Messages de
soutien, appels et déclarations officielles
pour la Journée mondiale en 2001
[messages en anglais] [messages en espagnol]
Envoyez votre témoignage
ou message de soutien au comité pour la Journée mondiale par un e-mail
Témoignages d'enfants et de jeunes :
Le 17 octobre 2000, les membres du Mouvement ATD Quart Monde de La Louvière (Belgique) ont pris lengagement de passer dans les écoles de la ville pour réfléchir avec les enfants sur les moyens de créer la paix dans la classe et de faire en sorte quaucun enfant ne soit exclu. Trois cents ont participé. Comme support pédagogique de lintervention, la vidéo du Forum International Tapori à Genève était projetée, et les enfants invités à sexprimer sur ce qui les avait marqués, ainsi que sur les situations dexclusion autour deux. Pour finir, les enfants qui le souhaitaient disaient quels gestes ils étaient prêts à poser pour améliorer les relations et lambiance dans la classe, et pour faire cesser lexclusion denfants autour deux.
Voici les engagements que les enfants ont pris et quils nous demandent de les aider à tenir :
Les familles du Quart Monde de Bolivie se sont retrouvées les 25, 26 et 27 juillet 2001 afin de préparer le 17 octobre 2001.
" En ce jour du 17 octobre, je souhaite que les parents apprennent à leurs enfants à partager. Nous ne devons pas nous humilier, nous sommes des personnes pareilles aux autres. "
" Aujourdhui, nous sommes réunis mais il y a beaucoup de familles qui nont pas pu être présentes. Le 17 octobre permet de témoigner de ces familles. "
" Je suis ici. Je fais partie de la société. Je suis du Quart Monde. Nous avons besoin de respect, dêtre reconnus comme nous sommes, dans tout ce que je suis comme personne, que lon respecte ma dignité. "
Messages écrits par des enfants de Cusco :
" Chers amis Tapori de New York et de Washington, nous vivons dans le quartier " El Bosque " à Cusco, Pérou. Nous avons vu ce qui sest passé dans votre pays le 11 septembre, comment sont mortes de nombreuses personnes. La guerre est le pire qui puisse exister. Nous, nous serons toujours avec vous, et plus spécialement dans les moments difficiles que vous vivez actuellement. Avec Tapori, nous apprenons à avoir confiance et aussi à nous soutenir les uns les autres. Au Pérou où nous avons vécu de nombreuses années de violence, nous voulons quil y ait la paix dans le monde "
" Aux Tapori des États-Unis, nous envoyons ce message depuis le quartier de " Villa El Sol ", à Cusco au Pérou.
Nous sommes très attristés par ce qui sest passé dans votre pays. Nous avons vu comme deux avions se sont écrasés contre les deux grandes tours. Nous ne voulons pas que vous continuiez à souffrir. Nous voulons quil ny ait pas de guerre car elle napporte que mort et souffrance. Nous voulons quil y ait la paix entre tous les pays. Nous devons tous nous unir pour quil ny ait pas de troisième guerre mondiale, que plus denfants ni de jeunes ni danciens ne meurent et que plus de maisons ne soient détruites. Si nous réussissons à ce quil ny ait plus la guerre, nous vivrons tous heureux avec nos familles. Bises. "
Témoignages des enfants de la bibliothèque de rue de l'Épuisement PORT
Ile de la Réunion
" Pour détruire la misère, changeons notre regard "
" Nous les enfants, nous disons que le regard le plus
vrai est celui d'un adulte qui sourit, surtout si
cette personne n'habite pas le quartier. "
" C'est un quartier dans une grande ville, mais quand
il pleut, il y a beaucoup de boue. Cela ne nous
empêche pas de jouer dehors, nous aimons faire du vélo
et nos papas aiment jouer à la pétanque ! "
" Certaines mamans travaillent, d'autres pas,
c'est normal parce qu'elles doivent préparer à manger pour nous,
parce que beaucoup d'entre nous ne mangent pas à la cantine.
"
" Nous connaissons un monsieur qui habite dans une
case où c'est dangereux : il peut y avoir le feu
tellement c'est petit chez lui. "
" Nous voyons souvent des mamans ou des papas qui sont
tristes quand ils n'arrivent plus à marcher parce
qu'ils ont bu trop d'alcool. "
" Les étrangers qui viennent dans notre quartier
s'aperçoivent aussi de tout cela, alors ils ont un mauvais
regard. "
" Nous aimons rencontrer des personnes qui nous
disent bonjour, qui discutent avec nos parents. "
" Depuis quelques temps, il y a une personne étrangère
qui aime notre quartier : c'est un docteur, nous le
voyons souvent quand il va chez une dame,
nos parents disent qu'il est gentil.
C'est
vrai parce qu'il est
venu nous voir à la bibliothèque de rue : il a une
autre approche avec les habitants du quartier.
Il les
découvre un peu plus. "
" C'est important pour nous que les gens aiment notre
quartier, parce que c'est là que nous vivons, que nous
jouons, que nous allons grandir. Si une personne
n'aime pas notre quartier, cela veut dire qu'elle n'aime
pas notre maison, qu'elle n'aime pas nos parents et
qu'elle ne nous aime pas. Alors nous ne sommes pas
bien considérés parce que nous habitons ce quartier. "
" Celui qui aime notre quartier, il entre, il dit
bonjour, il sourit et il vient à n'importe quel
moment, même la nuit. "
" Le docteur que nous connaissons est comme ça, il
fait comme ça, il a un regard que nous aimons et ce
bon regard veut dire pour nous qu'il refuse la misère,
parce que la misère ce n'est pas seulement d'être
pauvre, c'est aussi quand les gens nous regardent et
ne nous sourient pas. "
17 octobre 2001 Prise de parole des parents
Bonjour à tous,
Nous parlons au nom des parents qui vivent des conditions précaires.
Quentendons-nous par vivre dans des conditions précaires ?
Cest vivre dans des conditions de grande pauvreté, ne pas avoir le nécessaire pour vivre et être mal vus, mal acceptés par les plus haut que nous.
La grande pauvreté peut aboutir à des drames.
Que disent les parents qui vivent ces conditions de grandes difficultés ?
Bien souvent, ils se renferment sur eux-mêmes parce quils ont peur ou parce quils nont pas les moyens de sexprimer. Ils cachent la vérité de la misère parce quils ont peur que ça retombe sur leurs enfants.
Quand ça va mal dans une famille, tous les professionnels nous tombent dessus comme un nid de guêpes. On a limpression dêtre bousculés avec leurs questions et leurs conseils.
Parfois, ils prennent des décisions à notre place que lon ne comprend pas. Par exemple quand ils placent des enfants pour des raisons dhygiène, ou quand un enfant en bas âge est orienté en enseignement spécial.
