qu'ensemble, à 1'unanimité, les
ministres des quinze pays de l'Union européenne, ont décidé ce matin de faire de cette lutte contre les exclusions un objectif européen. Celle-ci devient une nouvelle dimension de la construction sociale européenne.

Je me réjouis qu'aujourd'hui, la Présidence française de l'Union européenne ait obtenu l'approbation, par le Conseil, d'objectifs communs de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, sur la base d'une démarche qui tient compte du caractère multidimensionnel de l'exclusion : accès à l'emploi, à la protection sociale, mais aussi accès de tous aux services sociaux fondamentaux, à l'éducation, à la formation, à la santé, au logement, à la justice et à la culture…
L'accent est mis sur l'accès aux droits, la prévention des risques d'exclusion et la mobilisation de tous les acteurs. Chaque pays devra réaliser un plan national d'action partant d'un diagnostic affichant des objectifs et des moyens précis qui seront évalués au niveau européen.
En France, deux ans se sont écoulés depuis l'adoption de la Loi de
lutte contre les exclusions, cette loi que nous avons faite avec vous, les associations. C'est votre loi : sans vous elle n'aurait pas existé. Nous l'avons bâtie autour de trois principes et d'une méthode : garantir l'accès aux droits fondamentaux ; prévenir les exclusions et répondre efficacement aux situations d'urgence, mieux agir ensemble contre les exclusions.
Je voudrais dire simplement à tous ceux qui sont réunis autour de cette dalle du Trocadéro que si notre pays est aujourd'hui plus riche, nous sommes loin d'avoir éradiqué la misère. Nous savons qu'au moment où le chômage reflue comme jamais depuis trente ans, la situation est encore plus difficile pour ceux qui restent sur le bord de la route. Aussi nous devons garder la même énergie et la même détermination pour continuer à faire reculer l'exclusion.
Nous avons fait en sorte que cette loi de lutte contre les exclusions existe, puis nous l’avons mise en œuvre, ce qui a mobilisé beaucoup d’entre nous.
Le premier bilan, établi après deux ans d’action, doit nous encourager à agir toujours plus étroitement.

L'Etat, pour sa part, a tenu ses engagements financiers et les a même dépassés.
Le programme a été complété par d’autres réformes importantes : le relèvement des minima sociaux ; la couverture maladie universelle.
La réduction du chômage y compris de longue durée et de très longue durée, la baisse du nombre d’allocataires du RMI sont des signes tangibles d’un recul de l’exclusion.
Avec cet engagement, nous avons permis que la lutte contre les exclusions devienne un objectif désormais intégré dans toutes les politiques et doté de budgets pérennes.

Nous avons essayé de progresser dans la prise en compte de la dignité des personnes.
C’est par exemple l’objet au niveau départemental, la mise en place des commissions de l’action sociale d’urgence. La parole des personnes les plus exclues doit aussi être cet objectif majeur : elles ont des messages à faire passer, elles doivent être entendues.

La dignité, c’est aussi la possibilité d’obtenir un emploi.
Nous avons accompagné vers l’emploi, dans le cadre d’un parcours individualisé, des personnes cassées par la crise qui étaient durablement éloignées avec le programme " nouveau départ " et, pour les jeunes, le programme TRACE, mais aussi en créant des emplois de solidarité dans les associations, les collectivités locales et les établissements publics en élargissant le contrat de qualification aux adultes, et en développant l’insertion par l’activité économique. Pour favoriser le retour à l’emploi nous avons ouvert la possibilité de cumuler un minimum social avec un revenu d’activité.

L’ensemble de nos concitoyens bénéficie désormais d’un accès aux soins de santé. La mise en œuvre de la couverture maladie universelle permet à tous de se faire soigner sans se heurter à une contrainte financière. J’ai déjà dit que c’est la réforme dont je suis la plus fière, parce qu’il était inacceptable que dans notre pays des gens souffrent ou meurent faute de soins. A ce jour 4,7 millions de personnes bénéficient de la CMU et l’objectif de 6 millions peut être atteint.

