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Témoignages
pour la Journée mondiale en 2002

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Témoignages d'adultes

Témoignages déposés sur la Dalle du Trocadéro, le 17 octobre 2002

Témoignages d'enfants et de jeunes

Messages de soutien,Appels et Déclarations officiels
(voir page suivante)

 

Haïti

Chanson créé par Maître Bien et les enfants de LAKOU, Juillet 2002

Si on nous maltraite dans la rue
Ce sont les circonstances de la vie qui demandent cela
Nous sommes des enfants comme tous les autres
Il y a un jour, qu’il faut que cela change !
Pour les déceptions que nous rencontrons dans la rue,
Qu’est-ce qui nous pousse à y rester ?
Bon Dieu fait qu’il y a de bons prochains avec nous
Allons, bougeons pour nous en sortir !
Nous ne sommes pas des voleurs, on dit que nous sommes voleurs
Nous ne sommes pas des profiteurs, on dit que nous sommes des profiteurs
Même si parmi nous, il y en a qui ont des petites mœurs
C’est vrai, mais seul Dieu peut juger.

 

Espagne

Par ces noeux je veux redire mon amitié pour ceux qui m’entourent. En n’attachant pas le dernier noeud, je laisse ouverte mon amitié pour les autres.

Ma tresse est faite de fils de différentes couleurs. Chaque noeud est une amitié, chaque couleur un ami et chaque espace les moments difficiles qui finissent toujours par s’arranger.

Marta - Madrid España

Les noeuds de ma tresse signifient l’affection pour tous les enfants du monde, parce qu’ils sont mes amis à travers de lettres. Je voudrais voir l’un d’eux, parce que nous sommes la tresse de l’amitié du monde et il y a des enfants qui ont besoin d’aide, d’affection et d’amour. Parce qu’il y a des enfants qui sont pauvres et qui en sont tristes et ne peuvent pas étudier, Je voudrais les aider parce qu’ils apprendraietn beaucoup et ils pourraient être quelque chose et quelqu’un du monde et ils pourraient travailler et construire sans problème des choses pour le monde et avoir beaucoup d’amis. Que tous les enfants du monde soient heureux.

Israel, 10 ans - Madrid Espagne

Ma tresse est faite de laine. C’est ma tante qui m’a appris à la faire, J’aimerais que ma famille soit unie comme les fils de cette tresse.

Moi, la seule chose que je puisse offrir c’est mon amitié. Parce que je n’ai pas de richesses, je suis pauvre comme les autres. Parce que l’amitié ne se donne pas seulement en personne, mais aussi par des lettres. Ici en Espagne j’ai une amie pour toute la vie. Chaque enfant doit avoir un ami, personne ne peut être seul. Moi j’irais vers eux, pour construire la paix et pour qu’il n’y ait pas de discrimination.

Alicia, 12 ans. - Madrid Espagne

Ma tresse est d’une seule couleur, parce que nous sommes tous égaux.

Isabel. - Gijón Espagne

Je fais une tresse blanche et noire, parce que l’amitié ne connaît ni couleurs ni races.

David. - Gijón Espagne

Ma tresse est en laine. Elle est de couleurs qui signifient toutes les races du monde. Et j’aimerais que tous aient une maison et une école.

Andrea. - Gijón Espagne.

Tresser l’amitié cela veut dire être ensemble pour toujours, dans les bons moments comme dans les mauvais.

Tamara  - Gijón, Espagne

Pour moi la tresse de l’amitié est trés importante parce que les amis se mettent ensemble pour jouer a "las embrujadas". Dans les moments tristes les amis servent à nous consoler.

Marta. - Los Espartales Madrid.

Pour moi mes amis sont très importants parce que je peux jouer avec eux dans le parc. Ils m’aident en classe et quand je m’embête on joue ensemble, Et si j’ai un ami qui est triste on joue et je l’aide.

Crístian, 8 ans - Madrid. Espagne

Être tous les enfants ensemble, c’est mieux que seul.

Aron, 13 ans - Madrid Espagne

Pour moi, tresser cette tresse, c’est tresser l’amour.

Judith 11 ans - Madrid. Espagne

 

France

Gardez espoir ,
Gardez courage
Nous vous aiderons comme nous le pouvons ,
Pour que vos conditions de vie soi  meilleures.
Ne vous découragez pas,
Nous sommes là.
                                                          Clément

 

 

Bruxelles (Belgique) 29 mai 2002

Texte collectif préparé par un groupe de militants du Mouvement ATD Quart Monde, à partir de 500 messages exprimant le sens du texte de la dalle inaugurée le 29 mai 2002, à Bruxelles, devant le Parlement européen.

Ce 29 mai, au pied du Parlement européen à Bruxelles, nous inaugurons une dalle à l’honneur des victimes de la misère, une dalle pour tous ceux qui refusent la misère.

Cette Dalle, c’est nous, avec notre histoire.
Nous sommes les héritiers de tous ces hommes, ces femmes… aujourd’hui décédés, qui, malgré leur vie dure, se sont battus au quotidien pour donner un meilleur avenir à leurs enfants, qui se sont battus jusqu’au bout pour la dignité de tous.
Ils sont, nous sommes, les héritiers de tous ceux qui ont donné leur vie pour combattre les injustices : Gandhi, Martin Luther King, Oscar Romero, Joseph Wresinski et tant d’autres dont nous ne connaissons pas toujours les noms.
Nous continuons leur combat.

Cette Dalle, c’est nous. 
Elle témoigne que nous existons, nous qui sommes considérés comme rien, nous à qui personne ne veut parler, nous qui sommes ignorés.
Nous qui n’avons pas voulu vivre dans cette misère, qui sommes condamnés par l’exclusion que nous subissons, comme beaucoup d’autres aujourd’hui encore, ici et partout dans le monde, nous résistons.

Nous qui sommes marginalisés dès l’enfance , étiquetés dès la maternelle, mis sur des voies de garage à l’école, dans l’impossibilité d’apprendre parce que nos familles ne sont pas respectées, mis à l’écart de la culture, nous refusons toutes ces violences.

Nous qui sommes privés de nos enfants comme nous avons été privés de nos parents ; nous qui n’arrivons pas à avoir un logement digne pour nous et nos familles, nous qui vivons les uns sur les autres dans des foyers d’accueil ou des garnis, nous qui sommes enfermés dans des centres pour réfugiés, nous qui vivons et mourons dans la rue ; comme ces milliers, ces millions d’autres que nous ne connaissons pas, qui se battent  et qui ont du courage dans le silence, nous refusons que les droits de l’homme soient bafoués.

Cette Dalle, c’est nous.
Nous sommes de tous milieux.
Nous nous engageons chacun à la place que nous occupons.
Nous voyons un être humain dans chaque personne.
Dans nos familles, dans nos villages et nos quartiers, dans nos écoles, sur nos lieux de travail… nous refusons les préjugés et les étiquettes. Nous apprenons à nos enfants à accepter les autres comme ils sont.  Nous prenons parti pour ceux qui sont rejetés et méprisés.  Nous soutenons ceux en qui plus personne ne croyait.
Nous ne mendions pas des miettes.  Nous luttons pour les droits de tous,  et d’abord de ceux qui pensaient être sans aucun droit.

Cette Dalle, c’est nous.
Nous nous rassemblons, nous avons besoin les uns des autres.
Nous apprenons à changer notre regard, à découvrir ceux qui ne vivent que de courage, nous apprenons à voir les injustices, nous apprenons à nous comprendre.   Nous transmettons nos expériences pour que d’autres s’en sortent aussi.  
Notre solidarité nous aide à refuser activement le sentiment d’impuissance que nous ressentons souvent devant la misère.
Ensemble, l’écho de nos voix ira plus loin.
Unis,  nous sommes plus forts pour lutter.
Coude à coude, nous nous battons afin que tous les parents aient les moyens d’élever leurs enfants, afin que nos jeunes aient un avenir, un travail librement choisi, dont ils puissent être fiers.

Cette Dalle nous rassemble, nous ici présents et ceux auxquels nous pensons, médecins et malades, avocats et personnes en prison, universitaires et personnes privées d’instruction, délégués venus d’autres pays d’Europe et victimes de la guerre, de la faim, de l’esclavage… partout dans le monde.  

Cette Dalle, c’est nous.
Ce n’est pas la pierre de la misère, c’est la pierre de l’espoir.
Elle donne fierté, honneur, courage.

Cette Dalle est un appel.
Elle en appelle à votre responsabilité, vous qui représentez l’Etat, vous qui représentez l’Europe.
Que les oubliés deviennent importants.  Que ce soient les hommes qui comptent, non  l’argent. N’oubliez pas qu’il n’y aura de vraie démocratie que le jour où les droits de tous seront vraiment assurés, en toute égalité, pour tous.

Cette Dalle est un appel
Elle en appelle à la responsabilité de chacun.
Il en va de l’avenir de nos enfants, de tous les enfants.
Il en va de l’avenir de l’humanité.

 

Val d'Oise

Mr Gibon

J’ai connu le Mouvement par le prêtre qui m’a fait ma première communion. Le Mouvement m’a permis de rencontrer des gens qui m’ont soutenu quand j’avais des problèmes. Il m’a aussi permis de pouvoir mieux m’exprimer en public par le biais des Universités Populaires et de la chorale.  A la Maison Familiale de Châtel ,  j’ai pu discuter et échanger avec d’autres personnes sur les moments difficiles de la vie, ce qui m’a beaucoup aidé. Toutes ces rencontres m’ont permis d’avoir plus confiance en moi et de pouvoir mieux me débrouiller face aux administrations et pour remplir des documents mais ma tutelle m'aide encore un peu.

Pour me sentir utile dans le combat contre la pauvreté, tous les mois d’avril je pars comme brancardier à Lourdes ,  pour aider les handicapés à se déplacer. Je parle aux personnes vivant dans la rue, leur souris.

Quand je vois des personnes en grande difficulté , j’ai le cœur serré, je serais prêt à donner ma chemise pour eux . Quand je peux tendre la main à quelqu’un, je le fais avec plaisir , sans rien attendre en retour. Ce qui me rend triste,  c’est que j’ai des amis qui détournent le regard quand ils croisent une personne à la rue.

Ce que je souhaite pour l’avenir c’est qu’il n’y est plus de misère. Je voudrais aussi que beaucoup de gens extérieurs au Mouvement puissent voir l'exposition « Belles Familles » et soient touchés  par ces familles.

J’ai de bons rapports avec mes voisins de palier à qui je parle du Mouvement. Par contre , des fois , je reçois des insultes, on  tape dans ma porte, on à même essayer de la fracturer. Parfois,  j’aimerais habiter un coin plus tranquille.

J’ai eu une enfance difficile. J’ai failli mourir très jeune mais grâce à mon père je suis encore en vie. Je pense beaucoup à mes parents qui sont décédés ainsi qu’à mes frères et sœurs. Heureusement que j’ai ma famille sinon des fois je serais malheureux. 

Mr Lecointe

Nous Gérard et Bruno, nous vous témoignons que la misère est l’œuvre des hommes, seuls les hommes peuvent la détruire. En pensant à ce monsieur qui vit en très grande pauvreté, il nous apporte beaucoup plus que ce que nous pouvons lui apporter. Malgré que nous ne connaissions pas son nom, il nous accueille chaleureusement avec une poignée de main.

En ce jour du 17 octobre, journée mondiale du refus de la misère, si chaque être humain pouvait changé son cœur et son regard, c’est la lumière de l’espérance qui passe.

Je vous remercie au nom des gens qui sont blessés par la vie. 

 

Paris

Un homme, une femme et des enfants sous les étoiles

Un homme, la trentaine, trapu les cheveux réunis en queue de cheval, suivi d’une jeune femme environ du même âge quelques sacs en bandoulière, d’autres dans ses mains, s’avancent vers la table où se trouve café , thé ou chocolat . Cela se passe un soir de la semaine à la gare Montparnasse sous les arcades du centre commercial, il est un peu plus de vingt heures, nous sommes à l’accueil de rue du Secours Catholique, il y a déjà quatre ans.