Nous, les parents, nous sommes responsables de nos enfants.
Quels sont les actes que nous posons ?
De toutes façons,, il faut prendre son courage à deux mains. Si nous, les parents, on ne se bouge pas pour nos enfants, personne ne le fera pour nous.
Quand nos enfants sont placés, nous allons les voir le plus souvent possible.
Mettre nos enfants tous les jours à lécole nous demande parfois un grand effort, surtout quand nous navons rien à leur mettre dans leur cartable et que nous avons peur des réprimandes scolaires.
Beaucoup de parents qui vivent des conditions précaires ont peur de la réaction des professionnels (assistantes sociales, police, école, centre PMS, médecin, etc.)
Comment améliorer la relation entre les parents et les professionnels, et principalement lécole ?
Ca commence par le respect de lun envers lautre. Pour nous, le respect, ça se voit sur le visage. Quand un professionnel a le sourire, on ose lui parler plus facilement.
Avant de nous dire ce qui ne va pas avec nos enfants, quils écoutent ce quon a à dire et nos questions. Bien souvent, les professionnels parlent tout le temps et nous, les parents, on ne sait pas placer un mot.
Tous les enfants sont égaux. Même si lenfant est difficile, il ne doit pas être mis de côté.
Nous demandons aux professionnels dapprécier nos enfants, de les aimer comme tous les autres enfants. Sils manquent lécole, nous vous demandons de vous tracasser pour eux et de prendre le temps de contacter les parents et de parler avec eux.
Si nous travaillons mains dans la main, professionnels et nous les parents,
les enfants se sentiront mieux.
Ce serait une grande joie pour eux daller à lécole et ils auraient de meilleurs résultats scolaires.
Merci de nous avoir écoutés et surtout de nous avoir compris.
Luxembourg, GRAND DUCHÉ DE LUXEMBOURG
Témoignages ATD Quart Monde - 17 OCTOBRE 2001.
Beaucoup d'entre nous ont fait l'expérience - et la font
encore aujourd'hui - qu'on enlève leurs enfants pour les placer.
Ainsi, nos familles sont déchirées.
Nous perdons le contact avec nos enfants. Nous navons plus de relations avec eux. Nos enfants sont placés à l'étranger. Alors, ils nous deviennent étrangers. Nous ne comprenons pas pourquoi ils ne peuvent pas rester dans le pays.
Ces décisions sont prises sans nous consulter. On ne nous écoute pas. Cela nous fait beaucoup de peine. Nous ne pouvons pas le montrer à l'extérieur. Quand les enfants sont partis, nous ne sommes plus une famille.
Nous aimons nos enfants et nous souhaitons que chaque enfant puisse grandir dans sa famille. Nous-mêmes, nous voulons élever nos enfants. Avec eux, nous voulons construire un avenir meilleur.
Pour cela, nous avons parfois besoin d'aide. Mais nous ne la demandons pas toujours. Pourquoi ?
- nous avons peur, parce qu'on dit que nous ne sommes pas
capables d'élever nos enfants,
- nous avons peur qu'on nous enlève nos enfants,
- nous ne savons pas toujours à quel service s'adresser.
Souvent, personne ne nous écoute vraiment. Souvent, nous sommes marqués par notre vie.
Ce que nous faisons pour nos enfants, cela n'est pas pris en considération. Nous sommes prêts à travailler avec les différents services sociaux mais cela n'est pas vraiment pris en compte.
Ainsi, il est dur de ne pas perdre courage et de ne pas désespérer.
Nos enfants ont le droit d'être avec leurs parents, de même que nous, les parents, avons droit à nos enfants.
Pour cela nous avons besoin :
- daide et de soutien,
- dun service compétent d'aide et de conseil,
- et, avant tout, dun accompagnement dans la durée auquel
nous pouvons faire confiance.
Ce doit être une aide qui travaille avec la famille et non contre elle. La famille est importante pour les parents et les enfants. Ce serait mieux de donner l'argent à la famille que de placer les enfants
Ce serait bien aussi qu'un seul service soit responsable d'une famille. Ce service devrait veiller à ce que les différents services travaillent ensemble.
Dès que le juge de la jeunesse est contacté, nous perdons courage.
Nous voulons avoir un intermédiaire entre le juge de la jeunesse et nous, quelqu'un qui nous écoute.
Une personne, un lieu, où nous, en tant que parents et famille, sommes pris au sérieux.
En tant que parents, nous voulons garder notre responsabilité. On ne devrait jamais nous retirer entièrement nos droits et nos responsabilités. Et, entre enfants et parents, les relations devraient toujours être maintenues.
Le 18 Novembre 1981, des volontaires dATD Quart Monde arrivent en Haïti, à Fonds des Nègres. Ce 17 Octobre 2001 a donc une signification plus particulière. Pour cette occasion, le groupe Quart Monde de Port-au-Prince a préparé ce message :
" Pèp Fonds des Nègres pou nou chanje sityasyon nap viv, pou nou kraze la misè fok nou mete tèt ansanm, se pou nou ankouraje lite paske lavia pa fasil. Pou nou avanse vreman vre se pou nou mache mendanlaman. ( )
Nan 20 tan mouvman an nan peyi Dayiti, se yon tan pou nou reflechi pou nou wè ki kalite angajman nou genyen anvè sa ki pipiti yo. Angajman pa depann de richès yon moun, nenpot moun ka angaje tèt li pou yon moun ki pipiti pase l. Jodi a nou menm ki nan mouvman Ka monn ann reflechi sou sa nou te fe deja pou nou poze tèt nou kesyon kijan nou pral fe nan ane kap vivi yo pou nou fe mouvman ka moun kanpe djanm "
" Amis de Fonds des Nègres, pour changer la situation que nous vivons, pour écraser la misère, il faut nous mettre ensemble, faire "tèt ansanm" (têtes ensemble) pour nous encourager à lutter parce que la vie n'est pas facile. Pour pouvoir avancer vraiment, il faut marcher main dans la main. ( )
Il y a 20 ans que le Mouvement est en Haïti : c'est maintenant le moment de réfléchir, pour voir quelle sorte d'engagement nous avons envers ceux qui sont plus faibles, plus petits. L'engagement ne dépend pas de la richesse d'une personne, n'importe qui peut s'engager pour un autre plus petit que lui. Aujourd'hui, nous qui sommes dans le Mouvement Quart-Monde, c'est à nous de réfléchir sur ce que nous avons déjà fait pour voir comment nous pourrons continuer dans les années à venir, pour donner au Mouvement Quart-Monde toujours plus de forces. "
Message exprimé le 17 octobre au nom du groupe des familles de Ouagadougou (Burkina Faso)
Contribution de M. Jean Marie DABIKA sur le thème : "l'engagement humain dans la lutte contre la pauvreté"
Mon engagement dans la lutte personnelle
Je voudrais d'abord dire que pour lutter contre la pauvreté, il faut être exigent envers soi-même, et dire la vérité. Personnellement, je lutte d'abord contre moi-même , afin de ne pas tomber dans la mendicité. Mon épouse a mendié un temps donné. J'ai beaucoup prié pour qu'elle cesse de le faire. A présent, elle ne mendie plus. Elle passe de famille en famille pour demander à faire la lessive. En retour, elle reçoit tout ce qu'on lui tend.