Nous avons cherché à permettre l’accès de tous à tous les droits : le droit à des moyens de vie décents, le droit à l’éducation, à la culture, aux loisirs et aux sports, le droit à une vie familiale, le droit à la citoyenneté, le droit aux vacances…

Nous avons encore à faire avancer des droits : celui du logement, celui de l’accès au compte bancaire. L’Etat a mobilisé des moyens nouveaux pour les impayés d’eau, d’énergie et de téléphone, tout ce qui permet d’assurer à nos concitoyens des conditions de vie décentes.
Mais nous devons aussi mieux informer les personnes les plus démunies sur leurs droits et cela aussi nous concerne tous.

Si des progrès sont certains, des améliorations restent possibles. La mobilisation de tous est essentielle pour ceux qui, menacés par l’exclusion ou déjà en situation de profonde détresse, attendent des pouvoirs publics, des associations mais aussi de l’engagement de chacun d’entre nous que nous agissions ensemble quotidiennement pour faire reculer l’exclusion. C’est pourquoi j’ai signé, l’an passé déjà, ici même, "l’Appel aux Citoyens pour le respect de l’égale dignité de tous", lancé par le Mouvement ATD Quart Monde.
Chacun peut et se doit d’agir là où il est pour faire reculer l’exclusion.
Maintenant que beaucoup de Français vont mieux, qu’ils ont plus de temps pour vivre, ils doivent faire preuve de solidarité et de fraternité pour écouter et accompagner ceux qui sont les plus démunis.
Plus que jamais nous devons construire ensemble une place pour tous.

Martine Aubry, ministre de l’Emploi et de la Solidarité


Message de la Commission exécutive de la Confédération française démocratique du Travail (CFDT)

Message de la Commission exécutive de la CFDT
à la Journée mondiale du refus de la misère du 17 octobre 2000

Les droits fondamentaux au cœur de l'Europe,
au cœur du refus mondial de la misère...

La CFDT se sent particulièrement concernée par le thème de cette 14ème Journée mondiale du refus de la misère placée sous le signe de l'application des droits fondamentaux. En effet, le calendrier de l'Union européenne a mis à l'ordre du jour "la charte des droits fondamentaux". L'élaboration de cette charte est une opportunité et une référence commune à partager avec toutes celles et tous ceux qui luttent contre la pauvreté et l'exclusion dans le monde. Cette opportunité et cette référence s'inscrivent dans le droit fil des travaux de la plate-forme européenne des ONG du secteur social et de la Confédération européenne des Syndicats. Pour les syndicalistes, cette charte ne peut se résumer à une déclaration solennelle, elle doit constituer un socle commun à tous les citoyens et à tous les travailleurs qui doivent pouvoir se la voir appliquer.

Donner à tous les droits de tous au nom d'un concept éthique fondamental et simple renforce l'égale dignité de tous les êtres humains. Comme le disait récemment Paul Bouchet à propos de la loi d'orientation et de lutte contre les exclusions, "c'est parce que les êtres humains sont égaux en dignité, qu’ils peuvent être égaux en droit en ce qui concerne leurs droits fondamentaux, et qu'ils doivent l’être. Les pauvres sont trop longtemps restés sans voix, il ne faut pas qu'ils restent sans droits...". Les droits syndicaux sont étroitement liés à cette conquête mondiale. Ainsi, le droit de réunion et d'association, le droit à l'information et à la consultation des travailleurs à tous les niveaux, le droit de négociation et le droit d'action collective concourent à l'émancipation des peuples et de fait à leur égale dignité. C'est le sens du soutien de la CFDT à cette journée et c'est le sens de sa participation aux côtés de la plate-forme européenne des ONG du secteur social, en particulier avec ATD Quart Monde.


Message de M. Lionel Jospin, Premier ministre

Message de Monsieur Lionel Jospin, Premier ministre
Lors de la Journée mondiale du refus de la misère
17 octobre 2000

 

Mesdames et Messieurs,

Répondant à l’invitation du président d’ATD Quart-Monde, M. Paul BOUCHET, je tiens à vous adresser, au nom de l’ensemble du gouvernement, un triple message en cette Journée mondiale du refus de la misère.