La femme en prenant son café profite pour demander au bénévole s’y il n’aurait pas un hébergement pour cette nuit . On lui propose de faire le 115, le numéro vert du SAMU Social de Paris. La femme n’est pas tellement satisfaite du renseignement mais elle va plus loin dans la discussion. Ainsi le bénévole apprendra que la jeune femme est enceinte de quelques mois. Le couple dort à la rue. Dans l’immédiat il n’y pas de solution efficace, il faut aller voir une assistante sociale. Avant de les congédier le bénévole leur propose de revenir chaque soir de la semaine pour ce petit café et ce temps de convivialité. C’est ainsi que tous les soirs nous revoyons le couple. Le ventre de la dame gonfle à vue d’œil, bientôt elle donnera vie à un petit d’homme, dans quelles conditions ? Est – ce sur le pavé de Paris qu’elle accouchera ? Les mois passent et je sympathise avec ce couple, j’en fais mon histoire, il y a aussi un ami qui prend cela en considération. Nous leur conseillons de prendre un foyer, une chambre d’hôtel, s’ils le peuvent. Hélas le couple ne possède aucun revenu ils n’ont pas fait les démarches nécessaires auprès des services sociaux.

Mon ami leur indique le centre social qui va sûrement les prendre en charge et pouvoir leur trouver un toît rapidement. Les jours passent et chaque soir, un café à la main, mon ami et moi discutons avec ce couple que rien n’ébranle sinon la grosseur du ventre de madame. Les démarches sont-elles trop difficiles ? Chaque équipe de bénévole du café de rue prend ce couple en pitié et leur propose vêtements pour le futur bébé, landau et autre chose de première nécessité.

Un soir, le mari nous annonce qu’il a un toit. Tout le monde est content, enfin la dame va se reposer. Ils sont hébergés chez un ami. On sait qu’être chez un ami est toujours difficile et ne peut durer longtemps. Mais nous espérons qu’ainsi ils auront des forces pour faire leur démarche de RMI pour ensuite prendre une chambre d’hôtel. Mais le couple ne veut toujours pas aller voir une assistante sociale. Cela serait mieux pour la santé de la jeune dame mais ils n’entendent rien. Que faire ?

Un soir sur deux ou trois nous les voyons rien ne change, la dame grossit de plus en plus, cela est pour bientôt. Mon ami décide des les emmener chez une assistante sociale qu’il connaît. Ils obtiennent une chambre d’hôtel, la dame peu se reposer. La rue l’a tellement fatiguée que le médecin lui conseil de rester alitée. Nous la revoyons un soir au café de rue, il y a urgence d’aller à l’hôpital, elle va accoucher. C’est un garçon. Trois jours après elle est sortie. Elle vient nous présenter son enfant. Beaucoup de bénévoles se mobilisent y compris moi-même pour leur apporter des vêtements. De fil en aiguille leur situation est toujours précaire. Ils partent en province quelque temps chez la sœur de monsieur puis reviennent sur Paris. Le R M I est coupé faute d’avoir rempli la déclaration des trois mois.

Un soir un homme se promène de long en large sur le pavé près du café de rue puis soudain interpelle mon ami.

- Le couple là-bas c’est vrai qu’ils dorment chez vous. Mon ami répond pour les couvrir, oui, ils dorment à la maison.

Cet homme qui se renseignait ainsi était un inspecteur de la DDASS. Branle bas de combat mon ami demande au couple de quitter Paris car cela chauffe. L’enfant risque de se faire placer. Ils partent pour quinze jours, puis ils sont de nouveaux de retour.

Dix-huit mois plus tard de nouveau le même scénario se prépare, la femme est à-nouveau enceinte, ils ont récupéré leur RMI. Ils ont pris une chambre d’hôtel mais cela est vraiment dur.

Elle accouche d’une petite fille. Elle ne reste pas longtemps à l’hôpital. La situation ne bouge pas on trouve toujours monsieur faisant la manche puis régulièrement quant cela devient trop difficile la famille retourne en province et revient .

Aujourd’hui la famille attend un troisième enfant. Les enfants auraient l’âge d’aller en maternelle mais à nouveau les parents ont peur des signalements. Les aînés âgés aujourd’hui de quatre ans et trois ans et demie ont quasiment toujours connu la rue.

Qu’est-ce que je peux faire ? Qui sommes-nous face à cette famille ? Quels moyens la famille a d’aller voir les services sociaux pour trouver du soutien et non pour se faire sanctionner ?

Octobre 2002

 

Paris

Durant 4 ans nous avons habité dans un hôtel meublé du XI ème arrondissement de Paris avec nos 6 enfants.

Nous avions deux chambres, l’une pour entreposer nos affaires et l’autres pour y vivre, en tout 20 mètres carré pour 9000FF de loyer. La moitié du loyer étant payé par la mairie, l’autre par nous-mêmes.

La vie a été très difficile, les enfants n’avaient pas le droit de jouer ni de faire du bruit. Il fallait que je sorte avec eux dehors même quand il faisait froid ou qu’il pleuvait, sinon, ils restaient assis sur le lit.

Un enfant qui ne joue pas c’est un enfant malheureux.

Régulièrement la nuit nous étions réveillé par d’autres personnes de l’hôtel, du coup je laissais les enfants dormir le matin et ils n’allaient pas à l’école.

Pour manger, il fallait aller au rez-de-chaussée, dans un débarras, là il y avait une cuisinière pour tous les habitants de l’hôtel, une bonne vingtaine ! Si bien qu’il fallait faire la queue, alors on se débrouillait pour cuisiner dans notre chambre en cachette.

A la naissance de notre sixième enfant, l’assistante sociale m’a envoyé une lettre me proposant une aide ménagère. Je ne savais pas si je devais rire ou pleurer : me proposer quelqu’un pour faire le ménage de la chambre où nous étions tous entassés ! J’ai voulu lui répondre que c’est d’un logement dont j’avais besoin pour que mes enfants grandissent bien !

Je ne l’ai pas fait, car déjà elle m’avait dit qu’elle n’aurait pas de logement pour ma famille.
Nous avons contacté le D.A.L., c’est avec eux qu’on s’est battu pour obtenir un logement. Ca a duré trois mois où nous avons vécu dehors avec 16 autres familles. Aujourd’hui il y a encore 6 familles qui n’ont pas de logement décent.

En juillet nous avons eu un logement en banlieue parisienne, ça a changé beaucoup de choses, Nous sommes libérés. A l’hôtel c’était une punition, puisque mes enfants ne pouvaient pas bouger. Aujourd’hui ils peuvent courir, jouer en toute liberté et moi je peux être une maman qui ne dit plus tout le temps, " ne faites pas de bruit ", " ne bougez pas " mais plutôt : " joue, amuse toi tout en respectant les autres ".

Avec le temps j’espère que mes enfants auront des amis et que nous les parents nous connaîtrons d’autres personnes.

Aujourd’hui nous sommes libres dans notre logement mais nous ne pouvons pas oublier toutes les familles qui vivent encore dans des chambres d’hôtel.

 

France

La dignité.

Pour moi la dignité, c’est très important. 

Je voudrais témoigner de ce que je vis dans le centre d’aide alimentaire où viennent beaucoup de gens de mon quartier. 

J’ai remarqué que les personnes qui avaient le plus besoin ne se montraient pas. Elles baissent la tête. On dirait qu’elles ont quelque chose à se reprocher. Très souvent, elles ne reviennent pas d’elle même et pourtant  je sais qu’elles ont beaucoup besoin.

Leur dignité est atteinte. 

C’est vers elles qu’il faut prendre le temps d’aller. 

C’est ce que fait une personne que je connais bien. Elle va régulièrement au devant de ceux qui ont le plus de difficultés, pour essayer de comprendre quels sont leurs besoins. 

Il ne faut pas que les gens s’abaissent.

Quand une personne n’a rien du tout, pas de travail, un logement qu’elle a du mal à payer, elle a besoin de soutien pour s’en sortir. 

Je l’ai vécu.

Quand j’étais sans logement, sans boulot, j’allais dans un centre comme celui-là. 

Quand j’ai eu un boulot , je me sentais de plus en plus à l’aise, de plus en plus autonome. 

Mais il faut que le salaire soit suffisant pour vivre, qu’on se sente entouré de gens qui mènent une vie normale, qui nous regardent comme une personne comme tout le monde. 

Nos problèmes sont les problèmes de tout le monde.

 

Alors on se sent digne !

Ait-Ali Kader

 

Nouvelle Orléans (USA)

Mon nom est Gina Russell et je suis mère de quatre enfants. Je voudrais vous parler de la lutte que j’ai mené pour l’éducation de mes enfants. Cela n’a jamais été famille car je vis dans la pauvreté.

Je voudrais vous parler de mon fils Corey.

Corey n’a pas parlé pendant les sept premières années de sa vie. Nous ne savions pas ce qui n’allait pas. Les professionnels qui l’ont examiné disait qu’il avait le cerveau comme celui d’un nouveau né. Les maîtres disaient qu’il n’apprendrait jamais à lire ou à écrire et qu’il acquérrait jamais les savoir-faire que les autres enfants apprennent.

Corey a entendu tout ce qui se disait sur son manque de potentiel et il a décidé de changer la situation.

A l’école, un des ami de Corey s’est fait tué par un coup de fusil. Quand cela est arrivé, je suis passée à la télévision et je disais que Corey ne retournerait jamais dans cette école. Mais plus tard Corey m’a dit qu’il ne laisserait pas cet événement nuire à son éducation.

Le maître de Corey était Mme Thompson. Elle était du coté de Corey et elle lui a permis d’être accepté dans un programme d’éducation speciale à l’école Sophie B. Wright.

Maintenant les choses sont différentes. Corey a de tres bonnes notes. En mai de cette année, il a reçu la bourse Patrick Taylor et il est le seul jeune à la recevoir dans tout le quartier. Cette bourse lui donne une entrée gratuite pour le zoo et l’aquarium ainsi que d’autres bénéfices. Et aussi, Corey est devenu plus mature et il est vraiment motivé pour apprendre.

Je suis vraiment fière de Corey !

Pour le 17 octobre 2002, autour de la mosaïque intitulé " Qu’est-ce qui rend les enfants heureux ? "

" Cela rend les gens heureux de pouvoir aller à l’école, d’avoir une éducation et donc quand ils seront grands, ils pourront faire des choses qu’ils veulent. Je vous être un pédiatre, parce que je pourrais aider les gens et les rendre heureux. Je pourrais parler aux gens quand ils ne se sentiront pas bien et je pourrais faire des choses pour qu’ils se sentent mieux. Je veux aider les enfants malades. Je veux être quelqu’un avec qui les enfants pourront toujours venir parler. Je veux rendre les enfants heureux. " Michelle Collins

" Les bibliothèques de rue me rendre heureuse parce que les enfants essaient d’apprendre. " Charmaine Russell 

 

New York

Là où des hommes et des femmes sont condamnés à vivre dans la misère

Il y a dix ans, les Nations Unies proclamaient le 17 octobre : Journée mondiale du refus de la misère.

Et depuis, qu’est-ce qui a changé ?

Peut-être pourrions-nous faire une liste des choses qui ont changé dans le monde, des programmes qui ont été créé ou des personnes qui ont travaillé ensemble d’une façon nouvelle.

Mais pour une famille qui doit dormir dans un cimetière, qu’est-ce qui a changé ?

Je ne dis pas qu’il y a un grand projet qui dit « Nous pouvons aider cette personne à sortir de la pauvreté mais cette autre personne va devoir simplement rester pauvre. »

Mais comment pouvons-nous être certain que nous ne laissons personne derrière ?

Nous voulons atteindre les personnes qui sont à l’autre bout du monde et nous voulons atteindre nos voisins.