Nous avons fait de l'éducation de nos enfants une priorité. Chacun veille à tout point de vue à cela car nos enfants sont nos pieds et nos mains.
Je fais de la mécanique "deux roues" pour avoir notre subsistance, afin que les enfants ne restent pas affamés et pour éviter de mendier pour les nourrir. Mendier est honteux. Mais il y a des personnes qui n'ont pas le choix.
Comme nous vivons dans la maison d'autrui, et compte tenu de notre situation de pauvres, les gens nous manquent de respect. Mais nous, nous leur expliquons simplement notre situation. Nous acceptons les conseils. C'est une façon aussi de nous libérer de cette charge morale au lieu de la comprimer dans nos coeurs.
Il y a des situations où le pauvre doit pouvoir sauvegarder sa dignité. J'en veux pour exemple le cas que j'ai vécu récemment : j'ai dû changer de lieu de travail et m'installer non loin du dépôt de sable commandé par notre logeur, juste pour veiller à ce que personne n'en prenne une partie, sous peine de voir toute ma famille traitée de voleuse.
Mon engagement pour les autres
Nous avons formé un groupe qui se propose d'inviter des enfants handicapés et vivant dans la rue pour tenter de leur apprendre ce que nous savons faire, notamment le tissage, afin de les aider à se prendre en charge pour l'avenir .
En ce qui concerne les handicapés, nous prenons contact avec leurs parents en vue de leur expliquer le but de notre action. Ainsi, nous lisons parfois la joie des parents de voir que leurs enfants, qui restaient à la maison sans activité, vont enfin pouvoir sortir et apprendre à faire quelque chose d'utile à leur survie.
Quant aux enfants venant de la rue, nous usons parfois de ruse pour les approcher parce qu'ils sont méfiants. Par exemple, nous les invitons à nous aider à tendre les fils de tissage, ou bien nous leur faisons croire que nous avons été nous aussi comme eux. Chaque fois que nous nous retrouvons ensemble, ils nous disent que ce qui les préoccupe c'est d'avoir de l'argent et que cela tarde à venir. Nous leur avons toujours fait comprendre que c'est à partir des idées, de conseils, du soutien moral qu'on peut réaliser quelque chose pour avoir de l'argent.
Parfois, des parents nous réclament des objets égarés, estimant que nous sommes des "chefs délinquants".
Tout ce que nous faisons nous le faisons par humanisme, parce que nous avons nous aussi des enfants.
En ce qui concerne les activités à la Cour aux Cent Métiers.
Dans cette cour, nous nous réunissons régulièrement. Les rencontres autour de thèmes variés offrent l'occasion à tout un chacun d'exposer ses problèmes et /ou de témoigner de quelque chose, de recueillir des idées qui se révèlent comme "remèdes" pouvant améliorer nos conditions de vie.
Tout le monde est considéré sur un même pied d'égalité. Il n'y a pas de distinction de race ou de religion.
Ces rencontres ne sont pas l'affaire des pauvres uniquement. Toute personne peut avoir des problèmes dont la solution ne nécessite pas une intervention pécuniaire. Dans ce cas, elle a plutôt besoin de conseils et du soutien moral.
Certains membres de nos familles sont des aveugles. Mais être aveugle n'est pas être mentalement handicapé. On voit bien comment ils disent des choses importantes qui peuvent servir de conseils aux autres.
C'est pourquoi nous invitons tout le monde à prendre part à nos rencontres tous les 17 du mois à la Cour.
Prendre de son temps pour participer aux activités de la cour demande un "sacrifice". C'est dur de suspendre le temps où on peut se faire de l'argent pour venir travailler gratuitement au bonheur d'autrui. Tous ceux qui le font acceptent ce sacrifice.
Nous demandons à Dieu de faire descendre la santé dans toutes nos familles et de décharger les coeurs qui sont sous le poids de la souffrance.
Aujourdhui, nous célébrons la Journée Mondiale du Refus de la Misère.
Par expérience, nous savons ce que signifie ce mot. Pour cela, nous aimerions partager notre expérience de vie, notre lutte, notre espérance. Ce que nous voulons, cest que dautres naient pas à vivre les mêmes difficultés.
Pour nous, limportant est de nous sentir écoutés, que lon accorde de la valeur à ce que nous pensons et à lunité de notre famille, parce que cest en ça que nous trouvons la force de lutter.
Monica dit: "Je voudrais donner à mes enfants ce que mes parents nont pas pu me donner. Je veux leur donner la liberté, quils sachent lire, quils respectent les autres, quils aient un travail..."
Beatriz explique: "Quand tu vis dans un quartier pauvre, parfois tu as peur quon te prenne tes enfants, et si on te retire tes enfants, on tenlève toutes raisons de continuer à lutter. Nous, les pauvres, nous nous prenons beaucoup la tête, on pense beaucoup à nos enfants. Je ne sais ni lire, ni écrire; jaimerais mais je ne sais pas. Ma petite fille sait écrire son prénom, et moi non."
Terminer sa scolarité, cest compliqué quand on ne peut se payer les livres, le matériel scolaire, les vêtements et tout ce quil faut pour étudier. Nous pensons que lécole devrait être gratuite, cest pour ça quelle sappelle école publique.
Nous luttons aussi pour obtenir un logement pour nos enfants.
Laura dit: "Ce nest pas la même chose dêtre élevé dans un quartier riche, où tu as dès le début un accent , une culture et tous les moyens, que dans un quartier marginal qui fait que tu marches la tête basse, comme avec honte, parce que tu as moins et parce que tu vis dans ce quartier."
Et Beatriz ajoute: " Je ne peux pas sortir de ma maison, à cause de la drogue, parce que si je men vais, on me vole et on me laisse la maison détruite. Dans mon quartier, on voit beaucoup de choses mais ici personne ne técoute, ils font ceux qui ne savent pas . Ça me fait honte de dire que jhabite dans ce quartier. Quand je suis allée à lhôpital avec ma fille, jai dit: "Jhabite ce quartier-là, mais je ne vends pas de drogue."
Nous voulons en finir avec la drogue. "Ils ne voient pas que la jeunesse se meurt?"
Pour aller de lavant, nous pensons que limportant cest davoir un appui, quelquun qui te tend la main.