Un message de persévérance, tout d’abord. Par le passé, le chômage de masse et l’exclusion ont souvent été présentés comme des phénomènes inévitables. Peu à peu s’était diffusée une forme de résignation face à cet incroyable gâchis social et humain. Le gouvernement que je dirige a rejeté cette prétendue fatalité. Contre le chômage et les exclusions, nous avons mis en œuvre une politique volontariste, ambitieuse et novatrice. Notre détermination a payé.

Des résultats importants ont en effet été obtenus. Avec la mobilisation de tous, nous avons démontré qu’il était possible de faire reculer le chômage - y compris le chômage des jeunes, y compris le chômage de longue durée - et d’apporter de meilleures réponses à ceux qui souffrent. Le nombre de nos concitoyens qui dépendent des minima sociaux est pour la première fois en train de diminuer. Grâce à la Couverture maladie universelle, près de quatre millions et demi de personnes ont enfin accès à des soins médicaux. Des progrès importants ont été accomplis en matière de logement, d’éducation, d’accès à la culture, de lutte contre le surendettement ou contre l’illettrisme.

Ces résultats signifient, pour des centaines de milliers de nos concitoyens, une dignité retrouvée, la possibilité de bâtir à nouveau des projets, une vie meilleure. Mais je n’oublie pas, nous n’oublions pas que beaucoup de nos concitoyens connaissent aujourd’hui encore des situations de détresse. C’est pourquoi mon premier message est celui de la persévérance. Tout continuera d’être fait pour que reculent plus encore le chômage, l’exclusion et la précarité.

Je vous adresse, ensuite, un message de remerciements. Si la politique de lutte contre les exclusions voulue par le gouvernement a vu le jour, si elle a pu être mise en œuvre, si elle connaît ses premiers résultats, c’est aussi grâce à la mobilisation de tous ceux qui, quotidiennement, travaillent aux côtés des personnes en situation d’exclusion.

Les associations ont en effet joué un rôle majeur, en interpellant les pouvoirs publics, en contribuant à la préparation de la loi de lutte contre les exclusions, en s’investissant résolument dans sa mise en œuvre. A tous ceux qui ont pris part à cette tâche, j’adresse les remerciements du gouvernement.

Et je vous remercie, aussi, de montrer le bon chemin. Car, au-delà de l’engagement du monde associatif, c’est l’ensemble de la société qui doit se mobiliser. La lutte contre les exclusions est l’affaire de tous : parents, amis ou voisins, salariés, chefs d’entreprise ou retraités.

Je terminerai avec un message d’espoir. Aujourd’hui même, la lutte contre les exclusions et la misère est en passe de changer d’échelle. Les ministres de l’Emploi et des Affaires sociales de l’Union européenne sont en effet réunis à Luxembourg. Ils devraient adopter des objectifs communs en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion.

Ces objectifs sont simples, concrets et essentiels. Tout doit être mis en œuvre pour permettre à chacun d’avoir accès à un emploi stable, à la santé, à un logement décent, à l’éducation, à la justice, à la culture, aux sports et aux loisirs, à tout ce qui permet aux individus de vivre, et non seulement de survivre.

A travers ces objectifs communs, l’Union européenne se mobilisera pour défendre un modèle de développement qui ne sépare pas l’efficacité économique de la justice sociale. L’Europe sociale prendra une dimension nouvelle. La mobilisation de tous les pays de l’Union, dans un cadre concerté, permettra de renforcer l’efficacité des politiques de chaque Etat contre la pauvreté. C’est là une avancée à laquelle la France, qui assume ce semestre la Présidence européenne, a puissamment contribué.

 

Mesdames et Messieurs,

La Journée mondiale du refus de la misère est un moment important. Nous savons qu’elle permet de sensibiliser un large public. Mais nous savons aussi que le combat contre la misère doit être mené chaque jour. Sans relâche. Face à cet impératif, je sais pouvoir compter sur votre engagement. Vous pouvez, en retour, être assuré de la résolution du gouvernement.

Lionel Jospin


© Editions Quart Monde 2000