Lorsque vous vivez dans la pauvreté, parfois les crises qui surviennent vous rendent le vie tellement difficile que même parler à l’autre devient un défi. Vous perdez  le lien avec des personnes près de vous et vous ne savez même plus quand  elles ont besoin le plus d’aide

En Amérique du Sud, il y a une jeune mère qui s’appelle Dorita.

Elle a six enfants de moins de 8 ans et ils vivent dans une cabane avec un toit en canvas.

D’autres personnes ont aidé Dorita a gagné sa vie en faisant des beignets et en les vendant dans la rue.

Mais malgré toutes les difficultés de vie de Dorita, elle trouve la force d’aider les autres quand elle voit qu’ils ont plus de difficultés qu’elle.

Elle a invité une mère malade et son enfant à habiter sa cabane.

Maintenant elle partage tout ce qu’elle a même si cela vaut dire qu’il y a moins de nourriture pour elle et ses enfants.

Lorsque nous avons entendu cette histoire ici à New York, nous pouvions imaginer combien difficile cela a pu être pour Dorita et ses enfants même si elle ne s’en plaignait pas.

Plusieurs d’entre nous ont traversé des moments comme celui-là.

Nous avons eu besoin d’aide et nous avons aussi offert de l’aide à d’autres et partager tout ce que nous avions avec eux.

Quelques fois ça ne marche pas.

Quelques fois c’est tout simplement trop difficile, parce que les gens sont différents,

Parce que les gens doivent jongler avec plusieurs défis à la fois.

Mais ça peut marcher !

Chaque personne peut trouver une façon de soutenir quelqu’un d’autre et d’offrir sa gentillesse.

Plutôt, je demandais : « Comment pouvons-nous être certain de ne pas laisser quelqu’un derrière ? »

Peut-être que Dorita nous donne une partie de la réponse.

La pauvreté blesse tellement de personnes qu’aucun de nous sait comment atteindre tout le monde.

Mais les personnes qui vivent la pauvreté n’ont pas seulement besoin de soutien.

Elles ont aussi besoin d’être capable d’aider les autres.

Chaque personne doit être vu sous plusieurs angles.

Etre pauvre ne limite pas ton humanité.

Nous avons besoin de l’aide de chacun face à ce défi de ne pas laisser personne derrière.

Nous avons besoin de toutes les personnes comme Dorita qui essaie d’en rejoindre d’autre et ce peu importe combien difficile c’est.

 

 

Bordeaux

RESISTER aujourd'hui et demain pour témoigner de la DIGNITE des plus pauvres, dans un esprit d' HUMANITE…..

Rêver d'absolu
Epauler l'autre
Soutenir du regard Donner du sens
Inciter à avancer Inverser le cours des choses
Savourer l'instant Grandir pour soi à travers l'autre Homme debout
Transmettre l'essentiel Nourrir son âme Utopie réelle
Entourer Inventer demain Main tendue
Renverser les habitudes Trouver le chemin Amitié gratuite
Espérer Nuit étoilée
Indifférence bannie
Total respect
Envie d'être

Bertrand GAUFRYAU, Bordeaux, 17 octobre 2002

 

Luxembourg

Témoignage de familles vivant la pauvreté du Luxembourg lors de l’Université Populaire :

Les enfants ont besoin de leurs parents, même si ceux-ci sont séparés. Et même si les enfants sont séparés de leurs parents, ils ont besoin d'eux. Un homme a dit: " Je travaille pour mes enfants. Si je rentrais et les enfants n'étaient plus là, alors ma vie n'aurait plus de sens. J'étais longtemps au foyer, et j'avais tout ce dont j'avais besoin. Et pourtant au plus profond de moi-même il y avait ce grand désir de vivre dans ma famille. "

En tant que parents nous avons une grande responsabilité. Nous nous posons souvent beaucoup de questions et nous ne savons pas toujours ce dont nos enfants ont besoin. Nous souhaitons échanger avec des experts

Professionnels pour avoir des conseils. Mais nous avons trop peur que nos enfants soient placés.

Pour vivre ensemble en famille, nous avons besoin d'un logement décent, d'un revenu, d'un métier et de reconnaissance. En tant que parents, nous voulons aussi partager nos expériences avec d'autres, être compris et apprendre quelque chose.. Ainsi nos enfants auront un avenir meilleur que nous en avons eu.

 

Rennes

Message des familles du Quart Monde à Rennes - 17 octobre 2002

On parle tout le temps de la misère partout dans le monde.
Mais il faudrait avoir le courage
De voir toute la misère qu’il y a chez nous.

Il faut y passer par la misère pour savoir ce que c’est.
Nous ne souhaitons à personne
De passer par là où nous sommes passés.

Pour lutter contre la misère il y a des lois contre l’exclusion,
Il faut qu’elles soient appliquées pour tous de la même façon.
Il faut savoir faire reconnaître nos droits qui sont ceux de la
personne :

Droit au logement avec eau, électricité.
Droit au travail.
Droit à une vie de famille décente.
En tant que citoyen,
Tous et chacun doivent se soutenir
Pour le respect de tout ces droits.

Par le 17 octobre, il faut ouvrir les yeux aux politiciens,
Faire avancer la loi.

Ce 29 mai, au pied du Parlement européen à Bruxelles, nous inaugurons une dalle à l’honneur des victimes de la misère, une dalle pour tous ceux qui refusent la misère.

Cette Dalle, c’est nous, avec notre histoire.
Nous sommes les héritiers de tous ces hommes, ces femmes… aujourd’hui décédés, qui, malgré leur vie dure, se sont battus au quotidien pour donner un meilleur avenir à leurs enfants, qui se sont battus jusqu’au bout pour la dignité de tous.
Ils sont, nous sommes, les héritiers de tous ceux qui ont donné leur vie pour combattre les injustices : Gandhi, Martin Luther King, Oscar Romero, Joseph Wresinski et tant d’autres dont nous ne connaissons pas toujours les noms.
Nous continuons leur combat.

Cette Dalle, c’est nous. 
Elle témoigne que nous existons, nous qui sommes considérés comme rien, nous à qui personne ne veut parler, nous qui sommes ignorés.
Nous qui n’avons pas voulu vivre dans cette misère, qui sommes condamnés par l’exclusion que nous subissons, comme beaucoup d’autres aujourd’hui encore, ici et partout dans le monde, nous résistons.

Nous qui sommes marginalisés dès l’enfance , étiquetés dès la maternelle, mis sur des voies de garage à l’école, dans l’impossibilité d’apprendre parce que nos familles ne sont pas respectées, mis à l’écart de la culture, nous refusons toutes ces violences.

Nous qui sommes privés de nos enfants comme nous avons été privés de nos parents ; nous qui n’arrivons pas à avoir un logement digne pour nous et nos familles, nous qui vivons les uns sur les autres dans des foyers d’accueil ou des garnis, nous qui sommes enfermés dans des centres pour réfugiés, nous qui vivons et mourons dans la rue ; comme ces milliers, ces millions d’autres que nous ne connaissons pas, qui se battent  et qui ont du courage dans le silence, nous refusons que les droits de l’homme soient bafoués.

Cette Dalle, c’est nous.
Nous sommes de tous milieux.
Nous nous engageons chacun à la place que nous occupons.
Nous voyons un être humain dans chaque personne.
Dans nos familles, dans nos villages et nos quartiers, dans nos écoles, sur nos lieux de travail… nous refusons les préjugés et les étiquettes. Nous apprenons à nos enfants à accepter les autres comme ils sont.  Nous prenons parti pour ceux qui sont rejetés et méprisés.  Nous soutenons ceux en qui plus personne ne croyait.
Nous ne mendions pas des miettes.  Nous luttons pour les droits de tous,  et d’abord de ceux qui pensaient être sans aucun droit.

Cette Dalle, c’est nous.
Nous nous rassemblons, nous avons besoin les uns des autres.
Nous apprenons à changer notre regard, à découvrir ceux qui ne vivent que de courage, nous apprenons à voir les injustices, nous apprenons à nous comprendre.   Nous transmettons nos expériences pour que d’autres s’en sortent aussi.  
Notre solidarité nous aide à refuser activement le sentiment d’impuissance que nous ressentons souvent devant la misère.
Ensemble, l’écho de nos voix ira plus loin.
Unis,  nous sommes plus forts pour lutter.
Coude à coude, nous nous battons afin que tous les parents aient les moyens d’élever leurs enfants, afin que nos jeunes aient un avenir, un travail librement choisi, dont ils puissent être fiers.

Cette Dalle nous rassemble, nous ici présents et ceux auxquels nous pensons, médecins et malades, avocats et personnes en prison, universitaires et personnes privées d’instruction, délégués venus d’autres pays d’Europe et victimes de la guerre, de la faim, de l’esclavage… partout dans le monde.  

Cette Dalle, c’est nous.
Ce n’est pas la pierre de la misère, c’est la pierre de l’espoir.
Elle donne fierté, honneur, courage.

Cette Dalle est un appel.
Elle en appelle à votre responsabilité, vous qui représentez l’Etat, vous qui représentez l’Europe.
Que les oubliés deviennent importants.  Que ce soient les hommes qui comptent, non  l’argent. N’oubliez pas qu’il n’y aura de vraie démocratie que le jour où les droits de tous seront vraiment assurés, en toute égalité, pour tous.

Cette Dalle est un appel
Elle en appelle à la responsabilité de chacun.
Il en va de l’avenir de nos enfants, de tous les enfants.
Il en va de l’avenir de l’humanité.

 

Val d'Oise

Mr Gibon

J’ai connu le Mouvement par le prêtre qui m’a fait ma première communion. Le Mouvement m’a permis de rencontrer des gens qui m’ont soutenu quand j’avais des problèmes. Il m’a aussi permis de pouvoir mieux m’exprimer en public par le biais des Universités Populaires et de la chorale.  A la Maison Familiale de Châtel ,  j’ai pu discuter et échanger avec d’autres personnes sur les moments difficiles de la vie, ce qui m’a beaucoup aidé. Toutes ces rencontres m’ont permis d’avoir plus confiance en moi et de pouvoir mieux me débrouiller face aux administrations et pour remplir des documents mais ma tutelle m'aide encore un peu.

Pour me sentir utile dans le combat contre la pauvreté, tous les mois d’avril je pars comme brancardier à Lourdes ,  pour aider les handicapés à se déplacer. Je parle aux personnes vivant dans la rue, leur souris.

Quand je vois des personnes en grande difficulté , j’ai le cœur serré, je serais prêt à donner ma chemise pour eux . Quand je peux tendre la main à quelqu’un, je le fais avec plaisir , sans rien attendre en retour. Ce qui me rend triste,  c’est que j’ai des amis qui détournent le regard quand ils croisent une personne à la rue.

Ce que je souhaite pour l’avenir c’est qu’il n’y est plus de misère. Je voudrais aussi que beaucoup de gens extérieurs au Mouvement puissent voir l'exposition « Belles Familles » et soient touchés  par ces familles.

J’ai de bons rapports avec mes voisins de palier à qui je parle du Mouvement. Par contre , des fois , je reçois des insultes, on  tape dans ma porte, on à même essayer de la fracturer. Parfois,  j’aimerais habiter un coin plus tranquille.

J’ai eu une enfance difficile. J’ai failli mourir très jeune mais grâce à mon père je suis encore en vie. Je pense beaucoup à mes parents qui sont décédés ainsi qu’à mes frères et sœurs. Heureusement que j’ai ma famille sinon des fois je serais malheureux. 

Mr Lecointe

Nous Gérard et Bruno, nous vous témoignons que la misère est l’œuvre des hommes, seuls les hommes peuvent la détruire. En pensant à ce monsieur qui vit en très grande pauvreté, il nous apporte beaucoup plus que ce que nous pouvons lui apporter. Malgré que nous ne connaissions pas son nom, il nous accueille chaleureusement avec une poignée de main.

En ce jour du 17 octobre, journée mondiale du refus de la misère, si chaque être humain pouvait changé son cœur et son regard, c’est la lumière de l’espérance qui passe.