Monica nous parle de son expérience: "Quand jai eu mon premier travail, javais peur. Deux collègues sont venues jusque chez moi pour me montrer le chemin, pour me dire où je devais prendre le bus, le métro. Ce nest pas que je sois devenue riche et je crois que jamais je ne le serai, mais riche en liberté, ça je le suis.
Pendant des années, jai vécu entre les quatre murs de ma cabane, sans savoir que ce monde existait. Souvent je regarde en arrière et je pense à tout ce que jai perdu.
Je suis fière de permettre à mes enfants daller de lavant et je veux quils aillent la tête haute."
Nous pensons que cest fondamental davoir un travail.
Laura dit: "Jaimerais avoir un travail digne. Si personne ne te fait confiance, tu finis par te marginaliser toi-même. Ma soeur ma fait confiance et jai eu un travail pendant quelques mois. Quel bonheur davoir des compagnes de travail! Ça a été un changement radical dans ma vie. Un travail, cest important pour soi-même parce que tu rencontres dautres, tu te sens utile."
Pour nous, le fait de nous sentir utiles a permis un changement dans nos vies, parce que nous nous sentons mieux. Tu te sens mieux, et tu tapprécies davantage toi-même. Tu apprends des choses nouvelles et tu as envie de donner à dautres.
Pour nous, PARTAGER est très important, pas seulement ce que nous avons mais aussi ce que nous pensons, ce que nous sentons, ce que nous croyons.
Message des familles et amis du Mouvement Atd Quart Monde
- "Le 17 Octobre est une occasion pour nous dessayer de nous faire entendre directement, non pas pour étaler nos soucis ou nos souffrances mais pour les méditer ensemble avec tous ceux qui croient encore à nos forces."
- "Le Mouvement de la lutte contre la misère nest pas secret, il nest pas caché dans une chambre. Le père Joseph et les premières familles très pauvres quil a rencontrées lont sorti devant le monde entier et lont rendu célèbre et clair. Si celui qui lentend le retient et le transmet à un autre tout en en faisant un bon usage, ce serait bien."
- "Il est certes difficile dêtre un pauvre, mais cest quand même facile car il suffit quon lui parle dune manière respectueuse, décente et profonde pour quil sente quon lui a ouvert une porte. Pour respecter les pauvres, il faut te rabaisser, les écouter. Le respect se traduit par le fait que la personne vienne te trouver quelle que soit son appartenance, tu lécoutes te faire part de ses préoccupations, tu la conseilles ou la soulages. En revanche, elle te respecte aussi, car elle va revenir te trouver si elle a un autre problème. Elle testimera, elle naura pas peur de toi."
- "Je pense que témoigner du respect à autrui lui permet de prendre conscience de sa personne et de se sentir intégré, aimé. Pour moi, toujours mes thèmes sont : le respect et le droit qui me sont très chers car toute personne voudrait quon la reconnaisse dans tout ce à quoi elle participe. Il est important pour la personne de bien se connaître, se reconnaître une dignité afin de pouvoir, en toutes circonstances, faire respecter ses droits."
- "Vous savez toutes les familles du Quart Monde qui sont en Afrique, en Europe, en Amérique, en Asie ou en Océanie, forment une seule famille et où quelles soient dans chacun de ces continents, chacune pense aux autres et le 17 octobre est loccasion dêtre ensemble par lesprit et cest comme si nous étions assis ensemble."
En cette année internationale des bénévoles et en ce 17 octobre, journée mondiale du refus de la misère, nous voulons montrer quagir pour le bien de tous dépasse le simple bénévolat dans un organisme. Chacun - homme, femme, vieux, jeune, riche, pauvre - pose des gestes pour améliorer la société.
Nous pensons à M. X qui fréquente régulièrement un café-rencontre. Il a eu une vie difficile, en dépression profonde pendant plusieurs années, ayant totalement perdu le goût de vivre, au bord du suicide Accueilli tel quil était dans lorganisme, il a pu se reconstruire petit à petit grâce au soutien des autres.
M. X se pense inutile. " Jai juste un bon cur. Dans la société daujourdhui, cela ne sert à rien " dit-il. Et pourtant, il a une présence unique et une qualité découte rare pour les personnes qui vivent dans des conditions extrêmes, telles litinérance et lexclusion sociale. Par son expérience de vie, il leur apporte ce que nul autre ne peut leur apporter.
Quand on le lui fait remarquer, il finit par reconnaître : " Oui, cest vrai. Au fond, je suis passé par le même chemin. Aujourdhui, je suis lexemple pour eux quon peut sen sortir. Jai fondé une famille. Jai une femme et des enfants. Je suis la preuve quon peut être heureux malgré tout. " En écoutant ce quil avait à dire, nous avons changé le regard que nous portions sur lui et lui aussi a changé le regard quil portait sur lui-même.
M. X vit encore dans la pauvreté, mais son exemple montre comment lexpérience dune vie peut en aider dautres à passer au-delà des difficultés. En dépassant nos préjugés, en étant vraiment à lécoute de lautre, en sintéressant vraiment à lui, on peut voir comment chacun agit pour le bien de tous et fait avancer la société.
Prise de parole des personnes et familles en grande pauvreté à l'occasion de l'inauguration d'une reproduction de la Dalle du Trocadéro.
Cette Dalle que nous inaugurons aujourdhui,
Est à la fois pour nous le lieu du silence et de la mémoire.
Elle appelle à lengagement de tous pour le respect des
droits de lhomme.
Ce soir, nous prenons la parole au nom de toutes les personnes et
les familles
Qui ont vécu ou qui vivent encore la pauvreté au quotidien, ici
et dans le monde.
Jaimerais que vous sachiez,
Ce sont nos enfants et notre famille qui nous donnent le
courage et la force.
Pour nos enfants, nous donnons le meilleur de nous-mêmes, nous
nous privons aussi.
Nous faisons le maximum pour que nos enfants ne manquent de rien,
Quils aient à manger, quils soient bien habillés,
quils grandissent,
quils apprennent à lécole.
Jaimerais que vous sachiez, comme vous,
Nous aimerions que nos enfants fassent des études, quils
aient un avenir,
Quils puissent faire ce qui les intéresse.
" Si on veut que nos enfants soient bien,
il ne faut pas leur montrer nos soucis.
Si on est triste, nos enfants seront tristes aussi,
Et ils ne pourront pas apprendre à lécole. "
La famille cest un tout.
Proches ou lointaines, les personnes aimées nous sont
indispensables.
Ce que nous vivons, dautres lont vécu avant nous,
Et je veux que vous le sachiez.
Certains parmi nous, aujourdhui à Marseille, nont
pas de quoi vivre dignement.
Nous ne voulons plus avoir besoin dassociations qui donnent
à manger.
Comme vous, nous voulons travailler, faire quelque
chose de nos mains, nous sentir utiles.
