Les témoignages sont publiés sous la responsabilité de leur auteur. Ils sont soumis à validation : ils ne seront publiés que s’ils respectent, sur la forme et sur le fond l’esprit de cette journée tel que défini dans la Plateforme pour le 17 octobre
Je m’appelle Jean Benoit Julien. Ma mère était allée vivre à Saint Domingue à l’âge de 15 ans. C’est là qu’elle a rencontré mon père et c’est là aussi que j’ai pris naissance. Mon père et ma mère s’entendaient très mal. C’est pour cela que ma mère était obligée de laisser Saint Domingue pour revenir en Haïti ; j’avais seulement 6 ans. Arrivée en Haïti, les choses allaient très mal pour ma mère. Elle ne travaillait pas, donc elle ne pouvait pas prendre soin de nous. Je n’ai pu aller à l’école qu’une année et ensuite ma mère ne pouvait plus continuer à me payer l’écolage. Ma mère avait un autre mari qui lui faisait beaucoup souffrir. il ne faisait que maltraiter mon petit frère et moi et nous humilier. C’est grâce à l’aide des voisins que nous avons pu trouver quelque chose à manger. Ma mère était tombée malade. A ce moment-là, les choses étaient devenues plus dures pour nous. J’avais trouvé un petit gagne-pain dans une boulangerie. Pendant que ma mère était malade, c’est ce travail à la boulangerie qui nous a aidés. Quand je revenais du travail, j’apportais toujours du pain pour ma mère et mon petit frère. Etant malade, ma mère était dans l’incapacité totale. Le seul espoir était ce petit emploi à la boulangerie. Après la mort de ma mère, c’est aussi ce travail qui nous a permis de ne pas mourir de faim même si ce que nous gagnions ne pouvait pas nous permettre de manger chaque jour.
Un jour, un voisin m’a appelé pour me dire que le mouvement ATD Quart Monde lance un projet avec les jeunes où ils vont apprendre à lire et à écrire et bien d’autres choses.
Ce jour-là, j’étais très content, je croyais déjà que cela allait me servir. Je me suis inscrit, ensuite j’ai commencé à venir dans l’activité. J’étais très régulier, cela m’intéressait beaucoup, car je veux être quelqu’un demain afin de pouvoir témoigner de la misère que j’ai subi. Aujourd’hui, je vais à l’école comme tous les autres jeunes, cela me réjouit le cœur. Si je n’ai rien à manger avant d’aller à l’école, ce n’est pas pour moi un sujet de découragement, il faut passer par là pour être quelque chose demain, pour sortir de la misère.
Je ne suis pas le seul à vivre dans cette situation, Je ne peux pas dire que je suis dans la pire situation. Peut-être, d’autres connaissent le pire parce que je suis le seul à voir comment je vis. Malgré ma souffrance, je ne ferai jamais des choses louches. Je tiendrai bon, je ne vais pas décourager. Je veux dire aux autres jeunes de ma génération de tenir bon, résister à la misère afin de vivre mieux demain.
Comme cette année, pour la commémoration du 17 octobre on met l’accent sur le droit des enfants, j’aimerais dire un petit mot pour les enfants. Je sais que les enfants ont beaucoup de droits, mais je sais aussi que ces droits n’existent pas pour un bon nombre d’enfants. Ils ne peuvent pas manger, ils dorment dans la rue, ils ne peuvent pas aller à l’école, encore moins à l’hôpital pour des soins de santé, ils travaillent. L’état devrait aider les parents quand ils ne peuvent pas subvenir au besoin de leurs enfants. Je souhaite du courage à toutes les organisations travaillant avec les plus pauvres. Et puis, Nous aimerions pouvoir compter aussi sur le Gouvernement de notre pays.
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