Je vous remercie au nom des gens qui sont blessés par la vie. 

 

Paris

Un homme, une femme et des enfants sous les étoiles

Un homme, la trentaine, trapu les cheveux réunis en queue de cheval, suivi d’une jeune femme environ du même âge quelques sacs en bandoulière, d’autres dans ses mains, s’avancent vers la table où se trouve café , thé ou chocolat . Cela se passe un soir de la semaine à la gare Montparnasse sous les arcades du centre commercial, il est un peu plus de vingt heures, nous sommes à l’accueil de rue du Secours Catholique, il y a déjà quatre ans.

La femme en prenant son café profite pour demander au bénévole s’y il n’aurait pas un hébergement pour cette nuit . On lui propose de faire le 115, le numéro vert du SAMU Social de Paris. La femme n’est pas tellement satisfaite du renseignement mais elle va plus loin dans la discussion. Ainsi le bénévole apprendra que la jeune femme est enceinte de quelques mois. Le couple dort à la rue. Dans l’immédiat il n’y pas de solution efficace, il faut aller voir une assistante sociale. Avant de les congédier le bénévole leur propose de revenir chaque soir de la semaine pour ce petit café et ce temps de convivialité. C’est ainsi que tous les soirs nous revoyons le couple. Le ventre de la dame gonfle à vue d’œil, bientôt elle donnera vie à un petit d’homme, dans quelles conditions ? Est – ce sur le pavé de Paris qu’elle accouchera ? Les mois passent et je sympathise avec ce couple, j’en fais mon histoire, il y a aussi un ami qui prend cela en considération. Nous leur conseillons de prendre un foyer, une chambre d’hôtel, s’ils le peuvent. Hélas le couple ne possède aucun revenu ils n’ont pas fait les démarches nécessaires auprès des services sociaux.

Mon ami leur indique le centre social qui va sûrement les prendre en charge et pouvoir leur trouver un toît rapidement. Les jours passent et chaque soir, un café à la main, mon ami et moi discutons avec ce couple que rien n’ébranle sinon la grosseur du ventre de madame. Les démarches sont-elles trop difficiles ? Chaque équipe de bénévole du café de rue prend ce couple en pitié et leur propose vêtements pour le futur bébé, landau et autre chose de première nécessité.

Un soir, le mari nous annonce qu’il a un toit. Tout le monde est content, enfin la dame va se reposer. Ils sont hébergés chez un ami. On sait qu’être chez un ami est toujours difficile et ne peut durer longtemps. Mais nous espérons qu’ainsi ils auront des forces pour faire leur démarche de RMI pour ensuite prendre une chambre d’hôtel. Mais le couple ne veut toujours pas aller voir une assistante sociale. Cela serait mieux pour la santé de la jeune dame mais ils n’entendent rien. Que faire ?

Un soir sur deux ou trois nous les voyons rien ne change, la dame grossit de plus en plus, cela est pour bientôt. Mon ami décide des les emmener chez une assistante sociale qu’il connaît. Ils obtiennent une chambre d’hôtel, la dame peu se reposer. La rue l’a tellement fatiguée que le médecin lui conseil de rester alitée. Nous la revoyons un soir au café de rue, il y a urgence d’aller à l’hôpital, elle va accoucher. C’est un garçon. Trois jours après elle est sortie. Elle vient nous présenter son enfant. Beaucoup de bénévoles se mobilisent y compris moi-même pour leur apporter des vêtements. De fil en aiguille leur situation est toujours précaire. Ils partent en province quelque temps chez la sœur de monsieur puis reviennent sur Paris. Le R M I est coupé faute d’avoir rempli la déclaration des trois mois.

Un soir un homme se promène de long en large sur le pavé près du café de rue puis soudain interpelle mon ami.

- Le couple là-bas c’est vrai qu’ils dorment chez vous. Mon ami répond pour les couvrir, oui, ils dorment à la maison.

Cet homme qui se renseignait ainsi était un inspecteur de la DDASS. Branle bas de combat mon ami demande au couple de quitter Paris car cela chauffe. L’enfant risque de se faire placer. Ils partent pour quinze jours, puis ils sont de nouveaux de retour.

Dix-huit mois plus tard de nouveau le même scénario se prépare, la femme est à-nouveau enceinte, ils ont récupéré leur RMI. Ils ont pris une chambre d’hôtel mais cela est vraiment dur.

Elle accouche d’une petite fille. Elle ne reste pas longtemps à l’hôpital. La situation ne bouge pas on trouve toujours monsieur faisant la manche puis régulièrement quant cela devient trop difficile la famille retourne en province et revient .

Aujourd’hui la famille attend un troisième enfant. Les enfants auraient l’âge d’aller en maternelle mais à nouveau les parents ont peur des signalements. Les aînés âgés aujourd’hui de quatre ans et trois ans et demie ont quasiment toujours connu la rue.

Qu’est-ce que je peux faire ? Qui sommes-nous face à cette famille ? Quels moyens la famille a d’aller voir les services sociaux pour trouver du soutien et non pour se faire sanctionner ?

Octobre 2002

 

Paris

Durant 4 ans nous avons habité dans un hôtel meublé du XI ème arrondissement de Paris avec nos 6 enfants.

Nous avions deux chambres, l’une pour entreposer nos affaires et l’autres pour y vivre, en tout 20 mètres carré pour 9000FF de loyer. La moitié du loyer étant payé par la mairie, l’autre par nous-mêmes.

La vie a été très difficile, les enfants n’avaient pas le droit de jouer ni de faire du bruit. Il fallait que je sorte avec eux dehors même quand il faisait froid ou qu’il pleuvait, sinon, ils restaient assis sur le lit.

Un enfant qui ne joue pas c’est un enfant malheureux.

Régulièrement la nuit nous étions réveillé par d’autres personnes de l’hôtel, du coup je laissais les enfants dormir le matin et ils n’allaient pas à l’école.

Pour manger, il fallait aller au rez-de-chaussée, dans un débarras, là il y avait une cuisinière pour tous les habitants de l’hôtel, une bonne vingtaine ! Si bien qu’il fallait faire la queue, alors on se débrouillait pour cuisiner dans notre chambre en cachette.

A la naissance de notre sixième enfant, l’assistante sociale m’a envoyé une lettre me proposant une aide ménagère. Je ne savais pas si je devais rire ou pleurer : me proposer quelqu’un pour faire le ménage de la chambre où nous étions tous entassés ! J’ai voulu lui répondre que c’est d’un logement dont j’avais besoin pour que mes enfants grandissent bien !

Je ne l’ai pas fait, car déjà elle m’avait dit qu’elle n’aurait pas de logement pour ma famille.
Nous avons contacté le D.A.L., c’est avec eux qu’on s’est battu pour obtenir un logement. Ca a duré trois mois où nous avons vécu dehors avec 16 autres familles. Aujourd’hui il y a encore 6 familles qui n’ont pas de logement décent.

En juillet nous avons eu un logement en banlieue parisienne, ça a changé beaucoup de choses, Nous sommes libérés. A l’hôtel c’était une punition, puisque mes enfants ne pouvaient pas bouger. Aujourd’hui ils peuvent courir, jouer en toute liberté et moi je peux être une maman qui ne dit plus tout le temps, " ne faites pas de bruit ", " ne bougez pas " mais plutôt : " joue, amuse toi tout en respectant les autres ".

Avec le temps j’espère que mes enfants auront des amis et que nous les parents nous connaîtrons d’autres personnes.

Aujourd’hui nous sommes libres dans notre logement mais nous ne pouvons pas oublier toutes les familles qui vivent encore dans des chambres d’hôtel.

 

France

La dignité.

Pour moi la dignité, c’est très important. 

Je voudrais témoigner de ce que je vis dans le centre d’aide alimentaire où viennent beaucoup de gens de mon quartier. 

J’ai remarqué que les personnes qui avaient le plus besoin ne se montraient pas. Elles baissent la tête. On dirait qu’elles ont quelque chose à se reprocher. Très souvent, elles ne reviennent pas d’elle même et pourtant  je sais qu’elles ont beaucoup besoin.

Leur dignité est atteinte. 

C’est vers elles qu’il faut prendre le temps d’aller. 

C’est ce que fait une personne que je connais bien. Elle va régulièrement au devant de ceux qui ont le plus de difficultés, pour essayer de comprendre quels sont leurs besoins. 

Il ne faut pas que les gens s’abaissent.

Quand une personne n’a rien du tout, pas de travail, un logement qu’elle a du mal à payer, elle a besoin de soutien pour s’en sortir. 

Je l’ai vécu.

Quand j’étais sans logement, sans boulot, j’allais dans un centre comme celui-là. 

Quand j’ai eu un boulot , je me sentais de plus en plus à l’aise, de plus en plus autonome. 

Mais il faut que le salaire soit suffisant pour vivre, qu’on se sente entouré de gens qui mènent une vie normale, qui nous regardent comme une personne comme tout le monde. 

Nos problèmes sont les problèmes de tout le monde.

 

Alors on se sent digne !

Ait-Ali Kader

 

Nouvelle Orléans (USA)

Mon nom est Gina Russell et je suis mère de quatre enfants. Je voudrais vous parler de la lutte que j’ai mené pour l’éducation de mes enfants. Cela n’a jamais été famille car je vis dans la pauvreté.

Je voudrais vous parler de mon fils Corey.

Corey n’a pas parlé pendant les sept premières années de sa vie. Nous ne savions pas ce qui n’allait pas. Les professionnels qui l’ont examiné disait qu’il avait le cerveau comme celui d’un nouveau né. Les maîtres disaient qu’il n’apprendrait jamais à lire ou à écrire et qu’il acquérrait jamais les savoir-faire que les autres enfants apprennent.

Corey a entendu tout ce qui se disait sur son manque de potentiel et il a décidé de changer la situation.

A l’école, un des ami de Corey s’est fait tué par un coup de fusil. Quand cela est arrivé, je suis passée à la télévision et je disais que Corey ne retournerait jamais dans cette école. Mais plus tard Corey m’a dit qu’il ne laisserait pas cet événement nuire à son éducation.

Le maître de Corey était Mme Thompson. Elle était du coté de Corey et elle lui a permis d’être accepté dans un programme d’éducation speciale à l’école Sophie B. Wright.

Maintenant les choses sont différentes. Corey a de tres bonnes notes. En mai de cette année, il a reçu la bourse Patrick Taylor et il est le seul jeune à la recevoir dans tout le quartier. Cette bourse lui donne une entrée gratuite pour le zoo et l’aquarium ainsi que d’autres bénéfices. Et aussi, Corey est devenu plus mature et il est vraiment motivé pour apprendre.

Je suis vraiment fière de Corey !

Pour le 17 octobre 2002, autour de la mosaïque intitulé " Qu’est-ce qui rend les enfants heureux ? "

" Cela rend les gens heureux de pouvoir aller à l’école, d’avoir une éducation et donc quand ils seront grands, ils pourront faire des choses qu’ils veulent. Je vous être un pédiatre, parce que je pourrais aider les gens et les rendre heureux. Je pourrais parler aux gens quand ils ne se sentiront pas bien et je pourrais faire des choses pour qu’ils se sentent mieux. Je veux aider les enfants malades. Je veux être quelqu’un avec qui les enfants pourront toujours venir parler. Je veux rendre les enfants heureux. " Michelle Collins

" Les bibliothèques de rue me rendre heureuse parce que les enfants essaient d’apprendre. " Charmaine Russell 

 

New York

Là où des hommes et des femmes sont condamnés à vivre dans la misère

Il y a dix ans, les Nations Unies proclamaient le 17 octobre : Journée mondiale du refus de la misère.

Et depuis, qu’est-ce qui a changé ?

Peut-être pourrions-nous faire une liste des choses qui ont changé dans le monde, des programmes qui ont été créé ou des personnes qui ont travaillé ensemble d’une façon nouvelle.

Mais pour une famille qui doit dormir dans un cimetière, qu’est-ce qui a changé ?