Les petits boulots, la ferraille, les CES, ce nest pas un
vrai travail.
" Je travaille de temps en temps au noir pour
manger.
Ma femme est femme de ménage, elle fait quelques heures par
semaine.
Après 25 ans de travail, son salaire est toujours le même.
Malgré les efforts que je fais, je narrive pas à payer mon loyer régulièrement. Je vis sous la menace dêtre expulsé. "
Je veux dénoncer devant vous,
Que des familles vivent dans des appartements dégradés,
Parfois même dans un garage, un squat ou des hôtels meublés.
Comment une vie de famille est-elle possible dans ces conditions ?
" Je voudrais changer de logement pour mes
enfants.
Je suis dans un logement insalubre, cest comme une cave.
Dans ce logement humide, les enfants sont malades. "
Il arrive que nos enfants soient encore placés à cause de la
misère et de la pauvreté.
Nous vivons dans la peur dêtre séparés.
Jaimerais que vous le sachiez,
Dans nos quartiers, nous nous sentons délaissés.
Nous avons souvent peur pour nos enfants :
trop de passages de voitures et pas despace pour jouer.
Il y a aussi la violence, la drogue : comment arrêter tout
cela ?
Cette vie difficile dans nos quartiers a coûté la vie à un de
nos jeunes cet été.
Son père nous dit :
" Mon fils a été entraîné par dautres.
Jai essayé de trouver des solutions pour léloigner
du quartier.
Mais cétait trop tard. "
Jaimerais vous expliquer,
En bus ou à pieds, ce nest pas simple daller aux
HLM, à lécole, à lANPE, à lEDF, aux
allocations ou voir les travailleurs sociaux.
Nous avons toujours plein de soucis en tête : comment
donner à manger comme il faut à nos enfants ? Avec quoi
payer le loyer ?
Et vous dire aussi,
Quil y a des jours où nous avons honte. Il nous faut du
courage et de la volonté pour lutter contre les jugements qui
nous enferment.
Nous ne sommes pas que des exclus, nous sommes des personnes à
part entière.
Nous avons besoin quon nous fasse confiance.
Laissez-moi vous dire encore,
Puisque ce soir nous voulons parler ouvertement,
que vos regards nous reconnaissent ou nous ignorent.
Nous, nous avons soif de reconnaissance et de dignité.
Nous voulons vivre comme tout le monde, avec les mêmes droits.
Nous voulons vivre AVEC tout le monde et celui qui a écrit cette
phrase,
Il a mis le AVEC en majuscules.
Jaimerais vous parler de la vie dans nos quartiers.
Ils ont mauvaise réputation, la vie y est difficile, mais il y a aussi la solidarité, lentraide chaque jour :
" Dans mon bâtiment, on se serre les coudes.
Si chez moi je nai pas de riz par exemple, je peux aller
chez ma voisine. Si elle peut, elle me donne. Si elle ne peut pas,
je comprends. "
Se connaître, la solidarité, lamitié,
Nous savons dexpérience que cest très important.
Pour terminer, jaimerais maintenant vous dire nos espoirs :
Que la misère et le racisme disparaissent,
et que lon puisse parler de justice et de paix dans le
monde.
Nous avons envie de vivre avec vous autrement et nous avons des
choses à dire.
Si nous étions mélangés avec dautres, ça ferait peut-être
prendre conscience à tous des différences de vie.
Je voudrais vous dire encore une dernière chose, très
importante,
Pour nous, et pour vous aussi.
" Après le 17 Octobre, il ne faut pas oublier.
Il faut se battre tous les jours et toute lannée contre la
misère.
On a besoin de vous tous les jours.
Là où vous vivez, où vous travaillez, dans vos associations,
Vous pouvez porter notre parole, nos espoirs et nos combats.
Demain la vie continue pour nous. "
Est-ce que vous serez avec nous ?
Continuez découter nos voix humaines, simplement humaines.
Des voix dhommes et de femmes de nos cités, de votre cité,
Tout simplement de Marseille.
"Nous n'avons pas beaucoup d'argent.
Dès que c'est possible mon père fait différents travaux :
la ferraille qu'il a appris de ses parents, les vendanges
Il a déjà beaucoup travaillé dans les espaces verts, le bâtiment,
il a livré dans des magasins. Maintenant c'est plus dur car les
patrons préfèrent prendre des plus jeunes.
Nous ne fréquentons pas tellement d'autres gens.
Mes parents ne savent pas bien lire et écrire. Leur souci est
que leurs enfants apprennent.
Cela reste difficile pour mes trois frères. On a du mal à les
mettre à l'école.
Ma sur Philadelphia qui a 10 ans, a pu rejoindre l'école
l'an dernier. Elle ne nous avait jamais quitté.
Je l'ai accompagnée durant une année; Je participais aux cours.
Je suis allée à l'école jusqu'à 16 ans.
Maintenant, à 18 ans, j'aimerais trouver du travail dans la vente ou auprès de personnes âgées. J'ai déjà travaillé pour deux mois dans un hôtel à Colmar et je fais les vendanges."
Nous, groupe du Havre, nous voudrions, à l'occasion
de la journée mondiale du refus de la misère, témoigner :
De cet homme qui souffre de n'être reconnu par personne et de
compter pour rien jusqu'à ne pas avoir son propre numéro de sécurité
sociale, n'étant qu'"Ayant droit" de sa femme.
De Malek qui pense à tous ceux qui ont perdu pied, ceux pour qui
le monde du travail est devenu inaccessible et tous ceux qui sont
tenus à l'écart du progrès. De tous ces hommes et ces femmes
qui, pour s'en sortir, s'organisent avec les aides mises en place,
en surmontant ces sentiments d'humiliation qui les accablent.
Du fils de Maris-Rose qui, n'arrivant pas à trouver un emploi à
plein temps, s'accroche depuis trois à un travail de quelques
heures par mois, plutôt que de vivre du R.M.I.
De tous ces jeunes que Solange rencontre sur son quartier qui
sombrent dans la violence faute d'espoir.
Nous témoignons aussi du courage de tous ces hommes et de toutes
ces femmes qui, malgré le poids des difficultés qui les
assaillent, refuse de ce laisser écraser et vont au devant de
plus malheureux qu'eux.
Nous témoignons :
De Jaqueline qui a traversé les horreurs de la guerre du Rwanda
et qui est arrivée en France avec son fils. Avec la conviction
que la vie peut rejaillir même quant on n'a tout perdu. Elle s'engage
au Secours Catholique avant même de savoir si elle sera régularisée
ou non.
Du courage de Marie-Ange: LA société nous dit-elle, voit nos
difficultés mais elle ne voit pas notre douleur. Le malheur m'a
fait grandir, grandir en amour. J'ai appris à me battre pour que
mes enfants puissent avoir un avenir meilleur.