Je ne dis pas qu’il y a un grand projet qui dit « Nous pouvons aider cette personne à sortir de la pauvreté mais cette autre personne va devoir simplement rester pauvre. »

Mais comment pouvons-nous être certain que nous ne laissons personne derrière ?

Nous voulons atteindre les personnes qui sont à l’autre bout du monde et nous voulons atteindre nos voisins.

Lorsque vous vivez dans la pauvreté, parfois les crises qui surviennent vous rendent le vie tellement difficile que même parler à l’autre devient un défi. Vous perdez  le lien avec des personnes près de vous et vous ne savez même plus quand  elles ont besoin le plus d’aide

En Amérique du Sud, il y a une jeune mère qui s’appelle Dorita.

Elle a six enfants de moins de 8 ans et ils vivent dans une cabane avec un toit en canvas.

D’autres personnes ont aidé Dorita a gagné sa vie en faisant des beignets et en les vendant dans la rue.

Mais malgré toutes les difficultés de vie de Dorita, elle trouve la force d’aider les autres quand elle voit qu’ils ont plus de difficultés qu’elle.

Elle a invité une mère malade et son enfant à habiter sa cabane.

Maintenant elle partage tout ce qu’elle a même si cela vaut dire qu’il y a moins de nourriture pour elle et ses enfants.

Lorsque nous avons entendu cette histoire ici à New York, nous pouvions imaginer combien difficile cela a pu être pour Dorita et ses enfants même si elle ne s’en plaignait pas.

Plusieurs d’entre nous ont traversé des moments comme celui-là.

Nous avons eu besoin d’aide et nous avons aussi offert de l’aide à d’autres et partager tout ce que nous avions avec eux.

Quelques fois ça ne marche pas.

Quelques fois c’est tout simplement trop difficile, parce que les gens sont différents,

Parce que les gens doivent jongler avec plusieurs défis à la fois.

Mais ça peut marcher !

Chaque personne peut trouver une façon de soutenir quelqu’un d’autre et d’offrir sa gentillesse.

Plutôt, je demandais : « Comment pouvons-nous être certain de ne pas laisser quelqu’un derrière ? »

Peut-être que Dorita nous donne une partie de la réponse.

La pauvreté blesse tellement de personnes qu’aucun de nous sait comment atteindre tout le monde.

Mais les personnes qui vivent la pauvreté n’ont pas seulement besoin de soutien.

Elles ont aussi besoin d’être capable d’aider les autres.

Chaque personne doit être vu sous plusieurs angles.

Etre pauvre ne limite pas ton humanité.

Nous avons besoin de l’aide de chacun face à ce défi de ne pas laisser personne derrière.

Nous avons besoin de toutes les personnes comme Dorita qui essaie d’en rejoindre d’autre et ce peu importe combien difficile c’est.

 

 

Bordeaux

RESISTER aujourd'hui et demain pour témoigner de la DIGNITE des plus pauvres, dans un esprit d' HUMANITE…..

Rêver d'absolu
Epauler l'autre
Soutenir du regard Donner du sens
Inciter à avancer Inverser le cours des choses
Savourer l'instant Grandir pour soi à travers l'autre Homme debout
Transmettre l'essentiel Nourrir son âme Utopie réelle
Entourer Inventer demain Main tendue
Renverser les habitudes Trouver le chemin Amitié gratuite
Espérer Nuit étoilée
Indifférence bannie
Total respect
Envie d'être

Bertrand GAUFRYAU, Bordeaux, 17 octobre 2002

 

Luxembourg

Témoignage de familles vivant la pauvreté du Luxembourg lors de l’Université Populaire :

Les enfants ont besoin de leurs parents, même si ceux-ci sont séparés. Et même si les enfants sont séparés de leurs parents, ils ont besoin d'eux. Un homme a dit: " Je travaille pour mes enfants. Si je rentrais et les enfants n'étaient plus là, alors ma vie n'aurait plus de sens. J'étais longtemps au foyer, et j'avais tout ce dont j'avais besoin. Et pourtant au plus profond de moi-même il y avait ce grand désir de vivre dans ma famille. "

En tant que parents nous avons une grande responsabilité. Nous nous posons souvent beaucoup de questions et nous ne savons pas toujours ce dont nos enfants ont besoin. Nous souhaitons échanger avec des experts

Professionnels pour avoir des conseils. Mais nous avons trop peur que nos enfants soient placés.

Pour vivre ensemble en famille, nous avons besoin d'un logement décent, d'un revenu, d'un métier et de reconnaissance. En tant que parents, nous voulons aussi partager nos expériences avec d'autres, être compris et apprendre quelque chose.. Ainsi nos enfants auront un avenir meilleur que nous en avons eu.

 

Rennes

Message des familles du Quart Monde à Rennes - 17 octobre 2002

On parle tout le temps de la misère partout dans le monde.
Mais il faudrait avoir le courage
De voir toute la misère qu’il y a chez nous.

Il faut y passer par la misère pour savoir ce que c’est.
Nous ne souhaitons à personne
De passer par là où nous sommes passés.

Pour lutter contre la misère il y a des lois contre l’exclusion,
Il faut qu’elles soient appliquées pour tous de la même façon.
Il faut savoir faire reconnaître nos droits qui sont ceux de la
personne :

Droit au logement avec eau, électricité.
Droit au travail.
Droit à une vie de famille décente.
En tant que citoyen,
Tous et chacun doivent se soutenir
Pour le respect de tout ces droits.

Par le 17 octobre, il faut ouvrir les yeux aux politiciens,
Faire avancer la loi.
Notre gouvernement devrait être le premier à donner l’exemple,
S’il nous donne une main,
Alors qu’il ne reprenne pas tout de l’autre.

Pour lutter contre la misère il faut se battre pour ses enfants.
La famille c’est ce qu’il y a de plus fort,
Ce qui nous retient quand tout va mal.
C’est là qu’on se sent le plus écouté et le plus aimé.
Les familles qui sont dans la misère
Font plein de choses pour s’en sortir
Mais personne ne le voit :

Pour chercher du travail,
Pour aider les enfants, se loger, s’habiller, se nourrir.
Pour lutter contre la misère il faut se rassembler
Pour montrer ce qu’on sait faire,
Pour montrer ce combat qui est celui de tout le monde,

C’est ensemble que nous avons à lutter
Contre toutes ces injustices et ces humiliations.
Il y a les amis, les associations, le mouvement ATD Quart Monde.
Ce sont les pauvres qui ont construit ce mouvement.

Il faut que les gens aillent rencontrer ceux qui sont dans la misère,
Et qu’ils cherchent à comprendre ce qu’il font pour s’en sortir.
Le vrai soutien, c’est l’amitié, le dialogue et la reconnaissance.

Des personnes ayant vécu à la rue sont très attentives à d’autres,
Elles s’arrêtent pour leur parler, elles leur indiquent qui elles
Peuvent rencontrer pour ne pas rester seules. Il faut savoir se
Dépanner entre voisins, aider à faire un courrier si c’est
Nécessaire. D’autres parlent à des personnes en difficulté au
Travail.

Pour lutter contre la misère il faut garder sa dignité.
Le plus dur, c’est la façon dont les autres nous perçoivent.
On se la garde notre misère parce que nous avons notre fierté.

Les plus pauvres résistent sans qu’on le sache.
Quand on parle de la pauvreté, il faut que nous gardions la tête
Haute. Il faut être fier de ce qu’on vit.

Qu’on soit riche ou pauvre nous sommes tous des êtres humains
Et il faut beaucoup de courage pour vivre dans la rue.
Pour lutter contre la pauvreté il faut faire cesser les humiliations.
Des gens vont chercher de la nourriture dans les containers, sont
Au chômage. Souvent nous sommes jugés à cause de nos habits qui
Ne sont pas comme il faut, à cause de notre façon de parler qui
N’est pas celle de ceux qui ont davantage de moyens, à cause de là
Où nous habitons.
Ce qui serait bien, ce serait redonner la confiance, le respect.

Ce que nous aimons dans cette journée
C’est entendre les témoignages des gens.
Ceux qui entendent les témoignages du 17 octobre
Savent qu’il faut faire silence.

Là ils savent reconnaître le courage des gens ;
c’est un jour où des liens d’amitié naissent ou se renforcent.
Plus on sera nombreux, plus on y arrivera.
Tout ceux qui sont morts de misère, il faut leur rendre hommage,
On n’a pas le droit d’oublier.

La dalle représente l’humanité des personnes.
Ce que nous voulons, c’est la paix et notre dignité.
Nous vous invitons à observer un temps de silence
Pour toutes les personnes à travers le monde
Qui sont dans la douleur.

Ecrit repris à partir des expressions des familles, par Nicole Laurent Catrice, écrivain. 

 

" Que représente pour nous la journée du 17 octobre ?

C’est la journée où l’on peut mettre en plein jour, par des documents, des photos, s’exprimer de vive voix, que la misère est bien ancrée sous toutes ses formes, et cela, malgré la lutte d’ATD Quart Monde et de beaucoup d’associations, pour alerter les pouvoirs publics.

Car la misère n’est pas une fatalité, on l’a héritée de nos parents à qui on n’a pas donné les moyens nécessaires pour y faire face, ou alors, la situation était d’enlever les enfants.

Il faut oser dire en cette journée que la misère est la " Mère " de la délinquance, et donc de l’exclusion. Demandez à ces jeunes qui vivent dans cette situation, livrés à eux-mêmes, si leurs parents sont dans la misère ; 90% vous répondront par l’affirmative. C’est un héritage qui vous suit tout le temps, c’est dur à gérer, surtout moralement.

Elle est notre seule arme, et on doit s’en servir pour témoigner le 17 octobre de ce que nous avons vécu, apporter des témoignages concrets, des fois difficiles à dire, mais c’est le seul moyen de se faire entendre pour que nos enfants ne subissent pas les injures, les moqueries parce que leurs parents habitent dans des baraquements.

Il faut appeler à la fraternité, l’amour, le respect, pour que les gens, après avoir écouté, prennent conscience, en rentrant chez eux le soir de ce 17 octobre, qu’il faut s’unir pour combattre ce fléau que sont la misère et l’exclusion, car on a tous dans le cœur quelque chose à donner. "

Marcel Le Hir, Rennes

" On ne peut pas rester indifférent devant la misère. Ce n’est pas possible, surtout quand on l’a vécue soi-même. (…) On ne peut pas lutter tout seul contre la misère, mais on peut soutenir les autres, apporter une contribution. Il ne faut pas laisser souffrir les gens, quand on peut faire quelque chose, il faut le faire. Il faut croire dans les gens, ne pas dire que c’est impossible. Il ne faut pas rester dans le pessimisme.

Quand on est dans la misère, la famille c’est très important, mais on a besoin d’une ouverture extérieure, des amis qui réfléchissent avec nous. Cette journée du 17 octobre, c’est pour montrer aux gens qu’on ne baisse pas les bras. Si les gens passaient par où on passe, ils comprendraient.

- (…) Une journée comme le 17 octobre, c’est important, mais la question c’est qu’est-ce qu’il en sera le lendemain ? Je ne dis pas, quelques-uns vont peut-être s’engager, faire quelque chose. Mais la plupart des gens, la misère ils ne la connaissent pas. Un Maire, un Député, on attend beaucoup d’eux, et en même temps ils ne peuvent pas tout faire, il faut que tout le monde s’y mette. (…) "

Cécile et Jean-Paul Danguy, Rennes-Maurepas

 

Colmar

Il y a 17 ans, suite à mon divorce je me suis retrouvée dans un foyer. Là, la directrice m'a imposé tel avocat et le lieu où je devais habiter : c.à dire Colmar.: " comme ton avocat est de Colmar, c'est mieux que tu restes à Colmar m'a t-elle dit." Moi-même j'aurais préféré retourner chez ma mère, qui n'habitait pas à Colmar.

Je me suis donc retrouvée dans un immeuble de H.L.M. en janvier 1987. En septembre 1986 mon ainée avait 13 ans et mes jumeaux 8 ans; mes jumeaux ont commencé à fréquenter l'école la plus proche du foyer et ils s'y plaisaient bien. Ils auraient préféré rester dans cette école pour finir l'année scolaire. J'étais du même avis. Je voyais tout à fait réalisable de le faire car il y avait des bus, mais personne ne m'a écouté. Pourtant c'est nos enfants et nous avons un mot à dire !

Mes enfants ont dû changer d' école pour aller dans l'école du quartier. Ils avaient du mal à trouver leur place et les années suivantes c'est rester comme ça. Mes enfants ont payé très cher cette situation, que j'ai regretté très fort et encore maintenant mes enfants en sont marqués.

J'habite donc depuis ce temps toujours dans l'appartement des H.L.M.

L'immeuble compte 11 étages et souvent un ascenseur est en panne. Dernièrement l'ascenseur impair était en panne. Trois semaines passent, l'ascenseur n'est toujours pas réparé. Le samedi le deuxième ascenseur bloque. Comme le numéro du téléphone des réparateurs est annoncé dans le hall je suis allée à une cabine téléphonique pour les appeler et ils sont venus le jour même pour le réparer. Mais l'autre ascenseur est resté en panne encore une bonne semaine. C'est une situation qui arrive souvent dans notre immeuble et c'est vraiment rare si l'ascenseur est réparé tout de suite.

Notre porte d'entrée est restée ouverte pendant 3 mois. On ne pouvait plus la fermer. N'importe qui pouvait squatter dans notre immeuble. Effectivement c'est ce qui s'est passé chez nous. On a peur. On se sent plus en sécurité. En plus la lumière du pallier était aussi cassée. Et là, à nouveau il a fallu attendre plusieurs mois pour que ce soit réparé.

Beaucoup de gens rallent.

Moi-même j'avais mes toilettes en panne. Les offices H.L.M. sont venus les réparé et ils m'ont dit qu'ils revenaient pour les remplacer par des neufs. Trois semaines plus tard l'eau commence à nouveau à couler. J'ai pensé que quelqu'un de l'office de H.L.M. passerait bientôt pour le remplacer et donc je ne l'ai plus signalé. Au moins 7 mois plus tard, ils sont toujours pas passé. Finalement j'ai pris tout mon courage pour aller à l'H.M.L. J'ai pu bien m'expliqué et le lendemain les toilettes ont été changé.

Ce qui arrive dans notre immeuble arrive dans d'autres immeubles. Nous connaissons une maman avec 4 petits en bas âge qui est resté deux ans sans eau chaude. Elle voulait changer d'immeuble mais comme elle est logée elle n'est pas prioritaire et elle doit attendre.

Les espaces autour de nos immeubles sont pas bien fait : peu de bancs pour s'asseoir et l'espace jeu pour les enfants n'est pas clôturer. Je trouve que c'est dangereux pour les enfants. Je désire faire passer une pétition dans notre immeuble pour que les lieux d'enfants soient plus respectés.

Il me faut du courage pour faire passer une pétition ou pour aller voir les H.L.M. ou d'autres instances,.. Ce n'est pas du tout évident pour moi de le faire.. Je pense que je ne fais pas assez bien. Maintenant j'ose le faire et je propose aux autres d'aller les accompagner aux bureaux. Ensemble on est plus fort.

Ca fait quelques années que j'ai changé, que j'ose plus. Longtemps j'ai eu l'impression que tout m'était imposé., que je n'étais pas respectée, que je n'étais pas reconnue en tant que personne entière.. J'ai eu l'impression que ce que je pensais ne comptait pas. 

C'est avec mon vécu de ne pas être respecté, d'être humilié, de savoir que ce que je pense ne compte pas, qu'il me faut beaucoup de courage pour m'exprimer, comme tous les gens qui vivent dans la grande pauvreté.

 

Sélestat

Témoignage à partir de l'Alsace pour le 17/octobre/2002 : Journée Mondiale du refus de la misère 

Nous habitons en HLM à Sélestat. Nous avons 3 enfants. 

Nous parents, nous ne savons ni lire ni écrire. "A l'école je n'ai jamais appris. Ils nous ont mis à part."(parole du père) Nous sommes pas allés longtemps à l'école. Moi, le père, jusqu'à 12 ans et ma femme jusqu'à 14 ans. Nous aimerions que nos enfants aient une meilleure vie que nous.

C'est pour ça que nous voulons que nos enfants apprennent à lire et à écrire à l'école.

Quand nous avons voulus mettre notre fille aînée à l'école elle n'a pas été acceptée. Nous vivons à ce moment-là dans une caravane et la mairie nous disait que nous ne pouvions pas mettre notre fille à l'école parce que nous n'avions pas un logement stable.

Quand nous ont déménagé dans un appartement notre fille avait déjà 6 ans et nous l'avons inscrite à l'école. Elle n'est pas allée à l'école maternelle et nous étions contents qu'elle ait pu aller au soutien scolaire.

Nous nous rappelons encore de cette journée. Nous avions peur qu'elle ne revienne plus chez nous et nous avons pleuré.

Au début nous n'osions pas aller à des réunions à l'école. Avec les années qui passent nous osons plus. Notre deuxième enfant va aussi depuis plusieurs années à l'école. Quand nous voulons demander quelque chose nous nous adressons à la maîtresse. Nos enfants suivent et se plaisent bien à l'école.

Encore récemment à la mairie, ils nous ont refusé la carte d'identité. Ils me demandaient une preuve que je suis française, pourtant je suis née en France. J'étais choquée ! (parole de la maman). J'ai encore le carnet forain et ils m'ont dit à la mairie que je n'ai plus le droit si j'habite en HLM... 

Actuellement moi le père, je fais un stage(en lien avec l 'ANPE) formation dans les espaces verts et cela pour 2 jours par semaine. Pourtant j'aimerais avoir un vrai métier et être embauché dans la durée.

 

New York

Témoignage de New York - 17 octobre 2002

Là où des hommes et des femmes sont condamnés à vivre dans la misère

Il y a dix ans, les Nations Unies proclamaient le 17 octobre "  Journée mondiale du refus de la misère ".

Et depuis, qu’est-ce qui a changé ?

Peut-être pourrions-nous faire une liste des choses qui ont changé dans le monde, des programmes qui ont été créés ou des personnes qui ont travaillé ensemble d’une façon nouvelle.

Mais pour une famille qui doit dormir dans un cimetière, qu’est-ce qui a changé ?

Je ne dis pas qu’il faut créer un grand projet disant " Nous pouvons aider cette personne à sortir de la pauvreté mais cette autre personne va devoir simplement rester pauvre. "

Mais comment pouvons-nous être certains que nous ne laissons personne de coté ?

Nous voulons atteindre les personnes qui sont à l’autre bout du monde et nous voulons atteindre nos voisins.
Lorsque vous vivez dans la pauvreté, parfois les crises qui surviennent vous rendent le vie tellement difficile que même parler à l’autre devient un défi. Vous perdez le lien avec des personnes près de vous et vous ne savez même plus quand elles ont le plus besoin d’aide.

En Amérique du Sud, il y a une jeune mère qui s’appelle Dorita.
Elle a six enfants de moins de 8 ans et ils vivent dans une cabane avec un toit en canevas.
D’autres personnes ont aidé Dorita à gagner sa vie en faisant des beignets et en les vendant dans la rue.
Mais malgré toutes les difficultés de vie de Dorita, elle trouve la force d’aider les autres quand elle voit qu’ils ont plus de difficultés qu’elle.
Elle a invité une mère malade et son enfant à habiter dans sa cabane.
Maintenant elle partage tout ce qu’elle a, même si cela veut dire qu’il y a moins de nourriture pour elle et ses enfants.

Lorsque nous avons entendu cette histoire ici à New York, nous pouvions imaginer à quel point cela a pu être difficile pour Dorita et ses enfants même si elle ne s’en plaignait pas.
Plusieurs d’entre nous ont traversé des moments comme celui-là.
Nous avons eu besoin d’aide et nous avons aussi offert de l’aide à d’autres et partagé tout ce que nous avions avec eux.

Quelques fois ça ne marche pas.
Quelques fois c’est tout simplement trop difficile, parce que les gens sont différents,
Parce que les gens doivent jongler avec plusieurs défis à la fois.

Mais ça peut marcher !
Chaque personne peut trouver une façon de soutenir quelqu’un d’autre et d’offrir sa gentillesse.
Plus tôt, je demandais : " Comment pouvons-nous être certain de ne pas laisser quelqu’un derrière ? "
Peut-être que Dorita nous donne une partie de la réponse.

La pauvreté blesse tellement de personnes qu’aucun de nous ne sait comment atteindre tout le monde.
Mais les personnes qui vivent la pauvreté n’ont pas seulement besoin de soutien.
Elles ont aussi besoin d’être capables d’aider les autres.
Chaque personne doit être vu sous plusieurs angles.

Etre pauvre ne limite pas ton humanité.

Nous avons besoin de l’aide de chacun face à ce défi de ne laisser personne derrière.
Nous avons besoin de toutes les personnes comme Dorita qui essaient d’en rejoindre d’autres et ce peu importe à quel point c’est difficile.

 

Marseille

Marseille - Accueil de jour Marceau - 17 Octobre 2002

Tout le monde a droit à la même égalité mais nous avons l’impression de ne pas être respectés comme des êtres humains. Nous ne comptons pour personne dans la société.

Il faut lutter chaque jour et il faut bien avoir la force et le courage, on n’a pas le choix. On dort dans des centres d’hébergement d'urgence et le matin on nous lâche comme des bestiaux. Qu’est-ce qu’on peut faire après toute la journée dehors ? On fait la manche pour arriver à survivre et certains dorment même dehors parce qu'ils ne trouvent pas de lieux pour dormir dans Marseille.

Avoir un toit, avoir un logement est un droit pour TOUS. On dépense beaucoup d'argent pour l'armement et pas assez pour le social, pour construire des logements en particulier. HLM veut dire "Habitat à Loyer Modéré", mais quand on a le RMI, on ne peut pas avoir de logement en HLM, alors ces logements sont pour qui ?

Il ne faut jamais baisser les bras, il faut y croire, il y a toujours une étoile qui va sortir.

Nous sommes contre le système de l'assistanat. Nous aimerions pouvoir travailler, le droit au travail est un droit. Les pouvoirs publics ont les moyens, des choses peuvent changer, mais il faut faire les bons choix. La misère est partout dans le monde. Mais les responsables politiques doivent savoir que la misère existe encore en France et ici à Marseille. On peut faire installer des pompes à eau dans des pays pauvres, mais il y a aussi des gens qui n'ont pas d'eau chez eux, ici à Marseille.

C'est une honte, dans le 2ème ville de France, pour nous c'est la galère pour manger à midi, simplement pour trouver où aller manger !

Tout le monde a droit à la même égalité. Il ne faut jamais baisser les bras.
Avec vous, nous voulons que ça change. 

 

17 Octobre 2002 - ATD Quart Monde  - Marseille

Engager un combat pour le respect des droits fondamentaux de tous, fondé sur le respect de l’égale dignité de tous les êtres humains. C’est ce que demande l’article premier de la loi d’orientation contre les exclusions.

Depuis le vote de la loi contre les exclusions, des choses ont changé, mais cela ne suffit pas. Il y a par exemple l’insécurité du travail. Certains ont un travail, d’autres ne vivent que de petits boulots comme par exemple faire quelques heures de ménage dans des entreprises dispersées à travers la ville. 

On passe beaucoup plus de temps sur les routes que pour le travail.
Beaucoup vivent encore dans la rue. 

 Nous vivons toujours dans l’inquiétude d’une expulsion, dans la peur  de la venue de l’employé de l’EDF ; ou quand on a tout payé, on se serre la ceinture  pour pouvoir joindre les deux bouts. Nous sommes dans l’incertitude du lendemain.