De la pugnacité de Solange qui veut changer le regard que l'on
porte sur son quartier qu'elle refuse de quitter malgré le
pression de ses enfants.
De Brigitte qui, par son engagement au Secours Catholique, a découvert ce qui se cache derrière la misère. Elle veut entraîner
son entourage à porter un autre regard sur ceux qui vivent avec
le R.M.I.
NOUS TÉMOIGNONS QUE TOUS CES PETITS GESTES DE SOLIDARITÉ ANONYMES, DISCRETS, POSES PAR LES UNS ET LES AUTRES
SONT AUTANT DE GRAINES D'ESPOIR POUR UN MONDE DE JUSTICE ET DE
PAIX.
"QUE NOS COURAGES SE REJOIGNENT" POUR FAIRE RESPECTER
LES DROITS DE L'HOMME ET NOTAMMENT LE DROIT A L'ÉGALE DIGNITÉ.
(extraits)
(...) Je suis militante du mouvement ATD Quart Monde :
- C'est ce que je peux dire maintenant, suite à tout le travail que nous avons fait ensemble. Avant comme beaucoup d'autres, j'ai vécu l'isolement avec ma famille, je me sentais oubliée par les autres personnes. Je croyais qu'on était les seuls à avoir des soucis de toutes sortes. Nous étions envahis, écrasés, ne sachant plus où étaient les priorités.
- Grâce au mouvement, j'ai connu d'autres familles qui se battaient pour des difficultés encore plus graves ; ça ma donné envie de me battre avec eux, de retrousser les manches. J'ai aussi découvert les mots que je pouvais utiliser pour faire réagir des interlocuteurs : à l'école, au tribunal, au service social, à la mairie.... Mais entre nous, on n'a pas besoin de toujours parler de nos problèmes, on se comprend et on s'encourage.
- J'ai eu envie d'apporter aux autres, de rester avec eux, de les écouter et de les faire profiter de ce que j'avais découvert pour moi, pour mes enfants, pour ma famille. Il y a beaucoup de travail à faire sur soi pour encourager les autres, ma timidité s'est estompée petit à petit.
Grâce au Mouvement ATD Quart Monde, entre personnes ayant des savoirs et des expériences différents on a appris, on a montré à l'extérieur qu'on était capables de s'expliquer, d'avancer, de se bouger pour nous et pour les autres. On a envie que tout le monde trouve sa place.
(...)
Pour moi, de ce travail je retiens trois mots importants : motiver, mobiliser, encourager
Entre familles vivant la galère on sentraide, on se comprend. La confiance peut se gagner par des mots simples. (...) Nous les militants qui avons connus la galère, on peut être la personne relais :
- qui parle de ce qu'elle apprend..
- qui accompagne pour les premières visites,
- qui permet aussi la continuité, parce que cest un ami, parce que cest la seule personne qui reste quelques fois. On se rend compte qu'on a les mêmes soucis, les gens dun autre milieu peuvent aussi soutenir d'une autre façon. Cest plus facile de mobiliser quand on est amis. Cest notre travail aussi, on est aussi capable que dautres, je lai fait cest pour cela que je le dis.
Ca peut être d'autres personnes aussi. Mais entre nous, "familles isolées" on se dit des choses différemment, les demandes ne sont pas faites de la même façon. De toute façon, il faut la confiance, quon puisse discuter et dire ce quon peut gagner ensemble. Je pense quil faut une rentrée en confiance avec les gens, avant daboutir à quelque chose. La confiance avec quelques uns je lai regagnée petit à petit, ça peut être long, il y a des hauts et des bas..... Mon point fort cest la mobilisation. (...)
Mobiliser les gens à sortir de chez eux.
Pour cela : il faut se déplacer, aller chez les gens, discuter pour voir ce quils aiment. Ca peut commencer par un service rendu. A partir de là, on peut les atteindre et les orienter vers ce qui peut les aider.
Pour que les gens aillent une première fois ou envoient leurs enfants, il faut un accompagnement : on propose de les accompagner, sans prendre leur place. Puis pendant l'action, par exemple, faut leur montrer ce dont leurs enfants sont capables, par des photos.... présenter régulièrement les réalisations comme il a été fait pendant l'Atelier d'Écriture. C'est important de faire voir aux gens quils ne sont pas rien, que leurs enfants réalisent de belles choses, qu'ils participent avec dautres. Cest bien de redire aux parents que si les enfants réussissent , cest aussi par ce que eux mêmes leur ont appris quelque chose à travers leur vie. Cest souvent les enfants qui entraînent les parents et ainsi toute le famille peut aller plus loin, avec d'autres. Cest important de participer au mouvement ça peut être une expérience qui fait gagner de lassurance, de la confiance en soi et dans les autres et après on peut aller dans dautres associations, dautres lieux....
| Île Maurice - 17 octobre 2001 |
Je témoigne de Marie,
Elle a 40 ans, elle est maman de 2 enfants. Depuis 3 ans elle vit
dans la rue.
Ses 2 enfants ne sont plus avec elle.
Elle habitait, avant, une petite case dont elle payait régulièrement
le loyer. (...)
Le foyer a été disloqué et les enfants sont dans un centre.
Aujourd'hui Marie dort dans le chemin.
Quand elle veut se faire à manger, elle va récupérer ses
affaires qu'elle cache
dans une cour abandonnée. La grille est fermée à clef, elle ne
peut entrer, mais avec un bâton, et un crochet, elle tire le sac
par-dessus la grille et elle le range là, de même, après.
Son armoire, c'est un sac en plastique où elle range ses papiers
précieux,
qu'elle garde sous sa tête lorsqu'elle dort, comme un oreiller,
sinon,
elle peut tout perdre.
La nuit sa présence est tolérée dans un couloir mais le
jour ou quand elle est malade elle doit dormir sur un carton au
soleil.
Les gens croient que Marie ne pense pas à ses enfants.
Pourtant dès qu'elle a un peu d'argent, elle achète des habits
neufs pour eux,
alors que les gens lui donnent des vieux habits.
Parfois, elle achète l'une ou l'autre chose qu'elle me demande
de garder
Pour le jour, où elle pourra avoir de nouveau une maison.
Dernièrement, il y a eu un recensement des personnes qui
dorment à la rue,
organisé par le gouvernement. Marie a fait la démarche d'aller
s'inscrire,
c'est un grand espoir pour elle.
Mes relations avec Marie sont des relations d'égale à égale
Quand elle a besoin d'aide, elle m'a toujours remboursée le jour
promis.
Comme je suis infirmière, la plupart des gens que je rencontre,
parlent beaucoup de leurs soucis de santé avec moi.
Elle fait partie des rares personnes qui demandent des
nouvelles de ma famille.