 Nous avons espoir que notre vie va changer, que nos enfants ne souffriront plus les mêmes souffrances que nous, mais c’est dur.

J’ai vu ma grand mère souffrir pour m’élever.
Ma fille est aujourd’hui dans la même situation que moi.
Nous avons honte du regard des autres.
Nous refusons cette situation. 

«  Moi ce que je veux, c’est de vivre comme tout citoyen ». Mais comment vivre comme tout citoyen quand nous n’avons pas l’essentiel : le travail, la santé, le logement, des revenus suffisants ? Nous sommes inquiets aussi pour l'avenir de nos enfants.

Nous voulons être comme tout le monde, faire des projets, avoir des rêves, mais les soucis quotidiens ne nous lâchent pas. 

Nous nous battons chaque jour pour avoir les mêmes droits que tous, et nous voulons que d’autres s’engagent avec nous, mais pas seulement pour cette journée,  car nous avons besoin de tous pour lutter contre la misère.

 

Marseille, France - 17 octobre 2002 - Emmaüs

" Refuser la misère "

Quand on définit la misère, on parle souvent de l’aspect physique, économique, social ..quand on n’a rien dans le ventre, c’est pas facile…mais çà c’est l’aspect " financier "

Pour moi, la misère est avant tout et surtout morale, la misère c’est la solitude, c’est n’avoir personne à qui parler, personne qui vous écoute, c’est se sentir seul.

Quand je me suis retrouvé à la rue, j’ai eu l’impression qu’il existait deux mondes qui fonctionnaient en parallèle avec leur lois, avec leurs règles propres : le monde de la misère, et l’autre.

C’est à partir du moment où on se sent rejeté qu’on se sent misérable.

C’est là où il faut être dort.

Mais être fort quand on est seul, c’est pas facile.

C’est sur ce point qu’il faut insister : pour sortir quelqu’un de la misère, il faut le sortir de son isolement, l’intégrer à un groupe, qu’il ait des personnes à qui parler. Cela permet d’ordonner ses idées dans sa tête, et ça aide à prendre des décisions.

La solution que j’ai trouvé pour lutter contre la solitude, c’est la vie en communauté, c’est partager un quotidien avec les autres, travailler ensemble, aller ensemble vers un même but, même si ce n’est pas toujours facile.

Travailler ensemble, vivre ensemble, c’est important. L’homme n’est pas un " animal " solitaire. On a besoin des autres. Tant qu’on n’a pas compris ça, on ne peut pas avancer d’un point de vue personnel.

Tant que les autres – ceux de l’autre monde - n’auront pas compris çà, il y aura une société à deux vitesses.

Pour moi, être compagnon, c’est se mettre au service de ceux qui ont peu de moyens mais qui ont droit à la dignité.

C’est travailler utile, ça permet de soutenir des compagnons qui sont en voie de reconstruction.

C’est travailler utile dans le sens où on lutte contre le gaspillage dans une société où c’est devenu une règle.

C’est travailler utile pour moi car ça me permet de me reconstruire, de retrouver des valeurs que j’avais perdu, une certaine stabilité, indispensable pour pouvoir construire quelque chose, pour aller plus loin.

C’est ensemble qu’on construira quelque chose qui durera, quelque chose de juste car chacun y aura mis du sien, y aura mis un peu de lui-même, le meilleur de lui-même.

 

Marseille, France - CHRS Armée du Salut

Dans le cadre de la participation la journée du 17 octobre 2002

 

A l’occasion de la commémoration de la journée mondiale du " Refus de la misère ", nous, demandeurs d’asile venons en cette circonstance témoigner pour combattre cette misère qui nous oppresse.

Nous, les étrangers, nous sommes des êtres humains, qui avons dû tout quitter, famille, amis, travail, pays, toujours dans des conditions douloureuses, mais avec la volonté de reconstruire notre avenir dans la dignité, la sécurité et l’espoir.

Nous subissons chaque jour des conditions misérables de pauvreté et de précarité, ce qui est la voie qui mène à la dépression de l’individu.

La misère, c’est l’état d’extrême pauvreté, aggravé par le sentiment d’être totalement abandonné par la société, par les hommes : cette misère nous la crions.

Oui, nous crions dans des conditions malheureuses et pitoyables, loin de nos parents et nos enfants laissés au pays.

Nous vivons dans une angoisse perpétuelle et nous sentons en nous – comme une zone de vie sans âme; oui nous nous sentons diminués physiquement et moralement.

Certes, la France, pays d’asile et de reconnaissance des droits de l’Homme et du Citoyen, sait se montrer généreuse et accueillante, surtout avec l’aide de ses associations caritatives et de ses organismes humanitaires, nous demandeurs d’asile, avons pu être pris en charge et secouru, au moins provisoirement jusqu’à présent.

Mais cette prise en charge, bien qu’elle assure nos besoins élémentaires (manger, dormir) et notre protection, ne nous permet pas de vivre dans la dignité puisque nous ne pouvons pas travailler et vivre avec, ne serait-ce qu’un minimum : ça aussi c’est la misère :

Que ce soit pour AHMED, célibataire, 22 ans qui a fait des études de soudeur ; KACI, célibataire, 28 ans, informaticien ; SAID, 48 ans, marié, 7 enfants, soudeur ; OMAR, 31 ans, marié, 3 enfants, maçon ; HOCINE, 42 ans, marié, 6 enfants, maçon ; et moi-même, marié, 4 enfants, enseignant. Tous sans ressources et en application de la loi en vigueur, concernant les demandeurs d’asile, il nous est interdit de travailler, malgré notre désir et nos compétences. Et aucun employeur ne peut recruter un demandeur d’asile.

Alors, pour ne pas perdre complètement la raison, et avoir quelques sous à envoyer à notre famille, ou offrir un café, certains utilisent ce que l’on appelle " une économie parallèle ".

Vendre au marché aux puces de Bougainville du " chiffon ", qui rapporte entre 10 et 20 euros par semaines et qu’ils envoient à leur famille ; mais la plupart, comme moi ne peuvent rien faire. C’est ainsi que les poches vides, la tête pleine d’ennui, d’angoisse, et de mauvais sang, le visage meurtri, les yeux vidés, le corps épuisé, nous vivons la misère pure et simple.

Lorsque nous nous retrouvons, nos discussions ne portent que sur l’attente des papiers c’est-à-dire la décision de la Préfecture.

C’est à elle qu’est suspendu notre sort :

Sur les exemples que j’ai utilisé pour expliquer notre misère, et après des périodes d’attente très longues (18 mois, 2 ans) voici ce qu’il en est aujourd’hui : 

3 ont dû quitter le territoire français dans le mois qui a suivi la décision

4 ont sombré dans la dépression physique et morale dont 2 dans une situation critique

2 se sont mis à consommer de l’alcool pour oublier leur malheur : ils ont perdu espoir et ne pense même pas au retour au pays possible

3 ont pu conserver leur moral et espèrent toujours obtenir leur carte de réfugié qui leur permettra de revivre et d’être moins misérable.

Nous vivons tous dans une angoisse insupportable et nous n’arrivons pas à nous en séparer, elle accompagne nos pas de chaque jour, notre sommeil, nos pensées et même nos conversations. Si nous n’y prenons garde elle nous détruit peu à peu.

Témoigner de notre quotidien, c’est aussi le refuser pour construire ensemble des conditions de vie plus dignes et plus décentes.

Fait à Marseille, le 13 10 2002

 

Belgique

Témoignage de Marc Couillard le 17 octobre 2002
volontaire ATD Quart Monde et chauffeur de bus
à Bruxelles

 

Mardi dernier, sur le bus, j’ai rencontré Roland, un des ‘anciens’ du groupe des sans-abris qui se rassemblent tous les 15 jours à la gare centrale de Bruxelles. Après avoir vécu longtemps à la rue, Roland a fait –il y a une bonne dizaine d’années- connaissance d’une femme qui faisait le ménage dans un hôpital, et ils se sont mariés. Depuis, ils habitent dans un appartement et ont eu deux garçons. Au fil des années, ils sont restés en contact avec leurs amis du groupe de la gare centrale, en participant à la fête de Noël de chaque année,…

Mardi, en montant dans mon bus, Roland m’a partagé d’abord sa joie que la famille vient de s’agrandir avec une fille. Il en est très fier. Il me demande des nouvelles du Mouvement.
A un certain moment, 2 enfants d’une 12-aine d’années montent dans le bus. Assez vite, un d’eux s’attaque à Roland, l’insultant de clochard, exprimant son dédain pour les sans-logis qui ne feraient que mendier et profiter des autres. Derrière le volant du bus, je ne peux pas beaucoup me mêler de la conversation : je demande seulement que tout le monde reste calme. Roland, lui, devant les insultes, entame un dialogue, demandant aux enfants leur âge et, tout en admettant qu’il a été bien longtemps à la rue, il explique qu’il a des garçons de leur age et que ses enfants sont tout pour lui. Il souligne combien il est important de se parler jeunes et adultes.

Malgré les efforts de Roland, un des deux jeunes continue à lui lancer des gros mots, même quand l’autre lui dit : " Ne l’insulte pas ! Tu ne sais pas comment tu seras dans 10 ans. " A un moment, juste avant que les jeunes descendent du bus, je vois Roland devenir tout rouge et perdre ses moyens. Lui aussi descend du bus et je n’ai plus l’occasion de lui parler encore de ce qui vient de se passer.

J’étais témoin, une fois de plus, de comment la vie peut te courir après quand tu as vécu dans la grande pauvreté. Mais aussi et surtout je veux transmettre à quel point Roland, malgré le regard si lourd jeté sur lui et les siens, a pu résister, a cherché et entamé un dialogue, jusqu’au bout, jusqu’à en craquer lui-même.

Je voudrais, lors de cette journée mondiale du refus de la misère, que tout le monde connaisse et prenne en compte cette volonté des plus démunis de tisser des liens de respect et de dignité avec tous ceux qu’ils rencontrent.

Marc Couillard 

Rouen

Rassemblés ce soir à l'occasion du 17 Octobre, les membres du groupes local de Rouen ont évoqué bon nombre de situations rencontrées dans les quartiers et ont ressorti les réflexions suivantes: 

Que chacun soit porteur d'un projet d'avenir et d'espérance
Etre à l'écoute, ne pas rester tout seul
"Les affaires données ça me n'intéresse pas, je veux qu'on m'écoute."  Lucienne
Connaître ses droits pour se défendre.
Observer ceux qui nous entourent et oser réagir lorsqu'il y a un problème, oser aller à la rencontre de l'autre. 
S'informer et informer.
S'unir, se soutenir, pour trouver le moyen d'action le plus approprié.
Se regrouper en collectif pour réagir à des propositions de lois qui atteignent à la dignité.