Souvent les gens que je rencontre me disent
qu'on ne peut pas causer avec elle parce qu'elle boit.
Mais quand nous sommes ensemble, on s'assoit, et on parle de ses
rêves, de ce qu'elle désire pour une vie meilleure.
Marie me fait penser à la parole du père Joseph :
Je témoigne de toi Marie, pour qu'ensemble, on crée un monde
solidaire.
Un monde où chaque être humain serait capable d'offrir ce qu'il
a de meilleur
de lui-même à l'autre, avant que de mourir.
DUBLIN (Irlande) : Témoignage des délégués de la Gare Centrale de Bruxelles
Michel : Nous sommes venus du groupe ATD Quart Monde des sans-abri de la Gare Centrale de Bruxelles. Nous avons eu la chance daccueillir en juin dernier le groupe de gens du voyage dIrlande.
Un de nous disait hier : " Quand on est seul, le plus important est dêtre en contact avec dautres. Car cest la solitude qui tue. Quand on mendie, la plus grande joie nest pas de recevoir une pièce, mais quand quelquun te regarde dans les yeux et te sourit. Car nous aussi, nous avons du respect pour nous-mêmes. Tout le monde a droit à la dignité. "
A partir de nos réunions, il y a maintenant aussi une permanence juridique dans la gare, qui aide les sans domicile fixe à obtenir leurs droits fondamentaux.
Marguerite : Hier après-midi, avant de commencer le voyage pour venir à Dublin, nous avons été pour la première fois sur la tombe de Robert Debock, un de nos amis qui est mort il y a quelques mois. Cétait très dur. Sur la tombe où Robert est enterré il ny avait rien, même pas son nom, même pas une croix. Nous nous sommes dit que trop de personnes ne comptent pour rien, ni pendant leur vie ni après. Mais nous nous sommes aussi dit que le plus important que nous puissions faire, est de ne pas oublier nos copains qui sont morts, et de continuer à nous battre à 200 % pour que la misère sarrête dans nos familles et pour les enfants. Nous avons creusé dans la terre pour mettre un beau pot de fleurs sur la tombe de Robert.
En venant ici, nous avons découvert que des personnes, tout comme nous lavons fait pour Robert, ont mis aussi des fleurs sur ces statues du Mémorial de la Faim. Nous savons quen Irlande beaucoup de statues et lieux rappellent les personnes qui vivaient dans la misère et la faim. Cela nexiste pas dans notre pays. Ces lieux sont un honneur, une chance et un espoir pour nous tous. Faisons du 17 octobre tout pour que le courage des plus pauvres ne soit pas rejeté.
Prise de parole lors du débat: " Bâtir une communauté où chacun trouve sa place "
" Avant, on ne connaissait personne et les gens nous regardaient parce qu'ils avaient entendu parler de nous et on restait dans notre coin de peur d'être jugés.
Un jour, on a eu envie de participer à quelque chose et on nous a proposé de jouer dans un spectacle où on n'avait jamais mis les pieds, ils cherchaient des figurants.
Au début, on n'osait pas.
Et puis c'était l'occasion de montrer que l'on était comme tout
le monde, capables de participer à quelque chose.
On était avec des gens que l'on avait vus, mais que l'on ne
connaissait pas.
Mais à force de se rencontrer, petit à petit, on nous a regardés
autrement.
On s'est sentis plus acceptés
et on a continué.
C'est une expérience que l'on ne regrette pas.
Les regards envers nous ont changé et on vit mieux.
Certains nous disent même merci.
On n'a plus peur d'aller
voir les gens et faire des démarches sans baisser la tête.
Ça nous permet d'être plus forts aujourd'hui.
C'est ce que le Père Joseph voulait, et c'est notre dignité d'homme. "
pour un 17 octobre solidaire, Marie-Sylvie
et Bertrand GAUFRYAU, QUÉBEC
témoignage diffusé sur les ondes de Radio-canada en 1999.
N'oublie jamais
A deux pas de chez toi, tu négliges celui
Que tu croises parfois sans donner un sourire.
Trop pressé par la vie qui t'oppresse sans bruit,
Ton regard n'aperçoit pas souvent le pire.
La Télé, les médias en ouvrant ton esprit
Par delà les barrières, sur tous les continents
Hèleront ta conscience et tes bons sentiments.
Notre dette est immense, payons la sans mépris!
Tes yeux et ton âme chavirent
A la vue d'un enfant mal nourri, mutilé,
Que ta gorge se noue en voyant un charnier,
Ton devoir d'être humain est d'exprimer ton ire.
Mais n'oublie jamais qu'à deux pas, tout près de chez toi,
Souffre en silence celui dont la voix oubliée
Rarement haut et fort ne s'exprimera.
Blessé de la vie, son cur cherche ton respect.
Marie-Sylvie et Bertrand GAUFRYAU, Québec
Témoignages préparés par des personnes vivant aux Philippines sur le thème du volontariat
"Pour moi, on est volontaire quand on permet à dautres dêtre libres, de se mettre debout par eux-mêmes " (un père de famille)
"Il y a différentes façons dêtre volontaire. Il
y a ceux qui prennent les gens par la main pour les entraîner,
il y a ceux qui parlent pour dire ce queux et leurs voisins
vivent, il y a ceux qui sont des intermédiaires entre les gens
de leurs communautés et les organismes
" (une grand-mère)
Voir aussi en anglais
Témoignage, le 17 octobre 2001.
Croire en lautre
Jai rencontré Daniel chez un de mes fournisseurs qui lemployait à mi-temps. Je recherchais, de mon côté, un employé et jai été impressionné lors du premier entretien par la volonté et le courage de Daniel. Il parcourait, en hiver, 30 kms matin et soir en mobylette pour se rendre à son travail.
Daniel navait effectué jusqualors que des petits boulots occasionnels. Ca lui a été difficile de reprendre un rythme de travail régulier avec des contraintes horaires, des efforts physiques soutenus, des méthodes de travail à assimiler. Fréquemment il manquait à son poste à cause des difficultés de transport, de problèmes financiers pour le carburant, de fatigue physique, et dune alimentation insuffisante chez lui.
Nous avons recherché rapidement une solution dhabitat proche du lieu de travail. Jai ensuite guidé et soutenu Daniel dans ses démarches administratives : règlement de dettes, négociations darriérés. Parfois même je suis intervenu à ses côtés pour obtenir les meilleurs compromis. Fréquemment, nous confrontions nos avis pour rechercher la meilleure solution.
Nous nous sommes fixé des objectifs matériels : permis de conduire, achat de voiture, mais aussi des objectifs familiaux : accueil de ses enfants à la maison.
Je ne trouve pas normal quon retire les différents avantages financiers aux jeunes qui retravaillent. Ils ont besoin dargent pour sinstaller pour équiper leur appartement. Leur volonté de retravailler est entamée par les difficultés quils peuvent rencontrer les premiers mois. Ils gagnent dailleurs parfois moins à retravailler quà rester en situation de chômage. On devrait leur proposer une aide financière adaptée à leurs besoins.
Ca va faire 4 ans que Daniel est employé et aujourdhui à plein-temps. Nous nous sommes découverts, nous avons appris à nous connaître. Il a prouvé par son travail, et par ses aptitudes en informatique, quil était en mesure daccomplir certaines tâches. Je suis sûr quil est capable dassumer des responsabilités et de progresser. Je souhaiterais un jour le considérer comme un associé.
Daniel a pu démontrer sa persévérance à ce poste, malgré un travail difficile et technique.
Il veut prouver et se prouver quil est capable. Il la démontré aux yeux de tous même des plus incrédules. Ceci la aidé dans ses démarches juridiques dans le but de récupérer ses enfants.
Son intégration dans la commune sest faite petit à petit, par le biais du sport quil a pratiqué et des rencontres professionnelles. Le partage des repas du midi en famille lui a fait redécouvrir le tissu familial.
Daniel est un peu un exemple pour mes enfants. Son enfance a été difficile. Elle a été marquée par un manque de présence de ses parents. Il na pas été gâté dans sa jeunesse. Et pourtant il sen est sorti. Cela démontre à mes enfants la force et le courage que lon peut développer lorsque lon veut parvenir à atteindre un but.
Récemment, Daniel ma très agréablement surpris. Il a acheté une voiture avec ses économies. Il sest débrouillé seul. Il était heureux davoir accompli seul cette démarche. Il respirait la fierté. Il était content.
Cette expérience réussie a changé son attitude au travail. Dexécutant il est passé à " commandeur " entre guillemets. Il a pris des initiatives et dirigé des travaux. Il était motivé et nétait plus le même.
Dabord dans nimporte quel lieu du monde entier, on doit savoir quil y a quelquun qui est à côté, juste à côté dans la misère. Et puis des fois les gens, par fierté, ils senferment sur eux-mêmes, ils nosent pas parler. Et je pense que si on pourrait aider quelquun et porter secours à autrui, faut pas chercher de quelle religion il est, de quelle origine. Il faut porter aide et secours à la personne qui en a besoin. Je parle de moi, faut pas chercher quelle est sa religion, quil soit juif, chrétien, catholique ou musulman. Voilà. Et puis il y a plusieurs façons daider la personne. Si on na pas dargent par exemple, on pourrait laider juste en sapprochant et en discutant avec lui. On pourrait laider avec ses pieds : laccompagner quelque part, là où il ne pourrait pas partir, si cest par exemple une personne âgée ou malade. On pourrait laider avec ses mains, sil est incapable de faire quelque chose et que moi je pourrais le faire à sa place, faire ses courses sil est incapable de se déplacer. Voilà, ou laider financièrement si on a les moyens Je suis très touchée par ce quils font Atd Quart Monde, ça me touche énormément, je souhaite bonne continuation dans tout ce quils font. Cest tout. Je suis dans une association moi aussi. Je suis entourée de gens misérables, de gens qui sont au chômage de longue date ; je suis entourée de familles nombreuses ; malgré tout ça, il y a une très bonne entente, on vit en famille dans une cité et on ne connaît pas ni le racisme, ni lindifférence Cest tout. Je souhaiterais quil y ait plus de personnes qui font la même chose que moi.
Madame Fatima Hebal, Présidente de lassociation "Espoir Cité Bonnier"
La misère n'est pas chose
facile,
La nier serait un acte difficile.
Pour ceux qui vivent dans la précarité,
Il faut les aider et appeler à la solidarité.
Toute personne vivant dans le besoin a une
dignité,
Celle-ci doit être respectée et non bafouée
ou ignorée.
Carreau Estelle, 17 ans, Lycée Saint Joseph de Tassin (France, 69)
Les Messages, Appels et Déclarations officiels de 2001
Message de Monsieur Boutros Boutros-Ghali, Secrétaire général de lOrganisation internationale de la Francophonie à loccasion de la Journée mondiale du refus de misère
Paris, le 17 octobre 2001
Mesdames, Messieurs, Mes Chers Amis,
Cest avec beaucoup de gravité, mais aussi beaucoup de ferveur, que je voudrais célébrer, cette année, la Journée mondiale du refus de la misère.
Depuis longtemps, je connais votre engagement comme jai connu celui du Père Joseph Wresinski.
Depuis longtemps je connais lengagement et le dévouement de vos militants.
Depuis longtemps, aussi, je soutiens votre action.
Nous avons tous, aujourdhui, à lesprit, les événements présents du monde. Et nous savons combien, au-delà de lhorreur et de la répulsion que le terrorisme suscite, la misère et le sous-développement sont au cur de cette actualité.
Jai eu souvent loccasion dappeler lattention des plus hautes autorités du monde sur les conséquences dramatiques que peut avoir légoïsme des plus puissants.
Jai eu souvent loccasion de dire que la mondialisation ne sera juste que si elle est partagée.
Jai eu souvent loccasion de militer pour que la démocratisation des relations internationales devienne limpératif catégorique de notre vie sociale.
Je sais que ce combat rejoint le vôtre. Et nous avons aujourdhui tristement la preuve du bien fondé de ce combat. Car terrorisme et fanatisme trouvent toujours un ferment de choix auprès de tous ceux qui se sentent rejetés du monde, auprès des marginalisés, auprès de ceux qui nont plus despoir.
Cest de cette manière là que le combat pour le refus de la misère est aussi un combat pour la paix.
En ces jours troublés, en ces temps dinquiétude, en ces moments de doute, il est bon de remobiliser les énergies autour de ce juste combat.
Je compte donc plus que jamais sur vous pour que, ensemble, nous opposions la logique de la solidarité à celle de laffrontement. Cest la meilleure réponse que nous puissions aujourdhui donner à tous les intégrismes qui déchirent la planète.
Oui, luttons ensemble contre la misère, pour le développement et pour la paix !
Merci pour ce vous êtes, merci pour ce que vous faites, merci pour votre action.
Boutros Boutros-Ghali
Message de M. Jacques Chirac, Président de la République Française.
Discours de Jack Lang, Ministre de l'Éducation Nationale (France) à l'occasion de la Journée mondiale du refus de la misère.
Message de M. Kofi Annan, Secrétaire Général des Nations Unies (français, anglais, italien )
Message de Mark Malloch Brown, UNDP Administrator (anglais, espagnol)
Message de M. Jacques Diouf, Directeur Général de la FAO (français, anglais, espagnol, italien)
Message de Mme Alwine de Vos Van Steenwijk, Présidente du Mouvement International Atd Quart Monde (français, italien)
© Éditions Quart Monde 2001