 

Sénégal

Clément Edouard Ndione - Thiès, Sénégal

Message pour la journée du refus de la misère :

Il est vraiment nécessaire de prendre le temps de réfléchir sur ce que vivent les plus démunis (les pauvres). Chaque fois que tu manges bien, tu bois, tu dors sur un lit, il y a des milliers de gens qui ont besoin de tout ce que tu as à ta portée, que ce soit nourriture, eau, lit ou même assistance. Est-ce que tu fais quelque chose pour les gens qui ont besoin de ton aide ? Peut être tu te diras que je n’ai rien, je ne possède rien. Personne dans ce bas monde ne se contente de ce qu’il a, chaque fois on veut avoir plus, c’est ce qui pousse les plus riches à vouloir chaque fois tromper ou prendre les biens des autres. Dieu est  le seul maître, il nous a créés par amour. Est-ce que cet amour, nous le témoignons dans nos familles, dans notre Sénégal d’aujourd’hui ? Que faisons-nous de cet amour que Dieu nous a donné ? La misère doit quitter ce monde, oui, ce sera très difficile, mais si chacun dans son quartier, dans sa famille, se mobilise avec quelques uns par exemple adhérer dans les mouvements comme ATD Quart monde etc…

Je me rappelle un jour, je partais à Dakar, je suis rentré dans un car. Arrivé à un certain temps, je me suis rendu compte qu’il y avait un aveugle dans le car. Il commença à demander l’aumône dans le car. Certains donnaient et d’autres ne donnaient rien. Arrivé là où je devais descendre, le vieil homme a voulu lui aussi descendre. Il m’a dit : « Mon fils, je dois me rendre aux Parcelles Assainies, et je n’ai pas de billet, et aussi, je ne maîtrise pas le chemin ». Il y avait d’autres qui pouvaient bien l’aider parce que ces gens, j’étais sûr qu’ils allaient dans la même direction que le vieil aveugle, ils n’ont même pas bronché. J’étais obligé de laisser ma route, mes occupations, pour me consacrer au vieux. C’est pourquoi je dis que tant qu’il y aura refus d’aider, de soutien aux gens qui ont besoin de notre secours, de notre aide, la lutte pour le refus de la misère ne franchira pas le cap recherché depuis des années. Pour cette année-ci, le 17 octobre doit surtout nous pousser au message que nous a publié le Président de la République lors du naufrage du Joola : changer les comportements, prendre des responsabilités, bien faire son travail, mais aussi bien s’occuper des pauvres. Personne ne le fera à la place de l’homme, partageons alors avec ceux qui ont besoin de notre aide. Rappelons-nous de cette phrase chaque fois que nous vivrons : nous avons reçu gratuitement, donnons gratuitement. Qu’après cette journée, cet appel lancé soit notre credo, pour que la lutte que nous menons pour le refus de la misère dans le monde porte ses fruits.

A vous tous je souhaite bonne fête et excellente journée.

Clément Edouard Ndione

Anna SINA - Thiès, Dakar

A Thiès, hôpital Dalal-Xel, je suis allée voir les infirmiers et les malades. J’ai rencontré un malade que j’avais connu lorsque je travaillais comme volontaire, il s’appelle Abdoulaye Bâ. Il m’a raconté que quand il sortait de l’hôpital et qu’il revenait chez lui, on ne le considérait plus comme les autres membres de la famille, on le prenait toujours comme un malade mental, donc il n’avait plus sa place chez lui. Cela fait que quand les docteurs les soignent pour qu’ils puissent revenir à leur état normal, les parents les rendent plus malades faute de manque de considération. C’est pourquoi moi je déplore ce comportement, parce que un malade doit être assisté et non pas fui. L’affection en tant que telle vers son prochain doit régner sur tous parce qu’on est tous égaux. Si cela continue, les malades ne quitteront jamais les hôpitaux parce que tant qu’il n’y aura pas de considération, les malades ne seront pas guéris faute de ce manque d’affection. Moi, Anna, je suis contre ce comportement parce que c’est égal à la misère, si tu ne la partages pas, elle ne te quitte jamais. L’appel que je lance, c’est que j’aimerais qu’à chaque fois qu’on aura un malade mental chez nous après guérison, on le considère comme un membre à part entière de la famille pour que la misère puisse quitter le monde.

 

Taulignan – Drôme – France
Marie-Delphine Cuaz - Charli Gereec

Le monde est seul, il a besoin de toi "
La présence de chaque homme est nécessaire au monde,
chacun a son mot à dire.

Nous désirons parler des gens à la rue que nous connaissons.

Vivre à la rue, qu’est-ce que ça veut dire ?

C’est par exemple un homme qui a quitté son foyer, sa femme.

Il ne faut pas lui jeter la pierre. Parce que sans doute il a pris la bonne décision. Ca a été sans doute une décision instinctive. Parce qu’il n’avait pas de boulot, il ne faisait pas rentrer d’argent chez lui, son foyer vivait des allocations familiales et il sentait que ce n’était pas pour lui. Ils avaient trop de soucis d’argent. Donc il s’en est allé. Pour ne plus peser sur le foyer. Il y avait trop de honte. Il est parti pour ne plus exister. Il s’est mis entre parenthèse.

Et il a quelque chose à faire, à réaliser dans ces parenthèses. Il doit comprendre ce qui lui est arrivé, ce qu’il vit, et si on lui met des bâtons dans les roues, ça ne l’aidera pas.

Vivre à la rue c’est aussi ce jeune homme. Un jeune en errance. Il a connu le placement dans un foyer quand il était enfant. Il faut imaginer sa vie aujourd’hui : quand il rentre le soir, après sa journée passée à chercher des sous ou de quoi manger. Il rentre dans son squatt. C’est dégradé et sans lumière. Il n’a pas de télé, pas de musique. Il ne peut inviter personne. Il est tout seul. Ce qui l’aide à tenir, chaque jour, c’est aussi ce qui l’enfonce encore plus : la rapine ou l’alcool.

Pour tenir soit il boit pour ne pas trop sentir, soit il se raconte des histoires pour rêver, pour tenir la soirée.

La rue est un endroit pratique pour vivre. Quand on est jeune, faire la route; c’est on part et on ne peut plus revenir en famille. On commence à faire des choses qu’on sait infaisables dans sa propre famille : boire, fumer. Le retour devient impossible. Tu accumules des choses qui ne sont pas bonnes. Et tu n’arrives plus à t’en débarrasser.

Pourquoi on aboutit dans la rue, pourquoi on y demeure ?

" Quand tu as été déraciné, c’est à dire quand tu as connu les racines de ta famille et que tu les perds ; pour retrouver une place, pour se poser, c’est très difficile. C’est comme une pièce de puzzle perdue qui s’est gourée de boite pendant longtemps et quand elle retrouve sa place, elle est perdue. "

Par exemple, aller dans une agence immobilière c’est plus angoissant que d’aller se faire arracher une dent. On sait que ça va faire très mal. Et beaucoup de choses ne sont pas faites car on n’ose pas. On n’ose plus. On angoisse. Il y a la Honte et l’orgueil frustré.

Ce n’est pas la faute au chagrin d’amour si on tombe en loque mais c’est tout ce qu’on met autour : l’alcool ; mal s’habiller. La honte vient après. Et quand tu bois tu n’as plus honte. Boire permet de ne plus avoir honte.

Il faut expliquer aussi :

La plupart des gens à la rue, c’est une question de sensibilité. Ce sont des gens très sensibles qui n’ont pas supporté un évènement brutal de la vie. Comme le remarquait Alain : " regarde les mecs avec qui on picole. On a tous le cœur à fleur de peau, les acharnés du biberon c’est pour calmer le cœur ; alors on se bétonne " Et les gars se bétonnent en insultant les gens dans la rue, ils seront polis avec personne, c’est une côte de maille, une cuirasse et s’ils ne s’arment pas, ils en prennent plein la figure. C’est peut être comme une auto punition une auto censure, une auto exclusion pour mettre un rempart entre eux et les gens. 

On n’est pas mal à la rue à cause de la situation, à cause de la rue mais à cause des évènements qui ont fait aboutir à la rue. La cause directe du désespoir, c’est sa façon d’agir, ses actions, le regard qu’on porte sur soi-même les actes nuls qu’on a commis.

Conclusion : ensemble changeons notre regard

Nous voulons dire la difficulté pour les gens de recevoir une aide : Les gens ne se sentent pas libres. Et combien de personnes font demi tour devant les centres sociaux ? 

Nous constatons que rien n’est fait ou penser pour te permettre de vivre à la rue. Car on n’imagine pas cette vie là. On ne veut pas l’envisager comme possible. Certains ont choisi un comportement de vie en squatt ou en caravane, mais ils ne peuvent vivre en dignité. Les lieux d’accueil, les foyers ressemblent à des prisons ou des hôpitaux.

Nous voulons expliquer : parfois, d’autres personnes veulent décider pour les gens à la rue, veulent peut-être les aider.

Mais Monsieur G. dit : " J’ai du mal à capter, à comprendre le sens d’avoir un appartement. Je ne comprends pas. J’en n’avais pas d’appartement. Et je m’aperçois que l’utilité de la chose est équivoque : ça devient un fardeau un appartement. Tandis que le sac à dos tu le portes et tu pars. La maison te colle quelque part. Tu devient comme une bernique collée au rocher "

Aider les gens à la rue, c’est pas en les obligeant à sortir de la rue, mais d’abord en les aidant à y vivre dignement ; leur donner un statut qui les aide mais pas qui les enfonce.

Aider les gens à la rue : c’est considérer que leur présence, leur parole, sont particulièrement importantes.

La présence de chaque homme est nécessaire au monde,
chacun a son mot à dire … pour construire notre société.

Rome (Italie)

Roma, 17 ottobre 2002, Celebrazione della Giornata Mondiale del Rifiuto della Miseria,
Sagrato della Basilica di San Giovanni in Laterano.

 Messaggio dei delegati del Movimento ATD Quarto Mondo di Roma

 

Aujourd’hui, dans le monde entier, on parle de la société de l’information, de la communication. Des milliers de messages s’échangent chaque minute, comme les SMS sur les téléphones portables. Messages reçus, écoutés, effaçés, avec ou sans réponse. Face à ce phénomène, on pourrait penser que les hommes sont aujourd’hui plus proches les uns des autres, plus unis et plus solidaires. Hélas!, la vérité est toute autre. Au moins pour les plus pauvres de nos concitoyens.

Cette année en Italie, deux épisodes nous ont rappelé à quel point sont profonds la solitude et l’abandon des plus pauvres.

A Barletta, au mois d’avril, un jeune garçon d’à peine 14 ans s’est tué parce qu’il ne supportait plus le poids de sa pauvreté. La voix du garçon de Barletta, personne ne l’a entendue: sa lancinante demande d’aide a résonné inutilement dans sa pauvre maison. Nous n’avons pas été capables de l’écouter, nous n’avons pas été capables de comprendre qu’il existe encore, dans notre pays, si près de nous, une si grande misère.

A Cercola, près de Naples, à la fin du mois d’août, Bernardo Romano, père de six enfants, s’est donné le feu et est mort deux jours plus tard. Il craignait que son contrat de travail ne soit pas renouvelé et il n’avait plus d’argent pour faire vivre sa famille. Il s’est incendié pour chasser le désespoir et la pauvreté. Le feu qui a dévoré ce travailleur socialement utile de 47 ans marié et père de six l’a consumé en un instant à l’intérieur de la Maison Communale de Cercola.  “Comment faire, criait la mère, Patrizia, pour vivre avec moins d’un million et demi de lires par mois, en vivant à huit dans un sous-sol de cinquante mètres carrés?”

Tous les deux n’ont pas trouvé d’autre moyen pour crier leur souffrance, pour lancer leur appel à l’aide.

Dans cette fameuse société de l’information et de la communication, il y a dans notre pays, dans la riche Europe, dans le monde entier, des personnes qui ne trouvent plus le chemin pour être écoutés, entendus, et compris. C’est une honte pour chacun d’entre nous. Cela ne devrait plus arriver. Nous devons trouver un autre chemin, une autre manière de vivre, d’être hommes et d’être frères.

La communauté internationale prépare, pour l’année prochaine, un Sommet Mondial sur la societé de l’information, qui se tiendra à Genève en décembre 2003. A l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, nous prenons l’engagement de faire en sorte que à Genève, on ne parle pas seulement des aspects techniques de la société de l’information, mais d’abord et avant tout de sa dimension humaine.

Jamais plus un appel sans réponse ! Jamais plus un message qui sonne dans le vide ! Jamais plus cette ignorance de laquelle les pauvres sont les victimes, cette ignorance évoquée dans le texte de cette dalle par le père Joseph Wresinski, l’homme, le prêtre, qui a brisé le silence dans lequel nous étions contraints de vivre. Il n’y aura pas une vraie société de l’information si les plus pauvres en demeurent exclus.

N’oublions jamais Bernardo Romano et le garçon de Barletta et leurs derniers et désespérés messages. Faisons tout pour que jamais d’autres personnes n’aient d’autre solution que de se donner la mort à cause de la misère.

 

© Éditions Quart Monde 2002